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Regarde passer tes émotions

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Contrer mes émotions pour ne pas les prendre en pleine face.
J’essaie, toujours. Parfois, sans succès.
Dois-je les dire, au risque de me rendre vulnérable, de m’exposer à la peur ou au rejet,
ou dois-je les taire, les étouffer sous l’humour facile, au risque de m’empoisonner la tête ? Les écrire, puisque c’est si difficile de parler ? Mais qui sait lire entre mes lignes ?

Contrer les émotions, c’est  la meilleure manière de les prendre en pleine face…
parce que si tu bouches une source, elle fuit de partout…
parce que si tu bouches le canon avec ta main, elle va être déchiquetée…

Accueillir les émotions, c’est à dire les regarder passer sans s’y noyer :
comme on regarde passer des voitures sans se jeter dessous…
comme on ressent la chaleur d’un feu sans aller s’y brûler…
comme on ressent le froid dans les hauts en mettant un pull pour s’en protéger
plutôt que de rester à grelotter sans rien faire…

Les accueillir comme un état momentané de moi…
les nommer, les dire ou les écrire, sans m’identifier à elles…
car elles ne sont pas moi…
elles ne sont qu’une réaction de moi…

Et me retrouver moi,
traversé d’émotions qui bousculent…
mais pas envahi ni submergé…
parce que je les accueille tout en me protégeant à l’écart…
Alors elles me délivrent le message dont elles sont porteurs
et me signalent une valeur à développer,
un besoin vital à satisfaire,
un choix essentiel à honorer…

C’est comme pour apprendre à marcher :
c’est difficile à décrire, ça vient en essayant !

Bien à toi !                                                                               le 12 décembre 2017
Marc                         Téléchargez cet article en pdf                                    mthomas@competences-relationnelles.com

 

Je suis en colère !

La colère n’est pas la violence ! La violence est une colère qui n’a pas été accueillie, exprimée, traitée ! Alors cette colère se retourne contre son auteur, ou elle se projette sur l’autre, jusqu’aux insultes, et jusqu’aux coups. La violence est une dérive illégitime de la colère.

Quand elle ne s’est pas déjà transformée en violence, la colère est une réaction de survie ! C’est la réaction d’une personne qui se trouve confrontée à l’insupportable ou à l’inacceptable. Une situation insupportable, une parole blessante, une contrainte inacceptable : sans cette réaction de survie du cri et de la colère, nous n’aurions d’autre solution que de nous laisser écraser et laminer.

Mais alors, que faire de la colère ? Comment l’accueillir, l’exprimer, la traiter ? La colère fonctionne comme les pluies diluviennes qui tombent pendant les cyclones : c’est un flot qui se déverse d’un seul coup ! Si des bassins de décantation n’ont pas été prévus, si les ravines et les caniveaux ne sont pas assez profonds ou dégagés, si les conduits d’évacuation sont trop petits, l’eau va déborder et tout noyer sur son passage.

ACCUEILLIR LA COLÈRE

Pour l’être humain en colère il en va de même : son bassin de décantation à lui, ce sont ces espaces où il peut vider sa colère sans se retenir, mais aussi sans la projeter sur l’autre. Arrêter  de résister avant qu’il ne soit trop tard, pouvoir crier ma colère sans être entendu, me défouler en pratiquant mon sport ou mon art favori, prendre un moment pour reprendre mon souffle, me retrouver dans un espace familial ou amical sécurisé où ma colère va pouvoir être acceptée tant qu’elle n’est pas violente… Face à la colère, il faut parfois vomir le trop-plein, mais jamais le vomir sur l’autre : les caniveaux conduisent l’au aux rivières, les égouts se déversent dans la nature, et pas dans les maisons !

Face à la colère, il faut pouvoir vider par la parole la douleur qui serre le cœur, l’horreur qui tord les tripes. Accueillir mon émotion, c’est laisser les mots sortir comme ils viennent (pas les insultes !).

Avez-vous compris maintenant l’erreur que vous faites quand vous dites à quelqu’un en colère : « Calme-toi, il n’y a pas de raison de te mettre dans un état pareil ! ». Vous l’invitez ainsi à ravaler ce qu’il a à vomir et à vider ! Ce n’est pas drôle que cela lui fasse encore plus mal et l’énerve davantage, le projetant vers la récrimination sans fin ou vers l’explosion de la violence. La prochaine fois que vous verrez une personne en colère, plutôt que de fuir ou de l’inviter à se calmer, dites-lui : « Quelle colère ! Qu’est-ce qui t’arrive ? » et écoutez-la (sauf si elle vous menace de violence).

METTRE DES MOTS SUR LA COLÈRE

Dans la colère, nous sommes submergés par les émotions, et nous sommes confrontés au risque de faire n’importe quoi et de tout casser. Il en est ainsi parce que les émotions qui nous submergent ont coupé la relation entre notre cœur qui ressent et notre tête qui joue d’habitude le rôle d’observateur à distance et de tour de contrôle.

C’est le moment d’utiliser les ravines et les caniveaux : ils ne stoppent pas l’eau qui s’écoule en cascade, mais ils la canalisent et l’orientent pour qu’elle n’aille pas tout noyer alentour.

Ces ravines et ces caniveaux, ce sont ces moments et ces lieux où la personne en colère va pouvoir mettre des mots sur sa colère. D’abord, son débit est rapide comme un torrent de montagne après l’averse, ses phrases sont entrecoupées de larmes, de cris, de gestes parfois désarticulés… parce que la tour de contrôle ne peut plus jouer son rôle ! Mais si je  laisse la personne s’exprimer, sans prendre sur moi ce qu’elle dit, sans lui dire qu’elle exagère, sans chercher à la calmer ni à la conseiller, alors ses mots si « rocailleux » du début lui permettent de sortir le trop plein, et petit-à-petit, le rythme se ralentit, le ton baisse, la fatigue survient… Parce que je l’ai laissée parler, la personne s’est calmée elle-même. Car en parlant, je dois aller chercher mes mots dans mon cerveau qui va leur donner sens, et ce sont donc mes mots qui vont restaurer la connexion entre mon cœur qui déborde et ma tête qui contrôle.

Avez-vous compris maintenant pourquoi c’est une erreur  de penser qu’il faut taire ses émotions ? La colère que vous n’exprimez pas par des mots et que vous réprimez va s’imprimer en vous sous forme de ruminations, de récriminations, prête à resurgir à la moindre occasion. Imprimée en vous, elle va vous faire somatiser jusqu’aux tensions et au stress, jusqu’à la douleur physique et à la maladie. Et jusqu’à déprimer, en burn-hout ou maladies psychologiques… Jusqu’à la violence où je risque de me supprimer moi-même dans le mutisme, la scarification, la noyade dans l’alcool ou la drogue, le suicide… où je risque de supprimer l’autre : bien des violences intrafamiliales ou débordements sociaux, jusqu’au terrorisme, résultent de colères qui n’ont pas pu s’exprimer et déverser leur trop-plein !

TRAITER LA COLÈRE

Transformer la colère en prenant soin de soi : souvent la colère accuse l’autre, les autres, les injustices, les situations ; souvent la colère s’exprime en reproches, en jugements, et même en insultes. C’est tout cela que la personne a besoin de vider dans un premier  temps comme nous venons de le décrire. Alors quand ce trop plein est vidé, peut commencer une deuxième étape, celle de traiter la colère et ses causes.

Il s’agit de quitter le registre des accusations où je ne parle que de l’autre comme si j’en étais victime, et de tourner le regard vers soi. Comme lorsque je tombe sur un caillou qui me blesse la jambe : je peux m’énerver contre le caillou qui n’avait rien à faire là, mais je ne commencerai à aller mieux que lorsque je vais quitter le caillou pour prendre soin de ma plaie : la désinfecter doucement, puis la protéger en attendant qu’elle cicatrise.

De même avec la colère : quittant le registre des accusations de l’autre, des jugements et des insultes, je vais prendre soin de moi en me posant ce genre de questions : qu’est-ce qui m’est arrivé ? Qu’est-ce que que j’ai vu, entendu ? Qu’est-ce que ça m’a fait ? Qu’est-ce que j’ai ressenti ? Quel autre mauvais souvenir cela m’a-t-il rappelé ? Et de quoi j’ai besoin, là maintenant, pour prendre soin de moi et retrouver mon calme et mon énergie ?

Ces questions, inspirées de la « Communication Non Violente »,  je peux me les poser à moi-même, avec un peu d’entraînement, après avoir vidé le trop plein de ma propre colère. Je peux aussi les poser à l’autre quand j’ai commencé par accueillir sa colère en le laissant vider son trop-plein.  Même si le déclenchement de ma colère est dû à une erreur d’un autre, ce n’est pas le moment de traiter ce problème. Je ne pourrai le traiter de façon juste et efficace qu’après avoir retrouvé ma lucidité, mon calme, mon énergie.

Ce travail n’est plus un travail sur les bassins de décantation extérieurs, ni sur les ravines et les caniveaux extérieurs eux aussi. C’est un travail pour déboucher les conduites intérieures en moi, ces canaux qui relient ma tête, mon cœur et mes tripes, ces canaux de vie qui nourrissent ma foi et mes convictions, et qui sont souvent encombrés, bouchés ou percés par une manière de vivre où je n’ai pas assez pris soin de moi : j’ai pris sur moi et ingurgité des tensions, des malaises et des blessures dont je n’ai pas su ou pas pu me protéger.

Prévenir les prochains débordements, est-ce possible si j’ai un tempérament colérique ? Il n’existe pas de tempéraments colériques ! Car vous n’êtes pas nés colériques ! Simplement, vous avez pris l’habitude de réagir par la colère à toute contrariété, comme d’autres ont réagi par de l’indifférence, par des attaques ou des moqueries, ou par une juste distance qui leur permet de privilégier le dialogue. La colère n’est pas votre nature, c’est votre culture ! On ne peut pas changer sa nature, mais on peut toujours changer ses habitudes et ses manières de réagir quand on en a perçu l’intérêt et trouvé les moyens.

Pour changer nos habitudes colériques, il s’agit d’abord de prendre soin de soi au quotidien, quand on n’est pas en colère. Prendre soin de nos connexions intérieures en quittant le registre de l’accusation pour nous écouter nous : par exemple, quand il va me dire cette parole désagréable, plutôt que de réagir du tac au tac en l’accusant, je vais m’écouter moi : « quand il m’a dit ça, qu’est-ce que ça m’a fait ? qu’est-ce que j’ai ressenti ? quelles étaient les émotions qui m’ont traversé ? Et j’aurais eu besoin de quoi pour être bien ? » Et c’est seulement après m’être posé ces questions et y avoir donné des éléments de réponse que je pourrai rejoindre l’autre pour l’écouter et lui parler et trouver les éléments de négociation nécessaires à la poursuite de nos relations.

On n’apprend pas à nager en haute mer au milieu des bourrasques et des vagues ! On apprend à nager en bassin calme et sécurisé. Je peux apprendre à faire ce travail d’écoute de moi au quotidien, quand je suis en bassin calme sans risque de colère, travail qui consiste à prendre soin de moi et du bon état de mes connexions intérieures. Si je fais ce travail au en bassin calme, il y a de fortes chances que dans la haute mer de relations souvent tendues, je constate progressivement que mon attitude change et que, naturellement, je ressente une plus juste distance face à des situations qui ne submergent plus, parce que j’ai appris à me protéger.

La colère ? une émotion aussi légitime que la joie, la tristesse, la peur, la honte, le dégoût…
La colère ? une réaction de survie qui m’évite de sombrer dans l’écrasement ou dans la violence,
La colère ? un trop plein à vider qui m’invite à prendre soin de moi et à construire des relations sécurisées.

J’aime ma colère et j’en prends soin !

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
novembre 2017

Écrire à l’auteur : mthomas@competences-relationnelles.com

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Je suis trop SUSCEPTIBLE

LA PART SOMBRE D’UNE BELLE SENSIBILITÉ

Mes amis réunionnais me disent souvent : « Nous les créoles, nous sommes susceptibles »… J’ai souvent envie de leur répondre : il n’y a pas que les créoles qui sont susceptibles ! Mais peut-être ont-ils une sensibilité particulière : les cartésiens d’Europe du Nord ont privilégié la raison et sont souvent coupés de leurs émotions ; les créoles et les peuples du Sud réagissent peut-être prioritairement avec leur cœur… et la susceptibilité ne serait alors que la face sombre d’une belle sensibilité cordiale et affective…

Que signifie donc « susceptible » ? Vexé… Touché dans mon amour propre… Blessé de ne pas être respecté…

COMMENT TRAITER MA BLESSURE ?

Une personne susceptible va souffrir dès qu’une remarque désobligeante ou un reproche lui sont adressés.

Lorsque je suis blessé par une remarque ou un reproche, j’ai souvent tendance à critiquer, à lui en vouloir, à ressasser ses paroles, à les répéter en « ladi-lafé » autour de moi… Et plus je les répète, plus je les amplifie… comme une petite boule de neige devient une avalanche à force de tourner sur elle-même. A force de ressasser, j’agis comme une personne qui passerait son temps à tripoter sa plaie et à écarter les bords de sa blessure plutôt que de la désinfecter…

Comment faire pour être moins affecté ?

LAISSER A L’AUTRE CE QUI LUI APPARTIENT

D’abord distinguer ce qui appartient à l’autre et ce qui m’appartient : à l’autre ses reproches, ses mots, son regard… A moi ma blessure, ma souffrance, mes émotions… Distinguer, pour sortir de la confusion.

Le reproche, le jugement, l’attaque que l’autre me fait lui appartiennent et parlent d’abord de lui : s’il me reproche, c’est qu’il espérait quelque chose de moi qu’il n’a pas reçu… S’il me juge, c’est qu’il n’apprécie pas ou n’est pas d’accord… S’il m’attaque, c’est qu’il se sent en danger ou veut me soumettre à son bon plaisir… Tout ce qui est blessant là-dedans ne parle que de lui et de son propre malaise : pourquoi donc le prendrais-je pour moi ou sur moi ? L’erreur du susceptible est de prendre pour lui ce qui ne parle que de son agresseur.

M’ACCUEILLIR AVEC MA SENSIBILITÉ

Pourquoi donc est-ce si difficile de rendre à l’autre ses accusations ? Pourquoi suis-je si fort touché par les appréciations ou les jugements des autres ?

Je ne trouverai la réponse à cette question qu’en choisissant de lâcher mes récriminations sur l’autre, et de les transformer en regard bienveillant et lucide sur moi. En effet, ma susceptibilité ne parle que de moi. D’autres à ma place seraient restés indifférents, ou auraient réagit du tac au tac, ou auraient pris ça avec humour. Moi je suis blessé, cette blessure est la mienne et ne parle que de moi.

Alors pourquoi suis-je si blessé ? Ce n’est pas en m’accusant ou en culpabilisant que je trouverai la réponse, mais seulement en accueillant avec bienveillance mon ressenti et ma souffrance, en les écoutant, et en cherchant le message dont ils sont porteurs pour moi.

Estime de moi
Ma susceptibilité dit peut être que je n’ai pas une grande estime de moi…

Dans ce cas j’attends toujours l’avis et les encouragements des autres pour croire que je suis quelqu’un de bien et pour faire grandir une confiance en moi fragile…

Du coup leur silence ou leurs remarques désobligeantes viennent renforcer ma fragilité et appuient là où ça fait mal.

Traiter ma susceptibilité consistera à travailler sur moi pour faire grandir la confiance en moi, à aller chercher mes vraies « forces » de vie, cachées sous mes fragilités et mes blessures, à me protéger des personnes dont la proximité est toxique pour moi, à chercher des relations de bienveillance, de soutien et d’accompagnement…

Mal aimé
Ma susceptibilité dit peut-être que je me sens toujours ignoré, rejeté, jugé… et que j’ai sans cesse l’impression que personne ne m’aime…

Dans ce cas je n’attends même plus rien des autres, ou chaque fois que je rencontre les autres, je suis dans une méfiance permanente, me disant que je vais me sentir mal au milieu d’eux, que je ne trouverai pas ma place et  demandant ce qu’ils vont encore me reprocher…

Du coup chaque critique renforce mes plaintes d’être incompris : je tourne en rond dans ma tristesse, ma solitude, mes lamentations sur moi-même… et parfois ma jalousie envers les autres…

Traiter ma susceptibilité consistera  à me tourner vers moi-même et à m’écouter sans me juger : n’est-ce pas parce que je ne m’aime pas moi-même que j’ai l’impression que personne ne m’aime ? Il s’agira alors de porter sur moi un regard bienveillant, de ne pas me laisser envahir par les aspects négatifs, mais de chercher ce que mes blessures cachent comme pépites… Par exemple, derrière le sentiment d’être victime, il y a souvent un désir de liberté… Derrière le sentiment de rejet, un désir de créer des liens de confiance… Derrière la culpabilité, un désir de changer… Traiter ma susceptibilité consistera à couper le « saboteur » de moi-même qui voudrait me faire croire que rien ne sera jamais possible. Je pourrai alors consacrer mon énergie à déguster mes désirs, à prendre soin de mes désirs pour aller chercher leur réalisation, avec le soutien de personnes de confiance.

Survalorisation
Ma susceptibilité dit peut-être que je pense que je suis quelqu’un de bien…

Dans ce cas, j’attends que tout le monde reconnaisse mes qualités, mes compétences… J’ai un besoin exacerbé d’être reconnu et valorisé.

Du coup je ne supporte pas de ne pas être apprécié à ma juste valeur et je ressens du mépris pour celles et ceux qui me semblent incapable de reconnaître mes talents !

Traiter ma susceptibilité consistera alors à m’interroger : comment se fait-il que j’ai tant besoin de mettre en avant mes qualités et mes compétences ? Quel serait pour moi le risque à reconnaître des fragilités ou même des erreurs ? à reconnaître que je ne suis pas parfait et que j’ai encore une marge de progrès ? Si je suis conscient et satisfait de mes valeurs, comment se fait-il que j’ai tant besoin que les autres les reconnaissent et me félicitent ?

DU JUGEMENT AU PROJET

Il s’agit de passer de « susceptible » à « susceptible DE… »

 « Je suis susceptible » : c’est un jugement sur moi, où je m’identifie à ce que je juge : « je suis comme ça, je ne pourrai pas changer… » Comme si c’était mon identité d’être susceptible ! Stop à ce genre de jugement qui ne fait que rigidifier et pétrifier nos attitudes et nos comportements !

« Je suis susceptible DE… » : c’est un projet pour moi : susceptible d’évoluer, de changer, de réaliser les désirs cachés sous mes souffrances… Susceptible de traiter mes blessures, de les cicatriser, d’en faire le terreau de mes ressources… Susceptible de me protéger des relations toxiques et de repérer ou créer des relations de bienveillance… Osons croire en ces projets et en ces possibles qui vont donner de la souplesse à nos vies, à nos relations, et permettre la croissance de notre être profond !

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
octobre 2017

Écrire à l’auteur : mthomas@competences-relationnelles.com

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Lire aussi :         Sortir des reproches pour entrer en dialogue
                             
Renoncer aux reproches et aux jugements
                              Tes émotions ne parlent que de toi

Tes émotions ne parlent que de toi !

Des relations tendues, des paroles blessantes, des émotions qui débordent, des affects qui pourrissent la vie familiale ou les relations professionnelles… Il nous semble si souvent impossible de sortir de ce cercle vicieux des émotions… Et plus vous refoulez vos émotions, plus elles vous grignotent à petit feu… Et plus vous dites qu’il faut laisser ses affects à l’extérieur, et plus elles vous conduisent au burnout ! Alors que faire ? Comment en sortir ?

L’AUTRE EST-IL RESPONSABLE DE MA SOUFFRANCE ?

Dans des relations tendues, nous accusons souvent l’autre : « tu m’as blessé… tu m’as agressé… c’est de ta faute si je ne suis pas bien… »

Ou bien nous rendons l’autre responsable de nos émotions désagréables : « Je suis en colère parce que tu ne me comprends pas… je suis triste parce que tu ne fais pas attention à moi… je suis bouleversé parce que tu m’as dit n’importe quoi… »

Nos ressentis se transforment en reproches ou en accusations, et nous rendons l’autre responsable de notre mal-être… Nous prenons une posture de victime qui contribue à augmenter encore l’intensité de notre mal-être puisque nous croyons que nous n’y pouvons rien… Nous faisons dépendre notre bien-être de ses paroles ou de ses attitudes : en rendant l’autre responsable de notre mal-être, nous lui remettons les clefs de notre bien-être…

Alors certes, c’est une parole ou un comportement de l’autre qui a été le déclencheur de notre émotion : par exemple, nous savons tous qu’une parole maladroite peut nous faire très mal… Mais cette parole maladroite n’est qu’un déclencheur : chez moi elle va peut-être déclencher de la souffrance et des larmes, chez un autre elle va déclencher une accusation en retour, chez un troisième un éclat de rires… et un quatrième va peut-être rester indifférent… Un même déclencheur, quatre réactions émotionnelles différentes : l’émotion ne parle pas du déclencheur, mais de la manière dont je le reçois.

Si une ampoule électrique explose quand j’appuie sur le déclencheur-interrupteur, je ne vais pas m’en prendre à l’interrupteur, je vais regarder du côté de l’ampoule si le filament est rompu ou du côté des branchements s’ils sont en court circuit… Mais je ne vais pas d’abord accuser l’interrupteur que j’ai actionné… De même pour nos émotions, elles ne parlent que de nous-mêmes et jamais du déclencheur !

POURQUOI LA PAROLE OU L’ATTITUDE DE L’AUTRE ME FAIT SI MAL ?

Peut-être l’autre a-t-il vraiment voulu me faire mal ou m’agresser, mais c’est moi qui n’ai pas su me protéger… Je ressemble à un boxeur qui irait au combat sans protection, ou à un motard qui se plaindrait d’être blessé dans un accident alors qu’il n’avait ni casque ni vêtements de protection…

Peut-être la parole de l’autre a touché un point très sensible chez moi et a réveillé d’autres souvenirs douloureux bien enfouis en moi, mais restés à vif parce que jamais traités… Comme une blessure non cicatrisée qui fait mal dès que quelqu’un approche la main : ce n’est pas la main qui caresse ou qui désinfecte qui est responsable de la souffrance, c’est la blessure à vif.

Peut-être la tension avec l’autre dure depuis longtemps, et chaque fois qu’il m’approche je prends une posture méfiante par peur d’être blessé… J’interprète tout à travers ma méfiance. Je ressemble alors à une personne qui a peur d’une araignée ou d’un chien : même si ces animaux sont inoffensifs sur le moment, la méfiance et la peur sont responsables du mal-être…

S’il en est ainsi, chaque fois que nous transformons nos émotions et ressentis en reproches et en accusations sur l’autre, nous ne faisons qu’amplifier notre souffrance et élargir nos plaies. Récriminer, c’est verser du vinaigre ou de l’acide sur nos plaies. Cela n’a aucun impact sur l’autre, c’est nous qui amplifions notre souffrance !

Toute cette énergie que nous perdons à critiquer l’autre, à lui faire des reproches ou à l’accuser, que produit-elle habituellement ? Des altercations sans fin où chacun s’épuise à vouloir convaincre l’autre qu’il a tort, sans y parvenir… ou bien des silences résignés qui nous grignotent à petit feu et  n’empêchent pas les récriminations de tourner en boucle jusqu’à nous empoisonner la vie… ou bien des paroles ou des gestes de violence qui détruisent autant la relation que les personnes…

COMMENT FAIRE POUR TRAITER NOS ÉMOTIONS DIFFICILES ?

Essayez donc de quitter la volonté de régler vos comptes avec l’autre. Pour l’instant laissez l’autre, retournez-vous vers vous et commencez par prendre soin de vous.

D’abord changez un mot quand vous parlez ! Nous disons souvent : « Je suis blessé parce que TU… », « je suis en colère parce que TU… » Essayez d’abord de vous dire à vous-même : « Je suis blessé parce que JE… », « je suis en colère parce que JE… Parce que je n’accepte pas… parce que je ne supporte pas… parce que je me sens… parce que ça me rappelle… parce que j’ai besoin… Essayez… Vous verrez vite la différence !

Accueillez et écoutez vos ressentis, essayez de les nommer : tristesse ? déception ? peur ? honte ? jalousie ? haine ? etc. Tous vos ressentis sont légitimes tant que ce sont des ressentis. Quels mots ou attitudes ont déclenché ces ressentis ? Qu’est-ce que ça vous fait à vous ? Quelles sensations dans votre corps ?  Quels ressentis dans votre cœur ? Comment s’expriment ces ressentis : des larmes ? des souffrances ? l’envie de crier ou de dormir pour oublier ? Est-ce un ressenti qui est fréquent pour vous ? qui vous arrive dans d’autres situations ou avec d’autres personnes ?

Ces ressentis sont vrais, ne les refoulez jamais ! Et ne vous jugez pas non plus en disant : « je ne devrais pas réagir comme ça » ou « je devrais être moins sensible » ! Ces ressentis parlent de vous et de votre être profond : accueillez-les, écoutez-les ! Ils sont porteurs d’un message à vous délivrer que vous n’entendrez jamais si vous continuez à vous laisser envahir par vos reproches sur l’autre…

Peut-être aussi vous vous sentez blessé ? rejeté ? abandonné, incompris ? Ces ressentis là ne sont pas vraiment des ressentis, parce qu’ils comportent encore une part de jugement : en effet, c’est toujours l’autre qui est censé m’avoir blessé, rejeté, abandonné ou n’aurait pas voulu me comprendre…

DES RESSENTIS QUI NOUS ALERTENT SUR NOS BESOINS

Dans ce cas, passez vite à l’autre étape : il s’agit de découvrir, cachés derrière nos ressentis – les vrais et les faux – de quels messages ils sont porteurs. Car tous nos ressentis ne sont que des signaux d’alerte, des messages qui nous parlent des besoins de notre être profond. Ça vaut vraiment la peine de quitter nos récriminations sur l’autre pour partir à la recherche de nos besoins profonds !

Alors de quoi avez vous besoin vraiment quand vos ressentis vous font souffrir ? Avoir droit à la parole ? exister pour vous-même sans vous faire rabrouer ? vivre des relations sereines même en cas de désaccord ? être reconnu à votre juste valeur ? trouver les moyens de vous protéger en cas d’agression ?… Ces besoins sont légitimes. Ce sont vos besoins à vous : n’attendez pas que l’autre les découvre et les satisfasse ! Ce sont vos besoins : c’est vous qui êtes responsable de les satisfaire !

SATISFAIRE NOS BESOINS

 Passez donc à l’étape suivante : qu’allez-vous faire pour satisfaire vos besoins ? qu’est-ce qui dépend de vous ? quelle liberté vous donnez-vous pour dire oui ou pour dire non, pour choisir ce qui est bon pour vous ? Vous pensez que vous ne pouvez pas dire non ? Alors faites le choix de demeurer esclave de l’autre ! Car il y a des manières de dire non pour se respecter soi tout en prenant soin de la personne à qui on dit non !

Lorsque vous aurez fait ce parcours, vous n’aurez plus perdu d’énergie comme quand vous faisiez des reproches à l’autre. Au contraire, vous vous sentirez déjà regonflés parce que vous aurez pris soin de vous et vous saurez maintenant que c’est vous qui avez en vous les clefs de votre bien-être !

RESTAURER LA RELATION AVEC L’AUTRE

Alors seulement à ce moment-là, vous pouvez aller retrouver l’autre et vous adresser à lui, sans reproche ni jugement. Vous ne lui parlerez plus de lui, mais vous lui parlerez de vous, de vos besoins, de vos limites… Vous pourrez lui dire : « Quand tu as dit ça (c’est un constat), ça m’a fait mal… je me suis senti blessé, triste, humilié…… parce que j’ai besoin de dialogue, de sincérité, de respect… et je te demande si on peut trouver un moment pour s’écouter quand on a des avis différents… et je refuse les insultes et la violence… et je propose… »

 Vous pourrez même vous intéresser à la manière dont l’autre a vécu la situation, essayer de comprendre pourquoi il a réagi de cette façon. Il ne s’agit pas d’être d’accord avec lui, mais de chercher à comprendre, pour pouvoir négocier avec lui une sortie « par le haut » de cette situation difficile.

Oui, me direz-vous… mais si l’autre refuse de m’écouter ou continue à vouloir me blesser ? D’abord si vous ne le jugez plus, ça va nécessairement changer les relations… et vous avez beaucoup plus de chance que lui aussi s’adoucisse et devienne plus constructif. Mais s’il refuse, affirmez-vous clairement et sans agressivité : « je ne t’ai pas jugé, je ne t’ai pas fait de reproches, alors je te demande d’en faire autant. » Et si malgré cela il continue, quittez la conversation, éloignez-vous, et dites lui que vous êtes prêt à l’écouter et à reprendre le dialogue si lui aussi cesse de vous juger.

Vous avez quitté les jugements et les reproches,
Vous avez pris soin de vos ressentis et de vos besoins, et de ceux de l’autre
Vous voici dans une relation de respect mutuel, sereine et constructive…

Une relation de liberté !

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
juin 2017

Ecrire à l’auteur : mthomas@competences-relationnelles.com

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Quand nos affects nous empoisonnent…

Dans des relations de couple, en famille, dans les équipes de travail, les « affects » sont souvent des occasions de tensions relationnelles et de souffrance : « s’il regarde une autre femme que moi, je suis jalouse… Si ma femme ou mon mari rentre en retard, c’est qu’il ne fait pas attention à moi… Si mes enfants adultes n’ont pas les mêmes avis que moi, c’est qu’ils ne me respectent pas… Si mon chef ou mon collègue ne m’a pas transmis une information, c’est qu’il ne m’aime pas et qu’il veut m’éliminer… »…

Ces « affects » ne sont pas des ressentis, mais des ressentiments, c’est-à-dire des réactions émotionnelles qui interprètent et jugent un comportement de l’autre à partir de ce que ça me fait, et non à partir de ce que l’autre a réellement voulu faire. Ce sont des « ressentis-ment », des ressentis qui « mentent » : quelle que soit l’intention de l’autre et sans m’en préoccuper, je le juge parce que moi j’ai mal.

Ces affects-ressentiments sont du poison relationnel : ils détruisent à petit feu les relations interpersonnelles, les vies de couples, les coopérations d’équipe et leur efficacité, et finalement la motivation et la santé des personnes. Dans les contextes professionnels où ces affects négatifs pullulent, les congés maladie augmentent de façon significative, et la démotivation grandissante se traduit en inefficacité.

Un Directeur de CCAS disait récemment avoir organisé une formation à la Communication bienveillante et à l’affirmation de soi pour son équipe de professionnels. Résultats : 20% de congés maladie en moins, une plus grande motivation de ses personnels, une qualité et une efficacité du travail amélioré, et le plaisir à venir au travail en raison de la bonne ambiance dans l’équipe. Pourquoi se priver de cela en restant dans les récriminations ?

Ce travail sur la confiance en soi coupe le cercle vicieux des affects, en nous  permettant de prendre en compte mes ressentis et ce qu’ils disent de moi et non de l’autre !

La communication peut alors redevenir bienveillante, c’est-à-dire sereine et constructive, même en situation de désaccord. Parce que je distingue ce que je ressens et qui ne parle que de moi, et ce que l’autre fait : je peux alors écouter ce qu’il dit de lui et de ses actes, et je peux lui dire ce que ça me fait, sans confusion. Ainsi s’ouvre un espace de dialogue et de négociation où chacun se respecte lui-même et respecte l’autre.

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
mars 2017

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Traverser l’émotion jusqu’au besoin

Les émotions sont un chemin qui transporte, un torrent qui déborde, un tunnel qui engloutit, un envol qui élève

Chemin, torrent, tunnel, envol : sans eux nous restons figés devant l’obstacle ; avec eux, nous traversons… Ce sont les chances  des émotions, jusqu’aux plus grandes énergies !

Transporter, déborder, engloutir, élever : avec cela, nous risquons de ne plus rien maitriser… Ce sont les risques des émotions, jusqu’aux plus grands bouleversements !

Les émotions sont notre réaction première et légitime aux évènements, aux rencontres, aux relations : nous ne commençons jamais par comprendre, nous commençons toujours par ressentir. Notre intelligence est d’abord émotionnelle : les ressentis déclenchent nos réactions, mais aussi notre pensée. Les émotions sont le premier langage de l’être humain.

Mais si nous restons dans l’émotion, nous risquons de nous y noyer : la peur conduit à l’agression, la colère à la violence, la tristesse à la déprime, et même parfois la joie conduit àl’inconscience. Sans canalisation, l’émotion devient un torrent indomptable et destructeur.

Même dans les contextes plus faciles, avec nos proches ou nos collègues, nous risquons parfois de noyer l’autre dans le courant de nos émotions. La relation en reste aux affects envoûtants ou tendus, mais elle ne construit rien. Or l’émotion n’est pas un lieu où l’on reste ; elle est un lieu où l’on passe pour aller à l’essentiel : les besoins à affirmer et à partager, les demandes à oser exprimer et à négocier.

L’émotion est d’abord un message pour moi-même, me permettant de me situer dans ce qui m’arrive. Elle n’est partagée que si nécessaire et dans un contexte où l’affectif peut s’exprimer. Il est même des contextes où l’émotion sera tue pour aller directement affirmer notre besoin, parce que ce n’est pas le lieu de « mettre son cœur sur la table », ou parce qu’il y aurait danger à s’exposer à la manipulation de l’autre.

Canaliser l’émotion, c’est l’accueillir là où elle jaillit, dans le cœur et dans les « tripes », prendre le temps de la ressentir et de la nommer… Mais si nous restons là dans l’affect, notre émotion n’aura pas rempli sa mission et il y a bien des chances pour qu’elle retombe et nous laisse dans la fatigue ou le regret. Canaliser l’émotion, c’est dans un deuxième temps articuler les « tripes » et le cœur avec la tête et le cerveau pour comprendre le message de l’émotion. Il s’agit d’identifier son origine ou ses causes, de reconnaître le déclencheur à l’extérieur de nous, de nommer ce qui a été touché en nous et de l’associer à d’autres émotions déjà vécues… Canaliser, c’est garder ainsi toute l’énergie de l’émotion, permettre à notre conscience pensante d’en irriguer tout notre être, nos paroles et nos gestes et de la transformer en énergie humanisante.

Ce travail de canalisation nous conduit plus loin encore : il s’agit de traverser l’émotion dans toute son épaisseur et sa force pour y découvrir un besoin vital.

Un besoin vital de sécurité satisfait quand je me sens rassuré sur ma santé, mon emploi ou le devenir de mes enfants… Un besoin vital de relations satisfait quand je ressens la joie des retrouvailles fêtées, le bonheur des amitiés ou des amours vécus… Un besoin vital de reconnaissance satisfait quand je ressens le plaisir de recevoir des appréciations positives de mon chef ou de mes proches… Un besoin vital d’accomplissement satisfait quand je ressens la fierté de la réussite ou la réalisation de mes projets… Traverser l’émotion dans toute son épaisseur pour découvrir au plus profond de moi des besoins satisfaits qui me tiennent debout, équilibré et me font devenir moi-même au milieu des autres

Mais aussi à l’inverse un besoin vital de sécurité insatisfait quand la maladie, la perte d’emploi ou l’échec me font ressentir l’incertitude, me confrontent au risque non maîtrisé… Un besoin vital de relations insatisfait quand je ressens comme une blessure l’agression, la trahison, la rupture… Un besoin vital de reconnaissance insatisfait quand je me sens touché par les reproches, les jugements, surtout s’ils me paraissent injustes… Un besoin vital d’accomplissement insatisfait quand je me sens déchiré par l’échec et le désespoir… Comment canaliser ces émotions douloureuses et destructrices, comment les traverser ?

SILENCE ET DÉNI SONT TOXIQUES

Parfois nous pensons qu’il faut se taire et ravaler nos émotions, et nous disons : « J’encaisse… ». Et pourtant, nous en connaissons le résultat : ayant encaissé, nous ruminons notre douleur comme un acide qui nous ronge de l’intérieur et nous conduit à la déprime, au désespoir, à la violence contre nous-mêmes et contre l’autre… Nous sommes restés dans l’émotion, nous n’avons pas traversé l’émotion jusqu’au besoin et nous n’avons donc pas cherché les moyens de le satisfaire. Nous sommes restés dans un bain toxique d’émotion et nous nous retrouvons exsangue…

Parfois, quand nous voyons des proches bouleversés d’émotion, nous pensons les aider en niant ces ressentis : « Tu n’as pas besoin d’avoir peur pour cela… » ou encore face à quelqu’un en colère : « Calme-toi, il n’y a pas de raison… » ou encore à un enfant : « Arrête de pleurer, tu es ridicule ! » Or, quand c’est nous-mêmes qui sommes dans la peur, la colère ou les larmes, nous savons bien que ce genre de paroles de déni ne font qu’amplifier notre malaise, parce que nous ne nous sentons pas compris et accueillis dans notre malaise. Et quand nous-mêmes nous prononçons ces phrases de déni, soi-disant pour calmer et rassurer, c’est plutôt parce que le malaise de l’autre nous perturbe, soit que nous ne sachions pas quoi lui dire, soit que sa peur ou sa colère déclenche notre propre peur. Loin d’aider et de calmer, ce déni des ressentis est comme un déni de la personne dans ce qu’elle vit sur le moment. Car les ressentis qui nous traversent sont toujours vrais ; ils ont toujours des raisons d’être qu’il faut mettre au jour ; ils manifestent toujours des besoins insatisfaits qu’il faut nommer.

ACCUEILLIR ET TRAVERSER POUR CANALISER

Ce qui est écrit ci-dessous sur la manière d’accueillir l’émotion de l’autre, je peux aussi me l’appliquer à moi-même lorsqu’il s’agit d’accueillir et de canaliser ma propre émotion…

D’abord accueillir les ressentis : face à la colère, je ne vais plus dire à l’autre ou à moi-même : « Calme toi, il n’y a pas de raison ». Je vais dire au contraire : « C’est quoi ta colère ? » ou  » Qu’est-ce qui te fait peur ? » ou « Je te sens excédé (ou meurtri, ou triste ou…). » Et je vais laisser l’autre exprimer les raisons de sa colère ou de sa peur.

Je peux tout écouter, sauf les éventuelles insultes ou violences qu’il projetterait sur moi. Je peux tout écouter, même si je ne suis pas d’accord avec lui parce que ça vient de ses propres interprétations, même s’il me semble avoir donné trop d’importance à quelque chose qui me paraît être un détail. Surtout je ne vais pas l’interrompre en lui disant qu’il se trompe. Car en me disant sa colère ou sa peur, il ne me dit pas l’objectivité des faits et des situations : il est en train de me dire comment il vécu cette situation, ce que ça lui a fait, ce que ça a réveillé en lui… Et parce qu’il est différent de moi, il est légitime qu’il n’ait pas vécu cette situation de la même manière que moi.

La plupart du temps, en exprimant les raisons de sa colère ou de sa peur, la personne se calme ou se rassure lui-même parce que je le laisse vider le trop-plein qui rendait pour lui la situation insupportable. Il se calme lui même, parce que mon écoute lui permet de refaire le lien entre son cœur et sa tête : l’émotion qui le débordait empêchait sa tête de penser. Quand je l’invite à parler de ses ressentis, il va commencer à balbutier car pour trouver les mots, il doit faire appel à sa capacité à analyser et à penser. Ce faisant, il rétablit le lien entre son cœur qui déborde et son cerveau qui peut à nouveau faire son travail d’analyse et de mise à distance, et donc commencer à canaliser ses affects.

Lorsque les ressentis ont été accueillis et exprimés, il reste à les traverser jusqu’à la découverte des besoins insatisfaits. Récemment, François, un participant à une formation, disait avoir été blessé par la réaction de son père : quand il avait voulu dire à son père qu’il choisissait un métier d’informaticien, son père lui avait répondu : « Être toute la journée derrière un ordinateur, ce n’est pas un métier ! » François s’est senti profondément blessé, au point que plusieurs années après, il ne parle toujours pas métier avec son père.

Poursuivant la discussion avec François, je lui demande en quoi cette remarque de son père – dont il savait qu’il n’approchait jamais un ordinateur – l’a si fort blessé. François me regarde, une émotion monte sur son visage et dans sa voix, et il me dit : « Parce que  l’informatique, c’est ma passion ». Sa passion, son besoin, la manière dont il s’accomplit… « Si la remarque de ton père t’a tant blessé, c’est parce que ça touchait ton besoin d’accomplissement. »  » Mais oui, c’est vrai, » me dit François, « j’en rêvais depuis toujours, de l’informatique… alors que pour mon père l’ordinateur est un objet qu’il ne connaît pas et dont il a peur. » Reconnu dans son besoin, ce fils est même capable pour la première fois d’accueillir le ressenti de son père qui l’avait tant blessé.

Un peu plus tard dans la journée, François reviendra me dire ceci : « En plus, mon père était agriculteur, et quand j’habitais chez lui, j’étais le seul de ses enfants à participer aux tâches agricoles… Alors mon père a toujours espéré que je reprendrais la ferme ! » Ayant nommé son propre besoin et sa passion, ce fils peut maintenant accueillir et reconnaître le besoin déçu de son père qui aurait tant voulu transmettre sa passion à son fils…

Traverser l’émotion jusqu’au besoin, jusqu’à identifier le besoin qui a déclenché cette émotion… et donc ensuite trouver les moyens concrets d’affirmer la légitimité de ce besoin et de le satisfaire.

Ça y est, vous n’avez plus peur de vos émotions et vous savez quoi en faire ?
Entraînez vous… Vous allez grandir de l’intérieur et tenir debout !

Lire aussi : Que faire de mes émotions ?

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
août 2016

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Que faire de mes émotions ?

Nous entrons en relation avec l’autre d’abord par nos émotions : la joie de se retrouver, l’élan, le sourire, les gestes d’affection ou d’amitié… ou bien  la peur, la méfiance, les crispations et raidissements, les cris, les larmes, la colère, la rancœur…

Parfois, un simple regard suffit à nous rassurer ou à nous déstabiliser ; un mot de travers suffit à nous atteindre et à nous mettre dans tous nos états, alors qu’un signe de compréhension peut nous détendre…

Dans les désaccords et les tensions relationnelles, l’agressivité surgit rapidement, avec son caractère contagieux. Agresser, c’est toujours rendre l’autre responsable de mon ressenti difficile ou de l’atteinte qui m’a blessé. Et la violence des mots ou des gestes surgit quand les ressentis blessés de chacun ne sont plus sous contrôle et sont projetés sur l’autre comme des armes.

Comment faire pour éviter ces dérives d’agression et de violence ? Et que faire de nos émotions ?

LES FAUSSES PISTES du silence et de la violence

Certains pensent qu’il faut cacher ses ressentis, se taire et faire le gros dos. Mais cette intériorisation de nos ressentis nous pourrit la vie, se transforme souvent en récriminations qui nous font « macérer » dans l’aigreur, parfois jusqu’au mal-être, à la maladie, au burnout… Et les ressentis que nous avons fait taire restent tapis en nous, prêts à rejaillir douloureusement à la prochaine occasion. Alors il débordent, non à cause de la situation nouvelle, mais à cause de tout ce qui est resté accumulé des précédentes et qui a pourri en nous ! Ou bien ils nous ligotent et habillent de méfiance et de peur chacune des situations à risque ou des relations difficiles. Ou encore ils nous endorment quand nous cherchons dans l’alcool et la drogue des échappatoires mortifères.

D’autres transforment leur ressentis en reproches et en jugements sur l’autre : « Tu m’as blessé… C’est de ta faute… Tu n’as pas le droit… Tu te moques de moi… Tu ne vaux rien… ». Parfois jusqu’à l’insulte et à l’injure, et jusqu’à la violence. Souvent en les démultipliant, par du « ladi lafè » comme disent les réunionnais : des rumeurs que l’on colporte en racontant à notre entourage tout le mal que l’autre nous a fait… Cela ne fait qu’amplifier la colère intérieure et la tension dans la relation : mes reproches à l’autre enclenchent souvent les reproches de l’autre sur moi, et les jugements entraînent d’autres jugements… C’est la stratégie de l’avalanche : plus je ressasse et répète mes reproches et mes accusations, plus ils s’augmentent des commentaires de mes partisans et plus je les amplifie jusqu’à qu’ils occupent tout le terrain et finissent pas tout envahir. Tout cela ne fait qu’abîmer la relation, jusqu’à la détruire, et parfois jusqu’à se détruire mutuellement ou à s’en vouloir encore des années après. Douze meurtres depuis 6 mois dans des relations amoureuses à la Réunion !

CANALISER MES RESSENTIS

Il n’y a qu’une solution pour canaliser mes ressentis : les accueillir comme un message sur moi ou un signal d’alerte pour moi. Mes ressentis ne parlent pas de l’autre ni de ce qu’il m’a fait, ils ne parlent que de moi et de ce que la situation a déclenché en moi : de la joie, de l’espoir, de la tristesse, de la colère, de la peur… Accueillir et écouter ce que ces émotions me disent de moi. Choisir de prendre soin de moi et m’interdire d’en faire des armes pour accuser l’autre. Accueillir et écouter mes ressentis car ils sont toujours vrais, en ce sens qu’ils surviennent sans ma réflexion ni ma volonté, et qu’ils ont toujours des raisons de survenir.

Déguster mes ressentis positifs et m’en nourrir parce qu’ils sont le signe que mes désirs, mes attentes et mes besoins sont satisfaits.

Écouter et prendre soin de mes ressentis négatifs comme on prend soin d’une blessure physique pour qu’elle cicatrise. Plus j’accuserais l’autre de m’avoir blessé en ressassant ma colère, plus j’écarterais ma plaie et plus elle me ferait mal. Mais je peux prendre soin de ce ressenti  douloureux et l’accueillir :

  • en désinfectant la plaie : débarrassé des accusations sur l’autre, je peux me soigner moi-même. Reconnaître d’abord ce qui parle de moi qui n’ai pas pu me protéger, ce que ça réveille en moi comme fragilité ou comme autre blessure ancienne non cicatrisée. Reconnaître ensuite sans jugement ce que je ne peux pas accepter dans les paroles ou les actes de l’autre et les lui « rendre », sans forcément lui en parler, mais en refusant de me laisser polluer par quelque chose qui ne m’appartient pas.
  • en identifiant les vraies causes de ces ressentis douloureux : les vraies causes ne sont jamais l’autre, ni ce qui s’est passé : ceux-ci ne sont en effet que des déclencheurs. Les vraies causes sont toujours en moi : une de mes valeurs qui a été bafouée, un besoin vital insatisfait ou blessé, une impossibilité de me protéger…
  • en trouvant les moyens de restaurer mes valeurs, de satisfaire mes besoins, de me protéger davantage. Non pas d’abord en demandant à l’autre de changer, mais en me renforçant moi-même : en nourrissant mes valeurs, en cherchant comment satisfaire mes besoins par moi-même, ou par des relations plus saines et plus sereines, en apprenant à me protéger des agressions comme on apprend à se protéger du froid, de la chaleur et de tous les risques de la vie quotidienne.

Tes émotions et tes ressentis t’appartiennent : ils sont une parole vraie de ton être profond ! Ne les transforme pas en armes contre toi en les ressassant ou contre l’autre en l’accusant. Accueille-les, écoute-les, laisse venir à toi leurs messages : bienfaisants ou douloureux, ils parlent toujours de vie à protéger et à faire grandir, de peurs à apprivoiser, d’espoirs à réaliser…

Lire aussi : Traverser l’émotion jusqu’au besoin

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
août 2016

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Lâcher prise

Photo-couverture600Françoise (prénom d’emprunt) participe à une formation destinée à retrouver du sens et à oser être soi-même. Elle me rappelle qu’elle a déjà participé au début d’une autre formation avec moi, mais qu’elle est partie le midi du premier jour car elle ne supportait pas de voir tous les autres participants « pleurnicher parce qu’ils ne savent pas dire non, car moi, continue-t-elle, j’ai appris à être forte et je sais dire non… »

Pendant la première matinée, Françoise exprime son doute que la formation lui fasse trouver du sens à sa vie et intervient beaucoup, interrompant les autres pour leur donner des conseils pour se défendre contre les agresseurs, disant qu’elle, elle sait être forte en toutes circonstances… Plusieurs fois je tente de cadrer et de canaliser les prises de paroles de Françoise. A la pause elle m’invective : « Dans toutes les formations, je me sens bien, sauf dans les vôtres, car vous m’empêchez de parler et vous me frustrez ». Je lui exprime la nécessité pour moi de garantir la parole de tous dans le groupe, et j’ajoute : « Tant que vous parlerez si souvent pour conseiller les autres, je pense que vous ne réussirez pas à trouver le sens de votre vie » « Et pourquoi ? » me dit-elle vivement. « Car pour trouver le sens de sa vie, il faut d’abord écouter et accueillir ce que votre être intérieur a à vous dire. Plus vous parlez des autres, moins vous pouvez vous entendre ».

Françoise est quand-même revenue l’après midi, sans changer beaucoup de posture, exprimant toujours son doute sur « vos capacités à me faire trouver le sens de ma vie ». Je lui rappelle que c’est à elle d’aller le chercher et que je ne peux que lui proposer des « outils » pour se mettre à l’écoute d’elle-même. Elle répète plusieurs fois que « pour s’en sortir dans notre monde et au travail, il faut être fort,  faire face et ne pas se laisser déstabiliser. » Les autres l’interrogent sur sa méthode et elle répond : « Moi je ne me laisse pas faire et je réponds du tac au tac ». Le ton dur à tonalité agressive ne convainc personne…

Le lendemain matin, Françoise est revenue. Chaque participant est invité à exprimer ce qui lui a tourné dans la tête et le cœur depuis la formation de la veille. Françoise prend la parole pour dire qu’elle n’a toujours pas trouvé le sens de sa vie.

Une de ses collègues, Clotilde (prénom modifié) l’interrompt : « Eh bien moi j’ai trouvé hier le sens de ma vie. Depuis des années je me sentais anormale, parce que je n’avais pas envie ni besoin de faire des projets pour changer ma vie, parce que je n’avais pas envie d’acheter toutes les nouvelles choses qui paraissent… Je me disais que je n’étais pas comme les autres, et j’étais triste. Hier le formateur m’a accompagné dans la découverte suivante : je n’ai pas besoin de faire toujours plus de choses, ni d’avoir toujours plus, mais je suis heureuse de la vie que j’ai dans la simplicité, sans avoir besoin de courir après des bonheurs artificiels… Alors quand le formateur m’a demandé ce qui me rend heureuse comme ça, et quels sont ces besoins satisfaits qui font mon bonheur, j’ai répondu : j’ai besoin d’être dans la sérénité, de l’ancrer en moi. J’ai découvert hier que mon bonheur n’est pas dans le faire, ni dans l’avoir, mais dans l’être. » Et Clotilde ajoute : « Hier soir, j’en ai parlé à mon mari tellement j’étais contente. Et je lui a dit : ça fait dix ans que je vais chez le psy pour comprendre pourquoi je ne suis pas comme les autres et pour tenter de devenir normale, et grâce à quelques questions, j’ai mis le doigt sur mon bonheur d’être ce que je suis, et j’ai retrouvé le sens de ma vie. » Émotion des participants…

Est-ce ce témoignage qui va ouvrir une première brèche chez Françoise ? Quand je lui redonne la parole là où elle avait été interrompue (elle disait n’avoir toujours pas trouvé le sens de sa vie), avec sa verve habituelle, elle dit pourtant quelque chose de tout neuf : « Vous savez je suis forte au travail, tout le monde me voit forte… mais quand je rentre chez moi, je ne suis plus forte du tout… » Son visage change. Je lui propose de continuer. « Par exemple, j’avais juré à mon chien que je serais auprès de lui jusqu’au bout de sa vie. Quand il s’est retrouvé sur la table du vétérinaire, je ne sais pas ce qui m‘a pris : je suis sortie sans réfléchir. Vous voyez je ne suis pas forte, au contraire j’ai été lâche. » Et le visage de Françoise est crispé.

Nous avions convenu en début de formation qu’il n’y aurait aucun jugement de porté, ni sur les autres, ni sur nous-mêmes, car les jugements ne résolvent jamais rien et ne font qu’aggraver les situations.

Je propose donc à Françoise de retirer ce jugement sur elle-même. Elle résiste, affirmant sa grande lâcheté. Je lui dis : « si vous vous jugez, vous ne saurez jamais pourquoi vous n’avez pas pu rester jusqu’au bout auprès de votre chien. » Regard étonné, puis humide. « Vous êtes-vous déjà demandée, Françoise, ce qui vous a poussé à partir ? » Françoise qui parlait tant et à tout propos n’a plus de mot. Ses larmes coulent : elles semblent vider une souffrance… Enfin Françoise s’interroge elle-même, sans jugement, et j’entends dans s bouche : « Pourquoi ? » Je vois dans son regard vers moi un appel. Me branchant sur la souffrance que je ressens, je lui suggère : « C’était trop dur ? » Ses larmes coulent davantage : « Oui je n’ai pas pu, j’avais trop mal, je n’étais pas assez forte pour supporter cela, j’étais trop faible ». Percevant un nouveau jugement sur elle-même dans ce mot « faible », je lui dis : « Vous n’étiez pas faible, vous vous sentiez peut-être seulement fragile, blessée, touchée au plus profond.. Et rester était au-delà de vos forces. »

Les larmes de Françoise continuent à couler. Elle dit : « Depuis 10 ans, je n’ai jamais pu pleurer. Depuis la mort de mon père, jamais de larmes. J’aurais voulu lâcher, mais je n’y arrivais pas… » Je dis à Françoise : « Peut-être vous êtes-vous réfugiée derrière la force d’une armure, mais aujourd’hui vous venez de découvrir une part de vous que vous ne connaissiez pas : la fragilité de tout être humain, les limites du supportable… Vous êtes en train de devenir vous-mêmes, à la fois forte et fragile et le mélange des deux va vous permettre de tenir debout toute seule : plus besoin d’armure extérieure ! A la place, la force intérieure, la force souple et fragile vous permettra enfin de vivre plus sereine. »

Françoise pleure toujours, sans arrêter. Elle sort de la salle, son amie la rejoint. Le groupe qui a été témoin de tout cela a besoin aussi d’une pause. Quelques minutes après, Françoise vient vers le groupe et dit : « Je pleure mais c’est du bonheur, je pleure parce que ça vient de lâcher… Oh merci ! Vous le formateur qui m’énerviez tant hier, vous m’avez permis ça ! » Je lui réponds : « Je vous ai canalisée hier par respect pour le groupe, mais aussi parce que je pensais que c’était la seule solution pour que vous vous mettiez à l’écoute de vous-même… »

Tout le reste de la journée, Françoise était épuisée, mais son visage rayonnait. L’épuisement de quelqu’un qui vient de vider une tension de plusieurs années. L’épuisement de quelqu’un qui vient de lâcher la tension du bras de fer qu’elle avait engagé avec la vie… Il va lui falloir quelques jours pour découvrir en elle, à travers cette fatigue et cette détente, la souplesse et la sérénité que donne l’alliance réconciliée de la fragilité et de la force intérieure.

Alors Françoise, le sens de ta vie ? !!!
Et vous amis lecteurs, où vous êtes-vous reconnus ?
Dans quelle part de vous êtes-vous touchés par cette histoire ?

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
juin 2016

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Avant de publier cet article, je l’ai envoyé à « Françoise » pour lui demander son accord. Après l’avoir lu, elle m’a écrit cette très belle lettre (en bleu) et je lui ai répondu en insérant mes réponses (en gris) dans son texte :

Je vous remercie de prendre de mes nouvelles.
Quand je lis ce texte, et bien les larmes coulent.
Je suis bien, très zen, relaxée                c’est très bon signe !

Je ne saurai jamais comment vous remercier. Je suis encore étonnée de ce qui s’est passé. Comme vous l’aviez dit, peut être que j’étais enfin prête ?             oui

Je ne crois pas au hasard mais au destin, et le destin a fait que je vous ai croisé.
Je ne sais pas pourquoi je suis restée à la formation et pourquoi je suis revenue le lendemain. Je ne me l’explique pas.
Mais quel bonheur de l’avoir fait : même un psy n’aurait pas fait mieux en bon nombre d’années.
Votre être intérieur en partie inconscient sait pourquoi vous êtes restée à la formation et il a été assez « fort » (d’une vraie force, bien différente de celle que vous connaissiez avant !) pour vous guider dans votre décision de rester.

De temps en temps je repense à la situation, le mot lâcheté revient mais je le chasse aussitôt et repense à ce que j’ai réussi à dire
Ne chassez pas ce mot de « lâcheté », accueillez le même avec bienveillance comme on accueille un enfant blessé… Mais soignez le en continuant à écouter et à chercher ce qui se cache derrière ce jugement sur vous : et ce qui s’y cache est probablement la découverte d’une vulnérabilité à accepter, d’une souffrance ancienne à cicatriser, d’une fragilité à accepter pour qu’elle vienne assouplir vos raideurs…

Oui je suis forte mais j’ai mes limites. j’ai tout fait pour rendre heureuse ma chienne et malheureusement je n’ai pas pu l’accompagner jusqu’au bout car j’étais seule, sans défense, choquée
Voila déjà une parte de ce qui se cache derrière ce que vous jugiez avant comme une lâcheté : votre solitude, votre vulnérabilité sans défense, un choc qui parle non seulement de la disparition de votre chienne mais aussi d’une blessure en vous…

Je ne m’en veux plus. Je suis enfin en paix. Que c’est bon !
Donc vous avez déjà abandonné le jugement pour vous accueillir avec bienveillance

Je ne vous oublierai jamais et j’espère que l’on pourra se retrouver dans une autre formation. Bon, je serai toujours aussi « chiante » mais lorsque vous me recadrerez, je n’aurais plus la même attitude de renfermement, de vexation, de frustration.

Vous m’avez beaucoup appris. C’est incroyable, VOUS êtes incroyable
Ce que j’ai fait pour vous ne tient pas à je ne sais quel pouvoir magique ni talent exceptionnel : c’est seulement la conséquence d’une posture que j’ai apprise : l’écoute avec le cœur qui à la fois cherche à discerner la blessure derrière les raideurs et les jugements, et canalise et parfois refuse les débordements…Si vous apprenez à vous écouter vous-mêmes, puis à accueillir l’autre sans jugement ni conseil, vous deviendrez progressivement capable de vivre la même attitude…

Le texte est magnifique, bien sûr utilisez le !       « Françoise »

« Vider » et « lâcher » plutôt que retenir

« Pour l’instant, j’ai encore trop de colère en moi, trop de ressentis que je n’arrive pas toujours à maîtriser… Cela m’épuise beaucoup psychologiquement… »

Pourquoi vouloir maîtriser ? Tu as encore de la réticence ou de la résistance à vider, à laisser sortir, à exprimer… « Vider » et tant que tu voudras « maîtriser ta colère et tes ressentis », tu ne pourras pas les vider.

Tu es épuisé parce que, par la volonté ou la peur, ou pour la bienséance,  bref à la force des poignets, tu retiens tout en toi, et tu te retiens ! Tu fais barrage à la « chasse d’eau » que ton être intérieur est en train de faire gonfler pour évacuer le bouchon derrière lequel tu t’es protégé face au danger, mais aussi tu t’es recroquevillé.

Ce qui remonte en surface, ce n’est pas de l’hyper sensibilité ! C’est ce qui crie en toi et que tu as fait taire trop longtemps. Si ça remonte si fort, c’est parce que ce qui crie en toi est prêt à sortir…

Si ça crie si fort en toi aujourd’hui, c’est que tu es prêt à l’écouter sans t’y noyer, à « lâcher » et à laisser entrer à sa place la sérénité et la reconstruction.

Il est temps de « vider », de « lâcher », si possible en te faisant accompagner de quelqu’un qui ne te donnera pas de conseil ni de directives, mais qui saura t’écouter et t’accueillir jusque dans ton cri et tes larmes, et qui pourra t’accompagner pour canaliser cette « vidange » jusqu’à y retrouver le soulagement, la libération et l’énergie du relèvement.

Bien à toi…
Marc                         Jaillissement130x81                                    mthomas@competences-relationnelles.com

Changer nos réactions automatiques

« Savoir tout ce qui m’a blessé dans mon histoire ne suffit pas, pour changer de comportement… »
EXACT, le savoir ne suffit pas au changement !

« Je sais qu’il faut que je mette en pratique tout ce que je sais… »
FAUX : c’est une injonction volontariste qui aurait déjà marché depuis longtemps si c’était la bonne solution !

« Je me rend compte que c’est un combat quotidien… »
FAUX : le combat n’est pas la solution

« car j’ai ‘des réflexes dans mon comportement’ qui sont plus forts que moi.. presque naturels… »
EXACT ET C’EST LA DESSUS QU’IL FAUT TRAVAILLER !

Travailler cela non pas à la force des poignets, ni comme un combat, ni comme « il faut agir » et faire des efforts.

Tu changeras quand tu auras interrogé et travaillé ces réflexes eux-mêmes contre lesquels ta volonté ne peut rien. Ce sont comme des programmes informatiques qui ont été écrits sur ta « carte mémoire » interne.

Ces programmes déclenchent inconsciemment des réactions réflexes et automatiques…Tu as beau te dire qu’il ne faut plus réagir comme ça, ça ne peut pas marcher durablement, même avec de la volonté et des efforts, parce que ton fonctionnement intérieur automatique reste le même et finit toujours par gagner sur ta volonté.

Il s’agit donc d’aller  chercher en toi ce programme, de trouver qui l’a écrit (ce n’est pas toi, c’est ton éducation,  et ce que tu dis ci-dessus de ta famille est un début de prise de conscience).

Lorsque cette prise de conscience est faite, et en évitant l’accusation des parents ou du « système éducatif » qui t’a programmé, tu vas pouvoir confronter deux programmes :

  • le programme écrit sans ton accord, et qui fait aujourd’hui tes réactions réflexes plus fortes que toi
  • un autre programme que toi tu souhaites déjà, et que tu vas écrire, en accord avec tes valeurs et tes projets…

En faisant cette confrontation dans une démarche de travail sur toi, tu vas – en partie inconsciemment – déprogrammer le programme ancien et le reprogrammer…

Et tu vas découvrir étonnée que des changements se réalisent, sans effort, sans combat, sans mobilisation de ta volonté, mais simplement par un fonctionnement « à l’endroit » du programme qui fonctionnait « à l’envers »…

Bien à toi…
Marc                         Jaillissement130x81                                    mthomas@competences-relationnelles.com