Archives de catégorie : Assertivité

Oser parler

Couverture2Yvette* est retraitée et arrive à la formation en disant à mi voix : « Moi je viens seulement pour écouter ». De fait elle ne parle qu’à sa voisine bien connue. Dans l’après-midi, elle doit participer à un exercice où trois personnes reformulent ce qui vient d’être dit. Elle me fait signe qu’elle n’a rien à dire. Je lui dis : « Yvette, seulement un mot… » Elle hésite longuement, puis sort finalement deux phrases… et tous s’accordent à dire qu’elle a fait la reformulation la plus juste !

Le lendemain Yvette, toute heureuse, a apporté un repas à partager avec tout le monde. Elle s’exprime joyeusement dans les pauses, encore timidement dans le travail. Au moment de partir, elle vient me dire : « Merci car, depuis toujours, j’étais renfermée. Vous m’avez libérée ! » – « Yvette, c’est vous qui vous êtes libérée toute seule en osant dire. » Il fallait seulement un climat où Yvette serait sûre que personne ne la jugerait.

Claire*, jeune mère de famille, est éducatrice spécialisée. Elle a vécu des expériences traumatisantes dans l’emploi qu’elle a quitté : un sentiment d’exclusion, de rejet, de racisme… au point d’en être profondément meurtrie. Elle est très émue, puis aussitôt elle parle de sa famille qui est le trésor de sa vie. Elle s’accroche à ce trésor et retrouve alors des paroles d’espoir, elle trouve en elle le ressort pour rebondir ! Heureusement que personne ne lui a donné des paroles de consolation à bon compte !

Je la retrouve quelques jours après : elle est en attente d’une proposition d’embauche, mais elle dit qu’elle ne se reconnaît plus dans sa léthargie. Je lui demande alors ce qu’elle aimerait faire si elle avait vraiment le choix. Elle me parle de ses désirs, de sa capacité à accompagner des enfants, des familles en difficulté. Je lui confirme l’intérêt de son projet. Reconnue dans ses désirs, l’énergie revient d’elle-même, et elle commence à parler d’organismes qu’elle pourrait aller rencontrer pour proposer ses compétences. Le moteur s’est remis en marche parce son désir a pu être exprimé et entendu.

Sandra* est responsable d’équipe dans une collectivité. Au premier soir de la formation, elle me dit que la formation ne l’aide pas « parce je m’efface tout le temps pour faire plaisir à l’autre et pour ne pas blesser ». Elle ne voit pas comment s’en sortir. Nous pointons que ça parle d’une longue histoire. Je lui demande : « Pourquoi penses-tu que si tu t’affirmes sans agressivité, l’autre va nécessairement être blessé ?  Tu n’es pas venue sur cette terre pour faire plaisir à l’autre, mais pour donner le meilleur de toi-même : ainsi le plaisir sera partagé !»

La semaine suivante, Sandra a pu affirmer son point de vue sur sa place et sa mission devant son Chef de Service. Elle me raconte : « Avant la formation, je me serais effacée et n’aurais rien dit. C’est la première fois que j’ose dire et du coup, mon chef m’a demandé de quoi j’aurais besoin pour mieux remplir ma mission. »

Oser parler pour être soi, pour être libre, et ainsi construire des relations justes et constructives !                              

Marc THOMAS, Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
Octobre 2012

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Distinguer

Couverture2Les relations difficiles et conflictuelles entraînent souvent la confusion : tout se mélange, les reproches et les responsabilités se renvoient de l’un à l’autre, les accusations s’enchaînent en avalanche, les sentiments ressassés s’entremêlent… Tout est confus, plus rien n’est maîtrisé. Pour faire face à cette confusion des sentiments qui pollue et détruit la relation, il est nécessaire de distinguer…

Distinguer l’acte et la personne : ce n’est pas l’autre qui est méchant, c’est son acte que je ne supporte pas ; ce n’est pas l’élève qui est nul, c’est son devoir qui vaut zéro ou son comportement qui est inacceptable. Des professeurs ayant perçu l’importance de cette distinction se sont mis à dire à leurs élèves : « Ton devoir vaut zéro car il y a 10 fautes (l’acte), mais toi je te sais capable d’autre chose (la personne)». Et grâce à cette distinction qui pointe les erreurs, mais valorise les capacités de la personne, ils ont été surpris des discussions devenues possibles avec leurs élèves et de leur progression scolaire.

Distinguer ce qui est de moi et ce qui est de l’autre : « C’est toujours pareil avec toi : tu ne m’écoutes jamais ! » Voila la confusion des sentiments (sous-entendu : « puisque tu m’aimes tu dois m’écouter ! » Distinguer et affirmer mon légitime besoin d’être écouté et sa disponibilité à lui pourrait conduire à lui demander : « J’ai besoin que tu m’écoutes ; quand seras-tu disponible ? » Autre exemple : lorsque quelqu’un m’agresse, je découvre que son agression ne parle que de lui : il aurait pu me dire : « J’attendais quelque chose de toi, je ne l’ai pas reçu, j’ai mal… » Comme il ne sait pas dire cela (sur lequel on aurait pu discuter), il me juge et m’agresse avant même de m’en avoir expliqué les raisons.

Distinguer l’intention et l’impact : parfois je dis une parole qui me paraît anodine, et celui qui m’écoute se sent blessé par cette parole. Je n’avais pas l’intention de le blesser. En effet ce que je dis depuis mon contexte et dans mon histoire peut réveiller une vieille blessure dans son contexte et dans son histoire. Dans des discussions en situation de désaccord, il est nécessaire de bien préciser mon intention surtout si je perçois un impact inattendu ou une réaction démesurée chez l’autre.

Distinguer, séparer… Dans les récits judéo-chrétiens de création du monde, il est écrit que Dieu sépare pour créer : il sépare le ciel, la mer et la terre, le jour et la nuit, les animaux qui volent et ceux qui rampent… puis finalement l’homme et la femme. Ceux qui ont écrit cela ne savaient pas comment s’est passée la création du monde. Ils avaient juste compris qu’il faut se séparer pour exister (quitter le ventre, « s’individuer »). Quitter le fusionnel et la confusion… Se distinguer, et toujours distinguer… pour vivre… et pour entrer en relation !

Marc THOMAS – Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
avril 2012

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De la soumission à l’assertivité

Dev-Hum-Couverture1« La ZoneXtrême » : cette émission de télévision a testé notre degré de soumission à une autorité (ici la télévision) comme l’avait fait le scientifique Milgram dans les années 1960. Milgram avait conclu que 62,5% d’entre nous abdiquons tout libre arbitre dès lors que nous reconnaissons l’autorité de celui qui donne les ordres. L’expérience de ce mois de mars 2010 à la télévision démontre que 82 % d’entre nous peuvent prendre le risque de faire souffrir l’autre, voire de mettre sa vie en danger si une autorité le lui enjoint ! Au siècle dernier, cela a donné la Shoah !

Nous le savons tous : des enquêtes sociologiques ont prouvé que dans la société française, 10 % au moins des femmes sont victimes de violences conjugales, beaucoup se taisant, dans la soumission à leur conjoint.

Une salariée me décrivait cette semaine la pression dans son entreprise, de plus en plus forte, jusqu’à l’humiliation et au déplacement de secteur après un congé maladie. Cette salariée ajoutait que personne n’osait rien dire de peur de perdre son emploi.

Ces modes de soumission sont nourris par la peur, savamment entretenue par des « autorités » (les médias, le conjoint, l’entreprise et sa hiérarchie…) que nous reconnaissons comme légitimes. Ces autorités ne manquent pas une occasion de nous évoquer les risques que nous prendrions à leur résister. Pour nous en sortir, nous ne pouvons plus dire non, faisant resurgir des réflexes enfouis d’enfants sages à qui on a appris qu’il n’est pas bien de désobéir !

La soumission nous guette tous. Elle peut nous conduire à subir sans rien dire ou détruire le voisin. Elle est peut-être une des explications du développement du chacun pour soi dans la méfiance de l’autre.

Compétences relationnelles… Le développement de la solidarité d’abord, car seul nous ne pouvons résister aux pressions. « L’assertivité » ensuite, comme affirmation de soi sans orgueil et sans violence. Ces chemins  sont accessibles à chacun (et des « outils » existent) pour être soi au milieu des autres, sans soumission ni domination.

Marc THOMAS, Consultant – Formateur en « Compétences relationnelles »
mai 2010

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Grandir de nos contradictions

Dev-Hum-Couverture1Souvent en nous, des sentiments contradictoires se mêlent. A tel point parfois que nous ne savons plus où nous en sommes… Par exemple des sentiments de colère, de tristesse, de déception… et des sentiments de soulagement et de liberté. Selon les moments de la journée, nous passons instantanément de l’un à l’autre, où nous nous sentons « tiraillés » de l’un à l’autre…

Qui d’entre nous n’est jamais en tension contradictoire entre des choix à faire, des décisions à prendre, des attractions et des répulsions vis-à-vis de la même personne… ?

Une personne m’écrit récemment qu’elle reconnaît en elle deux postures contradictoires : la difficulté à accorder sa confiance qui la fait fuir à chaque sollicitation, et en même temps sa volonté de faire plaisir qui fait d’elle une proie facile pas assez méfiante…

Une autre me dit qu’elle se sent libérée et sans manque suite à une rupture amoureuse, et en même temps qu’elle a peur, si elle revoit son « ex », d’être attirée et de retourner avec lui…

Faut-il lutter quand nous sommes affrontés à des tensions et contradictions intérieures ? Faut-il toujours que les sentiments reconnus nobles l’emportent sur ceux qui nous paraissent négatifs ? Faut-il que la libération l’emporte sur la colère ou que le soulagement vienne à bout de la tristesse et de la déception ? Quand nous sommes dans ces sentiments ou postures contradictoires, nous nous traitons facilement de « girouettes » qui changent d’avis au moindre souffle et nous nous jugeons

Un ami m’écrit que tous les soirs en se couchant, il est résolu à dire ce qu’il veut vraiment à un proche… et que tous les matins au réveil, il ne trouve pas les moyens ou l’énergie de prendre la parole… Et il se traite lui-même de « lavette »…

Lutter n’est pas la bonne solution. Croire que la libération est bonne et que la colère est mauvaise est une erreur. Croire qu’un choix est bon et l’autre mauvais est la meilleure manière de se tromper de décision. Car le monde n’est pas divisé en bien et mal, bon et mauvais… Il y a en chacun des énergies capables de nous faire avancer, il y a des moteurs dans les émotions négatives comme dans les émotions positives.

Derrière les plus gros nuages, il y a toujours le soleil. Derrière la colère, il y a la capacité à dire non à l’inacceptable. Derrière la tristesse d’une rupture, il y a la valeur de la confiance donnée et de l’amour partagé. Derrière la peur, il y a le désir de réussir. Derrière le choix de la séparation, il y a le besoin d’autonomie et de liberté et parfois aussi de protection. Ces énergies cohabitent. Nous en faisons l’expérience chaque fois que nous nous sentons tiraillés entre deux pôles, deux décisions, deux ressentis… car nous ne sommes pas faits « tout d’une pièce » !

Il n’y a pas à choisir entre les deux, mais à accueillir et écouter chacun de ces pôles. Comme une lampe électrique a besoin des deux pôles, la phase et le neutre, pour s’allumer… Ces deux pôles peuvent faire de la lumière ou du court-circuit, mais aucun des deux n’est mauvais, les deux sont nécessaires !

Accueille chacun de ces ressentis, fais droit à chacun et distingue l’un de l’autre, sans jugement ni culpabilité. Écoute ce que chacun de ces pôles contradictoires dit de toi, de tes aspirations et de tes refus, de tes blessures et de tes espoirs, de tes échecs et de tes réussites, et de ces valeurs différentes qui se croisent au cœur de ton être. Écoute ce que chacun veut de bon pour toi. Même ta colère qui te fait dire non veut du bon pour toi, car sans elle tu ne retrouverais pas ta liberté, ou tu accepterais l’insupportable… Si tu ne cherches pas ce que ta colère veut de bon pour toi, tu risques de transformer cette colère en violence sur toi ou sur l’autre !

Lorsque tu auras accueilli tes contradictions et écouté ce que chaque pôle veut de bon pour toi, tu pourras les faire dialoguer, les mettre en négociation, et tu découvriras que ce qui t’apparaissait comme contradictoire peut maintenant coopérer, comme la phase et le neutre de l’électricité. Tu ne seras plus tiraillé, mais tu y ressentiras une nouvelle unité intérieure, nourrie de la diversité de tes courants…

Il y a quelques temps, une personne me parlait de ses grandes blessures intérieures depuis son enfance jusqu’à aujourd’hui. Après plusieurs rencontres où elle avait eu des discours très distanciés sur les évènements déclencheurs de ses blessures, elle a pu enfin exprimer ce qu’elle ressentait… jusqu’à une sensation douloureuse dans son ventre d’un grand tourbillon. Au quotidien, ce tourbillon la submerge, jusqu’à des colères destructrices. Elle venait de mettre des mots sur ses ressentis, de les écouter et de les exprimer, et son ventre se mettait aussi à parler en forme de tourbillon. Puis elle a mis ses mains sur son ventre, elle a pris ce tourbillon dans ses mains, plutôt que de se laisser prendre par lui. Elle fut toute étonnée de le ressentir aussitôt dans ses mains comme un filet d’eau qui caresse… Et quelques jours après, elle écrit : « Les choses s’apaisent et ça fait beaucoup de bien, même si c’est encore fragile. J’espère continuer … »

Marc THOMAS, Consultant Formateur en Compétences relationnelles,
13 août 2015

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