Faire face à la violence

Couverture2C’était il y a quelques années, dans une administration, au bureau d’accueil du public. Un homme très grand et très fort, agacé par l’attente – et probablement par ses propres soucis et sa difficulté à canaliser ses pulsions – s’approche violemment du bureau d’accueil, commence à soulever ce bureau en insultant le professionnel qui était derrière.

Une jeune femme du même service voit son collègue en difficulté. Elle est physiquement sans défense, petite et fluette devant cet homme « armoire à glace » ; elle ne fait pas le poids et risque de se faire violenter. Elle-même raconte : « Je ne sais pas ce qui m’a pris, je me suis approchée, je l’ai regardé dans les yeux et je lui ai dit : « Ça suffit ! » Il m’a regardée du haut de ses 2 mètres, j’ai cru qu’il allait m’écrabouiller. Mais il a lâché la table, il a reculé et il m’a dit : « Excusez-moi ! »

Vu la différence physique, cette professionnelle ne pouvait pas répondre à la violence par la violence. Elle a pris le risque d’y répondre par la seule force qui peut désarmer : cette force qui vient vers le violent plutôt que de le fuir et qui restaure une parole là où seules les pulsions s’expriment.

Bien sûr, cette professionnelle a pris un risque que tout le monde ne peut pas prendre. Mais pourquoi son intervention a-t-elle désamorcé la violence plutôt que de l’attiser ? Pour deux raisons : d’abord cette parole : « Ça suffit » : une parole simple mais fondamentale, qui ne juge pas, qui ne menace pas. Simplement cette parole rappelle la règle, celle qui s’impose à tous pour le bien de tous, elle remet de la règle (et donc de l’humain) au cœur de la pulsion sauvage et destructrice. Une amie psychanalyste m’écrit : « Cette parole qui rappelle la règle est d’abord une parole qui « arrête ». C’est pour ça qu’elle est efficace, c’est parce qu’elle arrête le débordement de jouissance (dans la violence). L’outil de cet arrêt est le rappel de la règle, mais ce qui fonde cet arrêt, c’est la position interne de la personne. » (Béatrice GUITARD).

La deuxième raison qui a permis de désamorcer la violence est donc bien la posture de la personne. Cette femme est petite et fragile devant la force physique du violent, mais très probablement bien enracinée en elle-même ; la règle qu’elle rappelle n’est pas un ordre extérieur à elle qu’elle ferait appliquer par devoir : s’il en était ainsi, elle se serait sauvée, dépassée par la violence de l’autre, et ensuite elle se serait lamentée, elle aurait dénoncé les violents, la société… Mais elle est là face à l’homme violent, et elle rappelle une règle intériorisée. Elle disait qu’elle ne savait pas ce qui lui a pris pour oser aller à la rencontre du violent : ce qui lui a pris, c’est d’agir en plein accord avec le fond de son être qui refuse toute violence, sans jugement du violent. Tout son être se pose devant cet homme, sans aucune violence, mais avec une force d’être, de conviction et de parole. Tout sont être dit « ça suffit ».

Cette parole « congruente », c’est-à-dire accordée à tout l’être de la personne qui la prononce, est la seule force que les violents peuvent entendre ! C’est la seule force non violente qui peut venir à bout de la violence.

Marc THOMAS, Consultant-Formateur en « Compétences relationnelles »
Septembre 2011

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