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Comment fait-on pour APPRENDRE à S’AIMER SOI ?

Question d’une amie… Question de tant et tant de personnes…
Merci à toi qui m’as posé la question de m’avoir donné, en te répondant,
l’occasion et la permission de le partager à d’autres !

CHERCHER LA PÉPITE DERRIÈRE LA DOULEUR

Ton visage portait la souffrance… Tu étais fatiguée, déprimée…
Je t’ai proposé de chercher ce qui se cachait derrière ta souffrance,
et derrière cette posture de victime qui ne te convenait pas.
Et tu as osé nommer des mots précis,
exprimant ta richesse intérieure à toi, unique et spécifique,
ton désir, celui qui ne parle que de toi…

Nous l’avons appelé ta « pépite », qui surgissait alors du fond de toi
où elle était bien enfouie pour se protéger de la violence subie…
Cette « pépite » qui habite chacun de nous
et que jamais aucune souffrance ne peut détruire !

Aussitôt ton visage s’est illuminé…
Tes proches l’ont remarqué dans les heures suivantes.
Et tu m’as dit plus tard que tu prenais plaisir à te regarder dans le miroir…
S’aimer soi, ça doit ressembler à ça !!!

APPRIVOISER TON LOUP

Chacun de nous porte en lui un « loup ». J’appelle « loup » ce qui me fait souffrir, ce qui risque de me faire sombrer, cette force destructrice, de moi ou de l’autre, qui risque souvent de me conduire à des paroles ou à des actes contraires à mes valeurs…

Souvent nous nous battons contre notre « loup »,
nous voulons le faire taire, nous le prenons en haine…
Si tu te bats, contre un loup, tu es sûr de perdre, et il va te croquer !
La seule solution pour rester vivant, c’est de l’apprivoiser.

Apprivoiser ton loup, c’est à dire l’accueillir…
Accueillir ce qu’il ne sait pas encore dire autrement que par la violence ou la souffrance…
Peut être ce loup n’a jamais été écouté…
Lui demander de te dire sans violence de quel message il est porteur
et l’écouter à  travers ton ressenti et tes intuitions…
L’écouter car il n’est que la face cachée ou l’inverse  de ton être profond…
comme la « pépite » est l’inverse de ta souffrance…
Ton loup est la nuit qui va mettre en valeur ta lumière.
Tu t’aimeras toi quand tu aimeras aussi ton loup (mais pas la souffrance ni la violence),
quand tu l’auras apprivoisé…

TROUVER LES RELATIONS QUI TE CONVIENNENT

Tu peux t’aimer ou te détester
selon les contextes relationnels dans lesquels tu te trouves.
Il y a des contextes relationnels
où tu te sens bien, à l’aise, en confiance,  où tu oses être toi-même…
Et d’autres contextes relationnels
où tu n’es pas bien, tu perds confiance, tu te dévalorises…
Dans ce dernier cas, ne te juge pas, ne juge pas l’autre non plus,
mais demande toi ce qui te convient à toi,
ce dont tu as besoin pour être toi-même, et ce qui t’en empêche…

Nous sommes comme les poissons :
certains ont besoin d’eau de mer, d’autres ont besoin d’eau douce.
Certains ont besoin d’eaux vives, d’autres ont besoin d’eaux calmes…
Et toi de quel climat relationnel as-tu besoin pour être toi?

Pour t’aimer toi-même, sors de ta coquille
sinon tu ne verras de toi qu’un être recroquevillé et donc tout fripé !
Pour t’aimer toi-même, laisse-toi aimer par celles et ceux qui sont sans risque pour toi.
Ose leur parler car c’est en parlant à l’autre que tu te comprends,
et c’est en parlant que tu deviens ce que tu dis…
Chaque fois que tu te mets à parler, tu avances !

Quand tu as trouvé le bon contexte relationnel,
quand tu sens des relations de confiance et de respect,
ose la relation, aime l’autre, et aime-toi…

Aime-toi en aimant l’autre !

Bien à toi…
Marc                         Téléchargez cet article en pdf                                    mthomas@competences-relationnelles.com

Pour poursuivre, relis ce très beau texte attribué à Charlie Chaplin :
« Le jour où je me suis aimé pour de vrai »

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DEVENIR SOI sans s’évader du quotidien

Devenir moi…
Me mettre à l’écoute de moi-même…
Partir à la recherche de mon être intérieur…
C’est une belle et nécessaire démarche…

Mais elle comporte un risque :
celui de me retirer en moi et d’en faire ma priorité,
ou de courir de stages en expériences spirituelles ou ésotériques,
me mettant comme hors du monde,
en attendant de savoir qui je suis vraiment…
Comme s’il fallait sortir de l’expérience humaine quotidienne pour devenir humain !

Pendant que vous plongez en vous ou vous laissez emporter dans l’irréel,
la vie continue, le temps passe, et vous risquez de vous réveiller vieux
sans avoir vraiment vécu ni construit ce que vous portiez en vous !

Et si, tout en gardant quelques moments de retrait
et de « nourriture » spirituelle ou humaniste,
nous consacrions l’essentiel de notre temps
à vivre pleinement et avec sincérité la réalité du quotidien,
à nous confronter aux évènements du monde pour y apporter notre pierre,
à construire le monde par notre travail et nos engagements,
à vivre des relations simples, tendues ou constructives…

Si nous vivons vraiment,
nous pouvons bien sûr retourner de temps en temps à nos sources,
« débriefer » avec des proches, en accompagnement ou en formation
pour capitaliser les acquis, entendre les questionnements,
tirer les leçons des erreurs… et repartir ressourcés au contact du réel !

Car c’est aussi et peut-être d’abord en me confrontant à la réalité du quotidien,
et en « donnant corps » à des projets concrets qui me ressemblent
que je découvre qui je suis…
Ce que je porte en moi, parfois de façon confuse, va se clarifier
quand je vais oser traduire ce que je pense, ce que je ressens et ce dont j’ai besoin
dans des mots concrets et dans la réalité quotidienne…
Plutôt que de rester dans mes rêves,
c’est en faisant mes choix dans la réalité du quotidien
que je vais devenir moi-même
.

Si tu attends d’avoir clairement défini ton identité pour te mettre à vivre,
tu ressembles à un enfant
qui attendrait d’avoir trouvé son équilibre pour se mettre à marcher :
or c’est en balbutiant ses premiers pas et en se relevant de ses chutes
qu’il devient fort jusqu’à courir très vite !

N’oublie jamais qu’un être humain ne se sent jamais autant lui-même
que lorsqu’il a réussi à traduire dans le concret les rêves qu’il porte en lui

Amis qui cherchez qui vous êtes, nourrissez-vous de vos introspections,
mais ne vous échappez pas au 7ème ciel !
Plongez très vite vos introspections dans la vie réelle,
comme on plonge les semences en pleine terre :
c’est la seule manière de les faire germer et porter fuit !

Marc THOMAS, Consultant – Formateur en « Compétences relationnelles »
décembre 2016

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N’aie pas peur d’avoir peur… de toi-même

LA PEUR DE NOUS-MÊMES…

Tous ces moments où nous avons peur de ne pas savoir, de ne pas pouvoir, de n’être pas capables… Peur aussi de faire n’importe quoi quand nous sommes épuisés ou à bout…

Ces peurs là se nomment manque d’estime de soi ou de confiance en soi et s’enracinent souvent dans une éducation où nous avons été peu valorisés et encouragés. Nommer cette cause, c’est aussi indiquer le chemin de la solution : il n’est pas question d’accuser nos parents ou nos éducateurs qui ont souvent fait ce qu’ils ont pu et ce qu’ils croyaient bon. Mais si nous avons manqué de reconnaissance et de valorisation, il est toujours temps d’aller les chercher là où elles sont !

Chercher la valorisation à l’âge adulte dépend de nous: plutôt que nous lamenter de nos manques ou de non faiblesses, regardons nos valeurs : qu’est-ce que j’aime en moi ? Quels sont mes désirs ? Qu’est-ce que j’aime faire ? Qu’est-ce que je sais faire ? Qu’est-ce que j’espère ? Quels sont mes rêves ? Oser croire en soi, et ensuite seulement négocier avec nos limites et nos contraintes !

Chercher la reconnaissance de l’autre est aussi de notre responsabilité : plutôt que de ruminer les déceptions relationnelles, je peux me demander d’abord : sur qui je peux compter ? Qui m’apprécie ? Qui est prêt à m’écouter ? Qui me fait confiance ? Qui peut me dire son désaccord sans me juger ni me rejeter ? Et choisir de m’entourer de personnes positives plutôt que de ruminer mon aigreur…

Alors dans cette démarche où je cherche les valorisations et la reconnaissance qui me manque, je vais voir grandir l’estime de moi et la confiance en moi.

Et je n’aurai plus peur de ma peur… Car je découvrirai que ma peur de moi ressemble aux jambes fragiles et tremblantes du petit enfant qui apprend à marcher. Si tremblantes qu’il avait peur de lâcher la main… Si tremblantes qu’il tombe même encore parfois… Mais il se relève… Et grâce à sa chute, il découvre la capacité de se relever… Grâce à sa chute, ses muscles se renforcent et il devient plus fort… Et sa joie d’avancer et de découvrir le monde devient plus forte que sa peur…

De la même manière que le petit enfant qui apprend à marcher, je vais apprendre à « apprivoiser » ma peur.

Apprivoiser ma peur en la nommant : la nommer, la reconnaître et l’accepter, et aussitôt chercher de quoi j’aurais besoin pour ne plus avoir peur : besoin de me protéger, besoin de sécurité, besoin de soutien, besoin de repos, etc. Et donc comment faire pour satisfaire mes besoins.

Apprivoiser ma peur en cherchant derrière nos peurs les désirs cachés. Au lieu de dire comme d’habitude : « mais je n’y arriverai pas ! », si nous disions : pour y arriver, comment je peux m’y prendre ? Sur quelles ressources personnelles je peux compter ? à quelles difficultés vais-je être affronté et comment les contourner ? à qui je peux faire appel pour m’accompagner ou me donner un coup de main ?

N’aie pas peur de ta peur !
Ta peur d’échouer n’est que le voile qui cache ton désir et ta capacité de réussir !

Marc THOMAS, Consultant-Formateur en « Compétences relationnelles »
2 avril 2016

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La vie : un apprentissage permanent

‘Apprendre la vie’, ou ‘apprendre à vivre’, est une nécessité qui s’impose à chaque être humain sur notre planète terre. Le ‘savoir vivre’ n’est pas une qualité innée ; il s’apprend et il s’acquiert au long des années et des expériences vécues.

L’éducation est première dans cette découverte et dans la mise en œuvre de ce mode de vie qui anime et rend fructueuses et fraternelles les relations humaines. Ces relations sociales s’inscrivent dans des principes qui doivent être reconnus et acceptés : la liberté et la démocratie.

‘Réussir sa vie’ implique alors un apprentissage quotidien du ‘savoir vivre’. Pour ne pas tomber dans le piège d’une vie seulement instinctive comme celle des animaux, l’homme et la femme de bonne volonté choisissent de faire preuve d’intelligence dans leurs choix qui engagent leur ‘façon de vivre’ en société. Ce travail sur soi concerne tous les moments et tous les contextes de la vie que nous voulons pour nous-mêmes, pour nos familles, pour nos sociétés.

Dans la recherche légitime de la vie heureuse et paisible pour tous, de très nombreuses pistes s’ouvrent à ceux et celles qui ont à cœur cet objectif. En voici quelques unes qui nous interpellent chaque jour ; elles nous invitent à apprendre et à réapprendre, dans le but recherché obstinément d’un ‘mieux vivre ensemble’.

Apprendre et réapprendre :

  • Réfléchir objectivement avant les décisions qui ouvrent l’avenir meilleur
  • Se laisser guider par le bon sens vers l’intelligence de l’esprit et du cœur
  • Agir avec la conscience de la justice dans la vérité
  • Respecter l’autre différent dans les libertés individuelles
  • S’écouter pour mieux se connaître et mieux se comprendre,
    pour mieux s’accepter et mieux s’apprécier
  • Partager fraternellement en priorité avec les plus petits
  • Rechercher sans cesse le bien, le beau, le bon
  • Construire la vie sociale sur les bases d’une éducation exigeante
  • S’engager résolument en vue du bien commun
  • Favoriser l’épanouissement humain, psychologique et spirituel de chacun
  • S’entraider de façon efficace pour consolider le lien social
  • Donner le bon exemple à la jeunesse
  • Donner la primauté à l’amour qui fait le bonheur de vivre
  • Reconnaître humblement ses erreurs et vouloir changer
  • Affronter l’adversité avec courage et persévérance
  • Assumer la responsabilité de ses choix
  • Refuser le laisser-aller et le n’importe quoi
  • Refuser le mensonge et renoncer à dominer l’autre
  • Refuser la compromission avec le Mal, l’orgueil et l’égoïsme
  • Refuser la démagogie destructrice et malhonnête
  • Refuser la recherche insensée d’une consommation éphémère
  • Refuser la course effrénée vers le sexe ou l’argent

Cette liste reste ouverte à la ‘prise de conscience’ de celui qui veut faire régner le bonheur sur la terre. Le renouveau de la vie individuelle donne à la société la possibilité de progresser dans le bon sens. Il s’agit de construire ensemble une vie meilleure pour tous. Aux bonnes œuvres, citoyens !

ChristianPère Christian CHASSAGNE
Aumônerie Réunionnaise en Métropole
8 Avenue des Chardonnerets, 91600 SAVIGNY SUR ORGE
09.80.87.06.50 / 06.64.94.99.51 / coco1152@hotmail.fr

C’est ma nature !

Dev-Hum-Couverture1J’entends souvent des personnes dire : « Je suis comme ça ! C’est ma nature ». Sous-entendu : « Je ne pourrai jamais rien y changer. » Elles sont désabusées en constatant leurs limites, leur agressivité, leur incapacité à prendre la parole, à canaliser leurs émotions…

 Systématiquement, je réponds : « Non, vous n’êtes pas comme ça ! ». Cela suscite en général l’étonnement dubitatif de la personne            .

 Nous ne sommes pas nés agressifs, incapables de parler ou de canaliser nos émotions. Ces attitudes qui ne nous conviennent pas aujourd’hui ne viennent pas de notre « nature » mais de notre « culture » : nous ne sommes pas nés comme ça… nous le sommes devenus !

 C’est comme quelqu’un qui boîte après une entorse. Ce n’est pas sa nature ! C’est la manière qu’il a trouvée de continuer à marcher malgré la douleur. Pour marcher et courir à nouveau à son rythme, il va devoir s’arrêter pendant un temps, soigner l’entorse et réapprendre d’autres gestes par la rééducation.

 De même, nos réactions insatisfaisantes viennent d’accidents personnels ou relationnels où nous avons fait ce que nous avons pu, tant bien que mal, pour réagir dans l’urgence. Ce sont parfois les seules manières que nous avons trouvées (ou qui nous ont été apprises) pour nous protéger du danger ou de la peur.

 Nous nous sommes habitués à ces réactions : même si elles ne nous conviennent plus, nous retombons dedans comme dans une ornière chaque fois qu’une situation du même genre se présente.

La nature ne se change pas !
Les habitudes acquises peuvent se changer.
Une rééducation est toujours possible :
il suffit d’y croire et d’en prendre les moyens,
en soignant les blessures du passé
ou/et en cherchant d’autres stratégies
.

Non, ce n’est pas notre nature !
Notre nature et nos capacités
sont toujours plus belles que ça !

 Marc THOMAS, Consultant – Formateur en « Compétences relationnelles »
novembre 2010

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Identité

Dev-Hum-Couverture1Qui suis-je vraiment ? Parfois cette question se fait lancinante quand elle émerge de notre mal-être…

Mon identité de fait : je suis homme ou femme, né(e) de mes parents, dans une fratrie où j’ai une place, à tel endroit, à telle époque, avec ou sans handicap… Tout ce que je ne peux pas changer…

Mon identité prescrite : ce que disent de moi mes parents et mes éducateurs jadis, mon conjoint, mes collègues, mes amis etc. Ce qu’ils attendent de moi, ce qu’ils connaissent de moi et qu’ils me renvoient : « tu es comme-ci ou comme ça… »

Mon identité de valeur : ce qui compte pour moi, l’image que j’ai de moi, mes projets, mes désirs, mes « valeurs »… Le tri que je fais dans ce que l’on m’a enseigné ou transmis… bref ce qui me met « bien dans mes baskets », me rend heureux et fier de moi…

S’identifier soi même en prenant en compte les trois :

  • « faire avec » ce que je ne peux changer… en y consentant avec distance, cherchant des conduites alternatives pour vivre « autrement » ce qui ne me convient pas ;
  • entendre ce que les autres me disent (ils peuvent m’alerter sur des choses que je ne vois pas), mais sans m’y laisser enfermer (ils n’ont pas à définir mon identité ni à me réduire à leurs attentes et à leurs désirs)
  • faire le tri entre l’acquis et le choisi, faire émerger mes valeurs, projets et désirs, trouver les moyens de les mettre en œuvre concrètement : je construis alors mon identité.

L’idéal : que ces trois pôles de l’identification soit en cohérence et en synergie… Idéal jamais atteint, jamais définitivement, d’où les tensions identitaires qui traversent chacun de nous. Mais idéal qui nous tire en avant, vers nous-mêmes, sans impatience (voir phrase sous la photo) : « Deviens ce que tu es »…

Marc THOMAS, Consultant-Formateur en « Compétences relationnelles »
août 2010

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Les jeunes et l’autorité

Couverture2L’insécurité est actuellement au cœur des débats de la société française. La délinquance et la violence sont stigmatisées et un certain nombre de jeunes sont souvent désignés comme fauteurs de troubles. Si les sanctions sont nécessaires, elles ne sauraient être suffisantes pour éradiquer la délinquance. Il est nécessaire en effet de situer celle-ci dans le contexte plus large du rapport des jeunes à l’autorité.

L’autorité éducative n’est pas à confondre avec un pouvoir répressif. Le mot autorité a pour origine un mot latin (auctoritas), venant du verbe augere qui a donné les mots français : augmenter, acteur, auteur… La véritable autorité fait croître l’être sur lequel elle s’exerce, afin qu’il devienne auteur de sa propre vie et responsable dans la société.

Lorsque cette autorité s’applique à des jeunes, elle est un élément indispensable de l’attitude éducative. Le mot « éduquer » vient aussi du latin « ex-ducare », qui se traduit littéralement par : « conduire hors de ». La meilleure image de cette attitude est peut-être celle du poussin qui sort de l’œuf pour apprendre à marcher tout seul… ou encore de l’enfant sortant du ventre maternel pour respirer et vivre de façon autonome : ici commence l’ « é-ducation ».

Cette autorité a trois fonctions principales : assurer la protection de celui qui n’a pas encore conscience du danger ; poser des cadres, des références pour accompagner la construction identitaire et assurer la croissance ; favoriser la vie sociale en permettant la confrontation pacifique à l’altérité. L’autorité est comme un tuteur et un engrais qui favorisent la croissance. Lorsque la protection est reconnue et l’attitude éducative perçue comme moyen de croissance, l’autorité suscite la confiance et la prise de responsabilité. Le pouvoir, ou cette perversion de l’autorité qu’est l’autoritarisme, ne peuvent susciter que l’obéissance, la soumission ou le rapport de force.

Avant de dénoncer les exactions de certains jeunes, il convient de s’interroger sur la nature de l’autorité qui les aide à grandir comme personnes responsables. Or la société française actuelle laisse apparaître bien des fissures.

On dit par exemple que les jeunes n’ont plus de repères. Sont désignées l’instabilité des familles, la multiplication des référents culturels, le développement des techniques de communication qui ouvrent des espaces inconnus et infinis, l’accélération du rythme de la vie, le développement de la précarité, etc. Peut-être vaudrait-il mieux dire qu’il ne s’agit pas tant d’une absence de repères que d’un tourbillon de repères disponibles, sans capacité adéquate de choix et de jugement de valeur sur leur pertinence.

On dit encore que les jeunes contestent l’autorité. Or ils sont au centre d’une constellation d’autorités : l’autorité parentale, l’autorité des enseignants, l’autorité des responsables de la vie sociale. Peut-être les jeunes s’y repèreraient-ils mieux si ces diverses sources d’autorité, qui devraient être complémentaires, vérifiaient leur cohérence réciproque.

Et encore, les enseignants et travailleurs sociaux dénoncent souvent la démission des parents : ils ne rempliraient pas leur rôle, ils ne viendraient jamais aux réunions, ils n’auraient pas sur leurs enfants l’autorité nécessaire pour les remettre dans le droit chemin… Ceux qui disent cela sont centrés sur eux-mêmes et sur leurs propres attentes. Il leur manque de se centrer sur les parents et de se demander pourquoi ils ne remplissent pas le rôle que l’école ou la société attend d’eux. A y regarder de plus près, on se rend compte que les parents eux-mêmes sont dans la souffrance ou la précarité, qu’ils se sentent dépassés par des comportements nouveaux de leurs enfants devant lesquels personne ne les a aidés à réagir, qu’ils portent souvent eux-mêmes la honte de leurs propres échecs scolaires, personnels ou professionnels. La véritable question devrait être de savoir comment leur offrir les moyens d’être en capacité de remplir leur rôle de parents. On démissionne d’un rôle qu’on a déjà tenu. La plupart des parents concernés n’ont jamais pu tenir ce rôle car ils n’en ont pas reçus les moyens. Ils ont plus besoin d’accompagnement que de reproches.

D’après un sondage récent (IPSOS France, mai 2001), 65 % des pères ont le sentiment de ne pas avoir assez de temps pour leurs enfants, et 61 % des mères ont le sentiment de ne pas savoir protéger leurs enfants des éléments extérieurs. Il vaudrait mieux constater ces faits et en chercher les causes et remédiations personnelles et sociales, avant de les interpréter par des jugements trop hâtifs à partir de nos seules préoccupations.

Ceci est d’autant plus vrai que l’autorité parentale n’est pas seulement bousculée par les mutations sociales. Elle est aussi très marquée par les différences culturelles. Les rôles du père et de la mère sont fortement connotés par leur histoire personnelle et par leur culture d’origine. Société traditionnelle et société moderne s’opposent souvent : pour l’une prime la cohésion, pour l’autre la liberté individuelle et la compétition ; pour l’une les repères, souvent de droit divin, sont inamovibles, pour l’autre, le peuple fait les lois et les repères sont mouvants ; pour l’une la hiérarchie suscite le respect, pour l’autre l’égalité citoyenne suscite le débat ; pour l’une le rôle de chacun dans la société est déterminé par sa place dans la génération, les rites initiatiques et des statuts stables, pour l’autre elle dépend de la majorité légale identique pour tous et des statuts différents selon les opportunités ou les compétences.

Ces tensions entre sociétés traditionnelle et moderne sont présentes dans de nombreuses familles d’origine française : elles s’expriment dans des conflits générationnels, des différences entre société rurale et société urbaine par exemple. Au cœur de ces tensions, les parents ne connaissent plus les codes nécessaires à l’expression de leur autorité ou ne savent plus comment s’y prendre : ce sont eux qui sont perdus par rapport à leurs propres références mises en cause.

Au plus haut point, ces tensions entre sociétés traditionnelle et société moderne se manifestent dans des familles issues de l’immigration : le père venu remplir son rôle de père en gagnant la vie de la famille a vécu ici une expérience de soumission et d’humiliation et se retrouve fréquemment avec un emploi précaire ; ses enfants nés ici se sont mieux adaptés que lui au contexte et à la langue ; les attitudes éducatives d’ici sont très différentes de celles qu’il connaît et il n’en perçoit pas le sens ; son origine ethnique est souvent dévalorisée… De ce fait, le père est dévalorisé à ses propres yeux et ne peut plus être l’autorité de référence pour ses propres enfants. Pour peu que ceux-ci soient aussi en situation d’échec, la honte le paralyse.

Nul doute que ces éléments rapidement évoqués n’entraînent une contestation de toute autorité par un certain nombre de jeunes fragilisés. Cette contestation peut conduire à la violence et à la destruction, y compris à l’autodestruction. La répression n’aura aucun effet éducatif dans ce contexte : un jeune sans repères solides ne pourra pas faire la différence entre les violences dont il a été victime, celles qu’il a commises, et cette autre violence que sera pour lui la répression. De plus, celle-ci ne fera que masquer pour un temps le problème en écartant la personne de la vie sociale, mais elle ne lui donnera pas ce qui lui a toujours manqué : des référents solides et crédibles, et la capacité de prendre sa vie en main de façon responsable.

Dans le film « Mémoires d’immigrés » de Yamina Benguigui, un jeune français né de parents algériens évoque l’histoire de son père marquée par la soumission, sans cesse déconsidéré et rejeté. Et ce jeune rappelle sa propre délinquance comme une pulsion de vie : « S’il n’y avait pas eu cette pulsion de vie, j’aurais été humilié comme ceux qui baissent la tête. »

Ceux qui ont reçu une autorité l’ont reçue non comme un pouvoir, mais comme un service de la société et de l’humanité. Il est temps de réactualiser nos pédagogies et nos structures sociales pour prendre en compte ces pulsions de vie avant qu’elles ne s’autodétruisent, et les canaliser en forces de croissance de l’individu et de la société.

Marc THOMAS, Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
14 février 2002

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