Archives de catégorie : Écoute active

Comment aider ? Comment écouter ?

Dans des formations à l’écoute, je propose souvent aux participants ce petit jeu : quelqu’un que vous connaissez vient vous dire : « Ma voiture est en panne, sans doute à cause des bougies. Je suis contrarié. Je vais consulter mon garagiste. Si seulement j’étais expert en mécanique ».

Et je demande aux participants : « Que répondriez-vous spontanément à cette personne ? » Et voici quelques-unes des réponses fréquentes : « Veux-tu que je regarde d’où vient la panne ? » ou « Je connais quelqu’un qui est mécanicien et te réparera ça ! » ou « Tu as raison, va chez le garagiste ! » ou « Je peux t’emmener quelque part » ou « Je n’y connais rien mécanique je ne peux pas t’aider » ou « moi non plus je ne suis pas expert en mécanique… » ou « Ne t’inquiète pas, ce n’est pas si grave ! »

En analysant ces réponses spontanées, nous constatons qu’elles sont toutes gentilles et veulent aider la personne… mais aussi que ces réponses parlent d’abord de nous : ce que nous pouvons faire pour lui, ce que nous ferions à sa place…

Mais au fait, pourquoi cette personne vient-elle nous dire cela ? Qu’est-ce qui la contrarie ? De quoi a-t-elle besoin ? En relisant ce qu’elle nous dit, nous constatons qu’il n’y a pas de précisions, ni de demande précise. Alors généralement, chacun y va de son interprétation : « il a peur que la réparation coûte cher »… « il est contrarié parce qu’il ne sait pas d’où vient la panne… ou parce qu’il est en train de rater un rendez-vous important… ou parce qu’il a oublié son téléphone et ne peut pas appeler son garagiste… ou encore il a seulement besoin de parler, il se sent nul de ne pas pouvoir se sortir tout seul de cette situation… » Mais toutes ces interprétations ne parlent encore une fois que de nous, et rien de ce qu’il nous a dit ne nous permet de vérifier qu’elles sont justes !

Alors qu’est-ce qui contrarie cette personne ? De quoi a-t-elle besoin ? Force est de constater qu’il ne nous l’a pas dit… Et nous, nous avons tous une solution à lui donner, sans rien savoir de ce qui le contrarie vraiment et de ce dont il a besoin !!! Cette solution proposée parle d’abord de nous, de ce que nous savons ou pouvons faire pour lui… Certes nous avons été gentils avec lui, mais nous ne l’avons pas écouté !

Cette attitude est si fréquente quand nous voulons aider l’autre ! Avec toute notre bonne volonté nous lui proposons nos propres solutions, sans prendre le temps d’accueillir ce qui le contrarie et ses besoins. Ou bien avec générosité, nous nous préoccupons de ce que nous pouvons faire pour lui plutôt que de nous préoccuper d’abord de sa contrariété à lui et de sa demande. Nous croyons l’apaiser et le rassurer en lui disant : « Ne t’inquiète pas, ce n’est pas grave » sans savoir si c’est grave pour lui ni ce qui est grave.

La bonne solution est simple : elle consiste à lâcher notre réflexe de trouver tout de suite la solution : comment trouverions-nous la bonne solution tant que nous ne connaissons pas ce qui fait problème pour lui ? Il s’agit de se « décentrer » en accueillant l’autre tel qu’il est, en écoutant vraiment ce qu’il dit et pas seulement ce que nous entendons, en lui demandant les précisions nécessaires au lieu de nous lancer dans nos interprétations. Et pour ce faire, deux questions toutes simples et fondamentales :

  • « Qu’est-ce qui te contrarie ? qu’est-ce que ça te fait ? » La plupart du temps en effet, nos difficultés ne viennent pas de ce qui s’est passé mais de la manière dont nous avons réagi : les faits ne sont que des déclencheurs de nos réactions. Et devant le même fait, l’un va réagir avec humour, l’autre avec inquiétude, un troisième avec agressivité… Même si la réaction émotionnelle de l’autre vous surprend et vous paraît démesurée, accueillez-la sans la prendre sur vous, laissez-le mettre ses mots sur sa contrariété : il n’y a pas encore de solution trouvée, mais il est déjà apaisé et rassuré parce qu’il a pu vider son trop plein d’émotion ! Il va pouvoir regarder le problème avec une meilleure distance, il va être plus apte à trouver la bonne solution…
  • « De quoi as-tu besoin ? » Lui seul sait de quoi il a vraiment besoin. Et c’est ce besoin insatisfait qui a déclenché sa réaction et sa contrariété. Souvent il ne réussira à nommer ce besoin que lorsqu’il aura pu « vider » cette contrariété. Une fois son vrai besoin exprimé, vous aurez alors tout loisir de chercher avec lui la manière de satisfaire ce besoin… Et si vous-même n’avez pas la capacité ou la possibilité de répondre à son besoin, vous pourrez alors lui proposer de transmettre le relais à une personne disponible ou compétente…

Essayez ces deux questions… Essayez de vous « décentrer » de cette manière : vous verrez que vous y gagnerez en compréhension et en efficacité. Et que l’autre sera tellement fier d’avoir retrouvé ses moyens, grâce à votre accueil !

Carl ROGERS (le grand psychologue américain du développement centré sur la personne et de l’empathie) parlait de l’écoute centrée sur soi où j’interprète tout à partir de mes points de repère à moi, où  je n’écoute pas vraiment l’autre tellement je suis préoccupé par ce que je peux faire pour lui… Dans cette écoute centrée sur moi, je me pose souvent en sauveur, soumettant l’autre à emprunter mes propres chemins pour sortir de ses problèmes… ou bien je fuis car j’ai trop peur de ne pas savoir, de ne pas pouvoir, de ne pas vouloir…

Carl ROGERS prônait au contraire l’écoute centrée sur l’autre où je me « décentre » vers l’autre, dans une attitude d’écoute et d’accueil de ce qu’il vit, de la manière dont il le vit, et où je cherche à accompagner l’autre à la découverte de ses ressources propres, pour qu’il soit acteur de la solution de son problème…

Maintenant, comprenez-vous pourquoi je préfère remplacer le mot « aider » par le mot « accompagner » ?

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
mars 2017

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La bienveillance : un choix exigent

Bienveillance : ce mot a parfois mauvaise presse 
quand il évoque
« tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil »…
Comme si la bienveillance devait nous faire
tout accepter et tout pardonner…
Comme si comprendre nous conduisait nécessairement
à accepter l’inacceptable et à nous taire…
Comme si la bienveillance consistait
à excuser les déviances jusqu’à accepter d’être victime…

La bienveillance est une « veillance »,
c’est-à-dire une veille attentive, une vigilance…
Une vigilance au bien…

Dans notre part sauvage,
nous répondons à l’agression par l’agression ou par la violence,
au mal subi par le mal agi, à la blessure par la vengeance,
à la misère par le terrorisme…
Nous en connaissons les dégâts
et nous savons que cela ne fait qu’aggraver les choses…

Dans notre part bienveillante,
nous allons choisir d’établir un autre rapport de force :
une vigilance et un engagement à ne répondre au mal que par le bien…
à répondre à l’injustice par une combat pour la justice…
à répondre à la violence par la solidarité et la réaffirmation de la loi…
à répondre au reproche non par d’autre reproches,
mais par l’affirmation de mes choix et de mes limites…

La bienveillance est un rapport de force
basé sur le respect de soi et de l’autre,
sur le consentement à la différence et au désaccord,
sur l’investissement parfois onéreux
pour négocier et prendre en compte les intérêts de chacun.
sur une vigilance à ne pas identifier l’autre à son erreur ou à ce qui nous énerve,
mais à chercher derrière l’erreur ses ressources, ses capacités et sa richesse…

La bienveillance est un choix exigeant !
Je sais que je peux être malveillant, et c’est pour cela que je choisis la bienveillance.
Je refuse de répondre à la malveillance de l’autre par ma propre malveillance.
Je refuse explicitement toute compromission avec les actes destructeurs,
mais je choisis de porter sur la personne qui pose ces actes
un regard bienveillant qui croit en un changement possible et en ses ressources,
Seul un regard bienveillant qui distingue la personne de ses actes
est capable de désarmer…

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
février 2018
Écrire à l’auteur : mthomas@competences-relationnelles.com
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Ecouter vraiment

J’AI BESOIN DE PARLER, VEUX-TU M’ÉCOUTER ?

Une amie est en train d’élaborer son projet professionnel. Elle reçoit plusieurs propositions d’emploi qui correspondent à ses aspirations. Toutes ont des avantages et des inconvénients,
et elle hésite, car elle voudrait que son choix lui permette de vivre ses valeurs et ses aspirations.


Lorsqu’elle m’en parle, je lui demande si elle a partagé ses interrogations avec ses proches. Elle me répond aussitôt : « Je ne préfère par leur en parler maintenant car ils vont tous me répondre en fonction de leurs interprétations et de leurs peurs, et me donner des conseils à partir de ce qu’ils feraient à ma place. »

Je lui dis alors :
« Tu as entendu la première question que je t’ai posée quand tu m’as parlé ?
Je t’ai dit : Et toi, qu’est-ce que tu ressens ? Comment tu reçois ces propositions ? »
Elle me répond aussitôt :
« C’est pour cela que c’est à toi que j’en parle, car je sais que tu vas d’abord écouter,
et que tes questions vont m’aider à préciser ce qui reste flou en moi. »
J’ajoute alors :
« Après t’avoir écoutée, je t’ai dit que je ressentais la même chose que toi sur certains points et tu m’as dit que ça t’a confortée.
Sur d’autres points je t’ai renvoyé des questions, sans te dire mon avis,
et c’est toi-même qui a clarifié ta pensée :
je n’ai pas eu besoin de te donner quelque conseil que ce soit. »
Elle me dit alors :
« oui, mais tes questions m’ont permis de clarifier ma pensée
et de poser les choix que j’avais à faire de façon plus juste. »

TU NE M’ÉCOUTES PAS…

Si tu es préoccupé de la réponse à me donner …
car tu te centres sur toi, plus attentif à ta réponse qu’à ce que je te dis…
et donc tu ne m’écoutes plus vraiment !

Si tu me donnes ton avis…
car tu interprètes ma parole à partir de toi, de ton expérience, de tes choix, de tes peurs…
et donc tu mets sur mon nez tes lunettes qui ne sont pas ajustées à ma vue !

Si tu me donnes des conseils…
car j’ai l’impression que tu m’imposes tes solutions, à partir de toi,
sans chercher à me comprendre, sans prendre en compte mes valeurs et mon histoire…
et donc tu me conduis là où tu voudrais que j’aille sans me laisser faire mon chemin !

Si tu veux m’aider…
tu vas chercher des solutions pour moi, remuer ciel et terre pour résoudre mon problème.
C’est gentil de ta part… mais j’attends plutôt que tu soutiennes mes initiatives,
et que tu m’aides à croire en moi et en mes capacités de m’en sortir…
Sinon tu risques d’être fier de toi et de ce que tu as fait pour moi,
et de me laisser dans une posture d’assisté qui me rend dépendant de toi et des autres !

UNE ÉCOUTE ACTIVE

Quand il exprime ses émotions, il clarifie ses besoins…
Ses mots, ses hésitations, ses sourires ou ses larmes expriment ses émotions
en les « sortant de lui », il évite de s’y noyer et il les canalise :
il va pouvoir activer ses émotions et s’en servir pour faire ses choix…

En parlant, il clarifie sa pensée…
Pour pouvoir parler, il doit penser, s’interroger,
exprimer ses interrogations, nommer ses peurs, préciser ses valeurs…
Tes questions vont lui permettre d’aller plus loin, d’aller explorer les flous :
il va pouvoir activer sa capacité à analyser les situations, à ajuster sa posture…

Dans la confiance que lui offre ton écoute, il ose…
Il sait que tu peux tout entendre sans juger,
il sait que, ne lui imposant aucun conseil, il reste libre et autonome,
il sait que tes questions, même parfois décapantes,
ont pour seul but de l’accompagner vers le meilleur de lui…
Il peut alors oser aller explorer ses zones d’ombre et ses évitements :
il va pouvoir activer la lumière qu’il porte en lui et la confiance en lui…

Ensuite seulement, dans le dialogue,
tu pourras échanger avec lui,
écouter ses stratégies et ses choix,

lui en proposer d’autres si nécessaire,
évaluer ensemble les meilleures,

chercher les informations complémentaires,
nommer les intérêts et les risques,

accueillir les gains et les pertes de tout choix…

Tu n’es pas le pilote qui marche devant
pour indiquer la route,
Tu es l’accompagnateur qui marche derrière lui
pour veiller sur lui quand il cherche son chemin.

Une personne que j’écoute actuellement me disait ces jours ci :
« Maintenant je ne suis plus seule, et je peux apprendre à m’aimer moi-même ! »

Une écoute active…
Parce que ton écoute aura activé sa liberté d’être et d’agir !

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
4 juin 2019.
Écrire à l’auteur : mthomas@competences-relationnelles.com

Se former à l’écoute active à La Réunion en 2019 :
CLIQUEZ ICI 
et inscrivez-vous sans tarder !

Se former et s’exercer à L’ÉCOUTE ACTIVE

Centré sur la personne pour l’accueillir et l’accompagner


Ecouter l’autre avant de lui donner des conseils…
Ecouter pour comprendre ce qu’il vit sans interpréter sa conduite…
Ecouter pour permettre à l’autre de nommer ses difficultés et de s’en libérer…

DATES et LIEU :
une formation sur 2 jours consécutifs à programmer
près de chez vous pour un groupe de 8 à 12 personnes :
manifestez-nous votre intérêt par mail

L’OBJECTIF : Un atelier-formation

  • optimiser les capacités d’écoute de professionnels ou d’acteurs associatifs  dans le contexte de leur mission d’accueil et d’accompagnement
  • faciliter l’écoute dans nos familles ou avec nos amis avec des personnes en difficulté ou en situation de désaccord
  • dans l’esprit de Carl Rogers pour développer une empathie qui accueille et accompagne.

LE CONTENU : un atelier fait d’exercices pratique

  • L’ECOUTE ACTIVE
  • Vérifier nos attitudes d’écoute (exercices ludiques)
  • Ecouter pour accueillir et non pour répondre (apport des formateurs)
  • Ecouter sans interprétation ni jugement
  • S’exercer à l’écoute active (exercices expérientiels)
  • Reformuler et répondre après avoir écouté
  • L’EMPATHIE
  • Échanger sur nos perceptions de l’empathie
  • Distinguer l’empathie de la sympathie ou de la compassion
  • Trouver la posture juste pour être avec l’autre en restant soi-même
  • L’Écoute CENTRÉE SUR LA PERSONNE selon Carl Rogers
  • accueil du « réel » : authenticité et congruence
  • acceptation : le regard positif inconditionnel
  • empathie : ressentir avec justesse et nommer ce que l’écouté vit, comprend et ressent

Une formation d’approfondissement, quelques mois après,
permettra d’affiner nos compétences d’accompagnement dans la relation d’aide.

PARTICIPATION FINANCIÈRE

  • FORMATION PROFESSIONNELLE : 300€ 
    Prise en charge possible par l’entreprise et les OPCA.
    Renseignez-vous auprès de votre employeur et prenez-contact avec nous
  • FORMATION DEMANDEURS D’EMPLOI : 220€
    Prise en charge possible par Pôle Emploi.
    Envoyez votre identité et Identifiant Pôle Emploi
    à mthomas@competences-relationnelles.com
  • FORMATION A LA CHARGE DU PARTICIPANT : 120€
    Négociable en cas de difficulté financière : contactez-nous

RENSEIGNEMENTS : contactez Marc THOMAS par mail ou par tél : 0693 419 662

Écoute active

Lettre à une amie…

Ce que tu dis sur l’écoute sonne juste à mes oreilles : « parfois, juste l’écoute est nécessaire, et en parlant la personne se libère et trouve elle-même les solutions. » Je suis témoin de cela très souvent. C’est la merveille de l’écoute qui laisse l’autre autonome sur son chemin de libération.

Tu ajoutes qu’il faut du temps, et tu prends l’exemple de la pause sur un banc pendant une randonnée. De la même manière, je prends souvent l’exemple des semailles faites à l’automne, et de ces longs hivers où il semble qu’il ne se passe rien, sinon la froidure… et pourtant c’est le temps nécessaire pour que s’enracinent les pousses du printemps… Dans cette dimension de l’écoute, l’accompagnant marche à côté ou même derrière l’écouté, il marche au pas de l’autre qui est le vrai pilote de l’avancée.

Cette dimension de l’écoute « au rythme de l’autre » est capitale, mais à elle seule, elle n’est pas l’écoute active.  Car une deuxième dimension est nécessaire : il s’agit alors de la partie plus directement « active » de l’écoute : il s’agit ici de refléter à l’autre une part de ce qu’il a exprimé ou manifesté mais qu’il n’a pas « entendu » lui-même. Il peut s’agir de faire remarquer à l’écouté un élément qu’il semble n’avoir pas vu ou avoir laissé de côté… ou de relever un mot qui semble étrange dans le contexte de ce qu’il dit… ou de lui répéter les premiers mots d’une phrase qu’il n’a pas terminée… Cette démarche peut être parfois bousculante pour l’écouté car elle le met parfois devant ce qu’il cherche encore à éviter.

Mais cela ne peut se faire que si l’écouté peut avoir l’énergie de réagir à ma « bousculade ». Et je vais solliciter sa réaction et l’accueillir telle qu’elle vient : « Qu’en penses-tu ? ou plutôt… pour t’encourager à ne pas trop mentaliser sur tout ça ( !) : que ressens-tu en lisant cela ? »

Et à nouveau, entendant sa réaction, je vais reprendre l’attitude de l’écoutant qui marche derrière : je ne vais pas d’abord chercher à lui expliquer ce que j’ai voulu, et encore moins chercher à lui « faire comprendre » quoi que ce soit : ce faisant, je me remettrais au centre, comme celui qui sait et prend le pouvoir sur l’autre.

Je vais au contraire accueillir sa réaction, et le laisser choisir où il veut aller dans cette nouvelle étape… même si cela ne correspond pas à ce que j’imaginais…

Parce que c’est lui, l’écouté, qui est au centre… et c’est lui, l’écouté, qui pilote…

Bien à toi…

Marc                         Jaillissement130x81                 mthomas@competences-relationnelles.com
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Laisse jaillir ta parole

On nous a répété souvent cette phrase du poète Nicolas Boileau : « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire en viennent aisément ». Nous avons fini par croire qu’il fallait d’abord des idées claires et bien construites avant de prendre la parole ou le stylo. Et nous avons fini par nous taire ! Ou bien nous nous sommes contentés de répéter des « poncifs » imposés par des modes ou des manipulateurs qui veulent nous imposer ce que nous devons penser !

Or la pensée, comme la vie, n’existe qu’en s’exprimant, grâce à celui qui risque les mots sans connaître encore la fin de la phrase, comme jaillit la source avant de savoir qu’elle deviendra irrigation vivifiante, rivière et fleuve, et même jusqu’à la mer !

Je me souviens de cette femme écrivain pour enfant disant qu’elle commence toujours à écrire à partir d’un noyau central, sans connaître la fin.

Je me souviens de prises de parole en public : le discours était préparé, longuement. Et pourtant, devant ce public, ce sont d’autres mots qui venaient, et d’autres développements, puisés dans le regard des auditeurs et dans la communication avec eux.

Je me souviens de ces dialogues,  de ces rencontres et de ces accompagnements où il faut renoncer à savoir à l’avance la bonne réponse, car l’écoute et l’échange font jaillir l’inattendu. Car ce n’est pas la réponse qui importe : si je cherche quoi répondre ou quel conseil donner, je n’écoute déjà plus celui qui me parle, je ne m’écoute que moi-même pour peaufiner ma réponse ! Ce qui importe, c’est la parole que va oser celui que j’écoute, parce qu’il se sent écouté. Cette parole qu’il va peut-être balbutier parce qu’elle surgit inattendue du plus profond de lui-même ! Ces paroles là sont des paroles vivifiantes qui désaltèrent celui qui les prononce !

A l’inverse des phrases toutes faites et des ritournelles apprises par cœur, la Parole de l’homme est créatrice : écrite ou orale, elle jaillit du dedans comme une source vive. Chaque être humain est porteur d’une source unique, d’une Parole originale.

C’est pourquoi éduquer un enfant ne peut pas consister à lui faire apprendre par cœur des paroles écrites ou prononcées par d’autres ! Éduquer un enfant, c’est le conduire vers sa source pour qu’il s’y désaltère, c’est le conduire vers lui-même pour qu’il découvre la pépite qu’il porte… C’est ainsi lui permettre de développer la confiance en lui, source de toutes les motivations, de tous les dynamismes et de toutes les vraies réussites.

Ose risquer une parole, la tienne, celle que personne ne pourra dire à ta place,
sans l’imposer, mais en l’offrant comme une fleur unique au bouquet de l’humanité.

Écoute les paroles des autres, surtout si elles sont différentes de la tienne,
sans les photocopier pour penser comme eux ou comme tout le monde,
mais pour plonger ta propre source à la confluence des diversités humaines.

Quand des paroles vives et uniques rentrent en dialogue, c’est l’Humanité qui se construit !
Quand tu développes ton autonomie de pensée et d’agir, tu rends possible la coopération.

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
septembre 2017

Écrire à l’auteur : mthomas@competences-relationnelles.com

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Mon enfant intérieur

Cette personne m’envoie la photo d’elle quand elle était petite fille et m’écrit :

Elle :
Tu reconnais cette petite fille?
C’est une photo qu’un membre de ma famille a retrouvé. …
Elle me parle beaucoup !

Moi :
Oh oui je la reconnais bien !
Elle te parle de quoi ? (si ce n’est pas indiscret !!!)

Elle : Je ne sais pas trop définir,  j’ai été comme hypnotisée par ce regard fixe et cette figure triste. J’ai eu envie de caresser cette petite fille, de lui donner de la tendresse. De lui dire et donner tout ce que j’aurais voulu que l’on me donne à ce moment de ma vie (sans savoir vraiment si je n’avais pas cela mais  je n’ai pas de souvenir précis de mon enfance, en tout cas pas de moment joyeux et tendre)

En regardant cette photo de nombreuses questions me sont venues.

C’est comme si j’avais pu voir mon enfant intérieur … voilà en quoi cette photo me parle beaucoup.
Maintenant je ne sais pas trop ce que je dois faire avec ça … peut être rien !
En tout cas je la trouve belle cette petite fille !

Moi :
Quand j’ai vu la photo, ça m’a sauté aux yeux immédiatement : la beauté et la souffrance.
Je n’ai rien voulu te dire tout de suite pour ne pas influencer ton regard.
Mais ce que tu m’écris correspond bien à ce que j’ai senti…
Cette petite fille que tu portes en toi depuis toujours… et dont la souffrance émergeait souvent en toi ces dernières années…

Elle est très juste ton envie de « caresser cette petite fille et de lui donner de la tendresse ».
Fais-le, sans réserve !

En lui donnant aujourd’hui la tendresse dont elle a manqué, tu vas lui permettre de cicatriser ses souffrances et de sortir de la tristesse…

Maintenant, cette belle petite fille, cette souffrance ou cette tristesse, tu peux en prendre soin tendrement. Ainsi tu vas les réintégrer et les transformer en énergie dans ton élan d’aujourd’hui…

Chemin de larmes, peut-être, mais chemin de bonheur…

Elle :
Merci, Marc, je suis émue…

Moi :
Bien à toi, Marc…               Jaillissement130x81        mthomas@competences-relationnelles.com

PDF1et merci à cette personne de m’avoir autorisé à partagé cet échange de courrier
pour qu’il puisse servir à d’autres

 

 

L’approche centrée sur la personne

Ce que Carl ROGERS écrit ci-dessous en 1962 à propos de l’entretien dans la relation d’aide avec un thérapeute peut aussi s’appliquer à toute relation humaine…

« Qu’est-ce que j’entends par Approche Centrée sur la Personne ? C’est l’expression du thème de toute ma vie professionnelle qui s’est clarifié au cours de mon expérience, de mes interactions avec les autres au fil de ma recherche. Je souris en pensant aux diverses étiquettes que je lui ai données au long de ma carrière : counseling[1] non-directif, thérapie centrée sur le client, enseignement centré sur l’élève, leadership centré sur le groupe. Les champs d’application s’étant multipliés et diversifiés, l’étiquette d’Approche Centrée sur la Personne me semble celle qui la décrit le mieux.

L’hypothèse centrale de cette approche peut être brièvement résumée :

L’individu possède en lui-même des ressources considérables pour se comprendre, se percevoir différemment, changer ses attitudes fondamentales et son comportement vis-à-vis de lui-même. Mais seul un climat bien définissable, fait d’attitudes psychologiques facilitatrices, peut lui permettre d’accéder à ses ressources.

Il y a trois conditions requises pour qu’un climat soit favorable à la croissance de l’individu, qu’il s’agisse d’une relation client-thérapeute, parent-enfant, leader-groupe, enseignant-enseigné, administrateur-administré. Ces conditions sont, en fait, applicables partout où le développement de la personne est en jeu. J’ai décrit ces conditions dans des ouvrages précédents. Je n’en présente ici qu’un bref résumé mais la description s’applique à toutes les relations mentionnées ci-dessus.

A la première on peut donner le nom d’authenticité, de réel ou de congruence. Plus le thérapeute est lui-même dans la relation, sans masque professionnel ni façade personnelle, plus il est probable que le client changera et grandira de manière constructive. Cela signifie que le thérapeute « est » ouvertement les sentiments et les attitudes qui circulent en lui au moment présent. C’est le terme transparent qui fait le mieux saisir la saveur de cette condition : le thérapeute se fait transparent pour le client.

Le client peut complètement voir ce qu’est le thérapeute dans la relation ; il n’y a en lui aucune réserve que le client puisse ressentir. Par ailleurs le thérapeute prend conscience de l’expérience intérieure qu’il est en train de faire. Il peut la vivre dans la relation et la communiquer s’il le juge opportun. Il y a donc une grande similarité, ou congruence, entre ce qui est ressenti au niveau viscéral, ce qui est présent à la conscience, et ce qui est manifesté au client.

La seconde attitude qui est essentielle à la création d’un climat de changement est l’acceptation, l’attention, l’estime – ce que j’ai appelé le regard positif inconditionnel. Lorsque le thérapeute éprouve une attitude positive et d’acceptation face à tout ce que le client est en ce moment, peu importe ce qu’il est à ce moment-là, il est vraisemblable qu’un mouvement ou changement thérapeutique se produira. Le thérapeute est désireux que le client soit le sentiment immédiat qu’il éprouve au moment même, quel que soit ce sentiment : confusion, ressentiment, crainte, colère, amour ou orgueil. Cette attention de la part du thérapeute n’est pas possessive. L’estime qu’il a pour son client est plutôt totale que conditionnelle.

Le troisième aspect facilitateur de la relation est la compréhension empathique. Cela signifie que le thérapeute ressent avec justesse les sentiments et les significations de ce dont le client est en train de faire l’expérience. Cela signifie aussi que le thérapeute lui communique cette compréhension. Quand il est au mieux de son fonctionnement, le thérapeute est tellement à l’intérieur du monde de l’autre que non seulement il peut clarifier les significations de ce dont le client a pris conscience mais aussi de celles qui se situent juste au dessous du niveau de la prise de conscience. Ce type d’écoute sensible et actif est extrêmement rare dans nos vies. Nous pensons écouter mais notre écoute est rarement assortie d’une compréhension réelle, d’une véritable empathie. Pourtant une écoute de ce type très particulier est l’une des plus puissantes forces de changement que je connaisse.

Comment le climat que je viens de décrire peut-il être facteur de changement ? Brièvement je dirai que lorsque les personnes sont acceptées et estimées, elles ont tendance à être davantage bienveillantes vis-à-vis d’elles-mêmes. Lorsque les personnes sont entendues avec empathie elles peuvent écouter avec plus de justesse le flot de leurs experiencings[2] internes. Dans la mesure où une personne comprend et estime son propre soi, le soi devient plus congruent avec les experiencings. La personne devient plus réelle, plus authentique. Ces tendances, réciproques des attitudes du thérapeute, permettent à la personne d’être un acteur encore plus efficace dans l’accomplissement de son propre développement. A être vraie et totalement elle-même la personne jouit d’une plus grande liberté.


[1] Le terme counseling est couramment utilisé par Rogers en lieu et place de psychothérapie.

[2] Experiencing: terme qui n’a pas d’équivalent lexical en français. Il signifie une expérience interne qui est en train de se faire.

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