Archives de catégorie : TENSIONS

Communiquer sans violence, c’est facile !

Communiquer sans violence et créer des relations apaisées,
ce n’est ni compliqué ni fastidieux…

Il suffit de se mettre à l’écoute de soi
plutôt que de vouloir régler son compte à l’autre.

S’écouter, c’est prendre soin de soi
pour être ensuite plus juste dans la relation.
Essayez, d’abord en eau calme,
et ensuite dans les situations plus houleuses !

Je regrette que certaines formations
donnent à penser que c’est très compliqué…
Ces formations sont souvent trop axées
sur des techniques de communication
et pas assez sur des postures personnelles.

Ça fait tellement de bien
de se respecter soi dans ce qu’on ressent
et de lâcher l’aigreur contre l’autre !
Ca dépollue
et ça change le mode relationnel automatiquement !!!

Essayez, d’abord en eau calme, et vous verrez :
ça peut aussi améliorer les situations plus houleuses !

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
22 avril 2019
Écrire à l’auteur : mthomas@competences-relationnelles.com

Guerre et paix : la même énergie !

Couverture2Qu’est-ce qui pousse les combattants de toutes les guerres sur les champs de bataille ? La peur des hommes en est la cause, la soif de pouvoir, et bien souvent la manipulation des gouvernants. Mais ceux qui partent sur les champs de bataille ont conscience de défendre leur pays, de refuser d’être écrasé par l’envahisseur, de se battre pour protéger leurs familles et leurs concitoyens.

Cette énergie qui les pousse à faire la guerre est la même énergie qui peut en faire des combattants de la paix : défendre son pays, refuser l’écrasement, protéger la vie de ses proches et de ses semblables, se battre pour la justice et pour la paix. C’est la même énergie qu’il s’agit de mettre en œuvre.

Car la même main peut caresser ou frapper ; les mêmes yeux peuvent sourire ou pleurer ; le même regard peut accueillir ou tuer ; la même parole peut encourager ou insulter ; etc. Tout vient du même cœur qui peut aimer ou haïr, se réjouir ou souffrir.

Pour chacun de nous, l’énergie qui nous rend si souvent agressifs peut être transformée en énergie constructive :

  • Ecraser l’autre ? ou pour écraser l’injustice ?
  • Se mettre en colère contre qui empiète sur mon territoire ? ou contre la misère ?
  • Lutter pour arriver le premier ? ou pour arriver ensemble ?
  • Défendre un nationalisme exacerbé ? ou la construction de l’Europe ?
  • Défendre jalousement ses droits et son pré carré ? ou bâtir un monde fraternel où chacun puisse vivre et être reconnu ?
  • La même énergie pour faire la guerre ? ou pour faire la paix ?

A nous de choisir !

La fraternité vécue ou refusée est la ligne de partage entre les hommes.

Combien de combattants ou de prisonniers de guerre ont découvert la fraternité sur les champs de bataille : se réconforter, se serrer les coudes quelles que soient les convictions ou l’origine sociale, partager avec les copains d’une même baraque de prisonniers le contenu d’un colis arrivé de France, aller ensemble relever les morts après un bombardement…

Si la guerre est faite d’horreurs, les hommes qui la font en reviennent souvent plus humains, plus fraternels. Ils savent aussi que la fraternité n’est pas seulement dans un camp : quand aujourd’hui des anciens combattants français rencontrent des anciens combattants allemands, ils se sentent souvent très proches, ayant vécu les mêmes horreurs et les mêmes angoisses, mais aussi les mêmes expériences de solidarité et de fraternité.

L’histoire et leurs gouvernants les avaient dressés les uns contre les autres : ils se découvrent d’abord semblables dans leur humanité.

Seule, la fraternité ouvre un avenir.                    

Marc THOMAS, Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
Mai 2014

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Arrête de lutter contre…

Une personne que j’accompagne m’écrit :

« Je voudrais bien arrêter d’y penser
mais je n’y arrive pas…


A vrai dire je me bats contre ces pensées
qui reviennent en moi sans mon autorisation … »


Plus tu vas lutter contre tes pensées,
et plus elles vont revenir à la charge !

Car lutter te met dans un état de tension
qui ne favorise pas la prise de distance avec ce qui t’envahit.
Dans cette lutte, tu entres en guerre
pour qu’une part de toi gagne sur l’autre,
et tu es un être écartelé, disloqué :
« je veux être moi, mais c’est impossible
à cause de mes blessures  et de ceux qui m’ont blessé ! »

Nos tensions intérieures ne se résolvent jamais
par le triomphe ou l’écrasement d’une part sur l’autre.

Ces pensées « reviennent en toi sans ton autorisation » ?
Écoute-les ! Elles ont un message à te délivrer !
Il ne s’agit pas de te laisser envahir en ressassant en boucle,
ni en plongeant dans l’aigreur de la rumination…
Il s’agit d’écouter à distance :
distingue ce qui s’est passé (en nommant les faits)
et ce que ça t’a fait (en nommant tes ressentis).
Et pour ne pas te noyer dans tes ressentis douloureux,
cherche le message dont ils sont porteurs,
cherche ce que ces souffrances cachent ou protègent.
Car tes ressentis sont un signal d’alerte :
ils parlent de tes besoins insatisfaits.

Par exemple : tu te sentais prisonnière et sous emprise…
Tu pourrais ressasser à l’infini, jusqu’à t’y noyer,
la méchanceté de celui ou celle qui t’a pris dans ses griffes,
et te complaire en victime dans les souffrances qu’il t’a infligées…

Nomme ce qui s’est passé, nomme ce que tu as ressenti…
Accueille tout cela sans complaisance, et sans excuser les erreurs,
accueille-le comme si tu étais l’infirmier de tes blessures.
En nommant, tu prends soin de ta blessure et tu la désinfectes
en l’accueillant avec délicatesse et empathie.

Ensuite, cherche ce qui se cache derrière ta blessure :
dans la souffrance de l’emprise, c’est ta soif d’être toi-même…
dans les interdictions qui t’ont fait si mal, c’est ton besoin de liberté…
dans les injonctions, c’est ton aspiration à l’autonomie responsable…

Le fait de reconnaître ces besoins et ces aspirations
te permet de commencer à cicatriser ta blessure.
Ton regard n’est plus prisonnier du passé et de l’emprise ;
il regarde devant vers un devenir à reconstruire,
vers des choix à faire pour redevenir toi-même,
pour vivre libre, autonome et responsable.

Tant que tu te battais contre ces pensées qui t’envahissaient,
tu ne faisais qu’écarter les plaies de ta blessure
et en augmenter l’infection.
Quand tu accueilles ces pensées sans t’y noyer,
tu peux désinfecter, cicatriser, guérir :
devenir ou redevenir toi-même !

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
13 mai 2018
Écrire à l’auteur : mthomas@competences-relationnelles.com

P.S. J’ai demandé l’autorisation de publier ce texte à la personne qui a inspiré ces lignes et dont je cite l’exemple. Elle vient de me répondre ceci :
« Ça a été tellement éclairant et libérateur pour moi
que je veux avec joie le partager … »


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Toi qui veux CONVAINCRE… essaye de T’AFFIRMER DANS L’EMPATHIE

Qui de nous n’a jamais dit :  « Il faut que je lui fasse comprendre que… »
Tu ne fais jamais rien comprendre à l’autre,
car lui seul sait ce qu’il peut ou veut comprendre !
Tu peux juste lui proposer une explication
la plus claire possible, en t’adaptant à son langage à lui,
en cherchant à rejoindre ses préoccupations ou intérêts…
Comme un adulte adapte son langage à celui d’un enfant
ou aux difficultés d’une personne de langue étrangère…
Comme une maîtresse de maison qui prépare des plats appétissants
en ayant pris soin de connaître les goûts de ses invités…

Qui de nous n’a jamais dit : « je veux leur faire passer le message… »
ce qu’il peut ou veut laisser passer et entrer en lui !
Tu peux juste avoir envie ou besoin de partager quelque chose d’important,
énoncer ton message de façon « appétissante » pour lui,
et prendre soin de lui parler quand il est disponible pour t’écouter…
Ce qui « passe » en lui ne dépend pas de toi !

Qui de nous n’a jamais voulu convaincre l’autre qu’il a tort ?
Dans des relations tendues ou conflictuelles,
nous voulons prouver à l’autre que nous avons raison.
Chacun fait pression pour convaincre l’autre sans l’écouter,
et sans jamais accepter de se laisser convaincre…
Dialogue de sourds !
Et pourtant il est si facile d’expérimenter que deux personnes
qui regardent le même paysage ou le même événement
ne voient pas la même chose…

En regardant la mer,
l’un verra les nuances de bleu,
l’autre verra l’écume des vagues ou le mouvement des flots,
un troisième verra la ligne d’horizon un peu concave…
pendant qu’un quatrième regardera les nuages et le bleu du ciel !

Lequel des quatre a raison, lesquels ont tort ?
Il faut bien tous ces regards pour décrire la mer…
Dans un conflit, il s’agit d’abandonner définitivement qui a tort et qui a raison,
pour le remplacer par : « Je vois ceci… et toi, et toi qu’est-ce que tu vois ? »

Aucun de nous ne voit toute la réalité du premier coup :
chacun sélectionne inconsciemment…
et interprète ce qu’il voit à travers son mental et sa propre histoire…

Plutôt que de prendre nos points de vue partiels pour la vérité,
nous pourrions partager nos points de vue
et nous enrichir du regard des autres.

Loin de vouloir convaincre, chacun peut affirmer son point de vue,
Jusqu’à nous découvrir complémentaires…
Jusqu’à considérer la différence ou le désaccord
comme une ressource pour la coopération.
Certains s’imaginent qu’en cessant de chercher à convaincre,
ils vont devoir se taire. Se taire n’est jamais la solution
Car le silence soumet à l’autre, nous transforme en victimes et en perdants
et déclenche en nous aigreurs et ruminations qui polluent la relation.

 Cesser de vouloir convaincre, pour que chacun puisse s’affirmer…
Ceci suppose que chacun accepte d’écouter l’autre,
et c’est souvent le plus difficile !

L’être humain marche sur deux jambes…
C’est plus facile que d’aller à cloche-pied !
La relation constructive marche aussi sur deux jambes :
l’empathie ET l’affirmation de soi.

L’empathie pour accueillir l’autre tel qu’il est et prendre en compte son avis,
pour consentir au fait qu’il ne voit pas comme moi,
qu’il ne ressent pas comme moi… qu’il n’a pas les mêmes besoins…
L’empathie qui reformule ce que j’ai accueilli de lui en l’écoutant…

L’affirmation de soi pour oser dire ce que je vois et ce que je pense,
ce que je ressens, ce dont j’ai besoin,
ce que je demande, ce que je propose, ce que je refuse…
sans peur du jugement ni de ce que l’autre va penser…

S’il manque l’une des deux, la relation marche à cloche-pied !
Sans empathie, l’affirmation de soi devient domination :
elle impose son point de vue avec rigidité, autoritarisme et jugements.
Sans affirmation de soi, l’empathie devient mièvrerie et soumission,
ou retrait par peur de déplaire à l’autre…

L’empathie et l’affirmation allant de pair font avancer la relation !
A condition de les prendre dans le bon ordre !
Si tu commences par avancer le pied de l’affirmation de toi
l’autre risque de se sentir en danger et de prendre du recul,
parce qu’il ne sait pas encore que tu veux aussi le prendre en compte.
Si tu commences par avancer le pied de l’empathie,
il est probable que l’autre écoutera plus facilement
ton affirmation de toi-même !

Et si l’autre te refuse l’empathie à laquelle tu as droit
et cherche à t’imposer ses prétendues vérités ?
Tu ne lui feras plus de reproches, tu ne rumineras plus…
Tu resteras à la bonne distance de lui,
te protégeant en te centrant sur ton affirmation de toi intérieure…
Car tu sauras que son autoritarisme n’est qu’une faiblesse et une peur :
comme s’il fallait qu’il ait raison envers et contre tout…
Comme s’il voulait tenir debout… sur une seule jambe !
Lequel de vous deux est le plus stable ?

Essaye l’empathie et l’affirmation de toi,
l’empathie POUR l’affirmation de toi :
tu y gagneras beaucoup d’énergies jadis perdues sans résultat,
et tu découvriras que tu te sens bien moins blessé qu’avant !
Tu seras alors dans la vraie bienveillance !

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
10 juin 2018
Écrire à l’auteur : mthomas@competences-relationnelles.com

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Je suis en colère !

La colère n’est pas la violence ! La violence est une colère qui n’a pas été accueillie, exprimée, traitée ! Alors cette colère se retourne contre son auteur, ou elle se projette sur l’autre, jusqu’aux insultes, et jusqu’aux coups. La violence est une dérive illégitime de la colère.

Quand elle ne s’est pas déjà transformée en violence, la colère est une réaction de survie ! C’est la réaction d’une personne qui se trouve confrontée à l’insupportable ou à l’inacceptable. Une situation insupportable, une parole blessante, une contrainte inacceptable : sans cette réaction de survie du cri et de la colère, nous n’aurions d’autre solution que de nous laisser écraser et laminer.

Mais alors, que faire de la colère ? Comment l’accueillir, l’exprimer, la traiter ? La colère fonctionne comme les pluies diluviennes qui tombent pendant les cyclones : c’est un flot qui se déverse d’un seul coup ! Si des bassins de décantation n’ont pas été prévus, si les ravines et les caniveaux ne sont pas assez profonds ou dégagés, si les conduits d’évacuation sont trop petits, l’eau va déborder et tout noyer sur son passage.

ACCUEILLIR LA COLÈRE

Pour l’être humain en colère il en va de même : son bassin de décantation à lui, ce sont ces espaces où il peut vider sa colère sans se retenir, mais aussi sans la projeter sur l’autre. Arrêter  de résister avant qu’il ne soit trop tard, pouvoir crier ma colère sans être entendu, me défouler en pratiquant mon sport ou mon art favori, prendre un moment pour reprendre mon souffle, me retrouver dans un espace familial ou amical sécurisé où ma colère va pouvoir être acceptée tant qu’elle n’est pas violente… Face à la colère, il faut parfois vomir le trop-plein, mais jamais le vomir sur l’autre : les caniveaux conduisent l’au aux rivières, les égouts se déversent dans la nature, et pas dans les maisons !

Face à la colère, il faut pouvoir vider par la parole la douleur qui serre le cœur, l’horreur qui tord les tripes. Accueillir mon émotion, c’est laisser les mots sortir comme ils viennent (pas les insultes !).

Avez-vous compris maintenant l’erreur que vous faites quand vous dites à quelqu’un en colère : « Calme-toi, il n’y a pas de raison de te mettre dans un état pareil ! ». Vous l’invitez ainsi à ravaler ce qu’il a à vomir et à vider ! Ce n’est pas drôle que cela lui fasse encore plus mal et l’énerve davantage, le projetant vers la récrimination sans fin ou vers l’explosion de la violence. La prochaine fois que vous verrez une personne en colère, plutôt que de fuir ou de l’inviter à se calmer, dites-lui : « Quelle colère ! Qu’est-ce qui t’arrive ? » et écoutez-la (sauf si elle vous menace de violence).

METTRE DES MOTS SUR LA COLÈRE

Dans la colère, nous sommes submergés par les émotions, et nous sommes confrontés au risque de faire n’importe quoi et de tout casser. Il en est ainsi parce que les émotions qui nous submergent ont coupé la relation entre notre cœur qui ressent et notre tête qui joue d’habitude le rôle d’observateur à distance et de tour de contrôle.

C’est le moment d’utiliser les ravines et les caniveaux : ils ne stoppent pas l’eau qui s’écoule en cascade, mais ils la canalisent et l’orientent pour qu’elle n’aille pas tout noyer alentour.

Ces ravines et ces caniveaux, ce sont ces moments et ces lieux où la personne en colère va pouvoir mettre des mots sur sa colère. D’abord, son débit est rapide comme un torrent de montagne après l’averse, ses phrases sont entrecoupées de larmes, de cris, de gestes parfois désarticulés… parce que la tour de contrôle ne peut plus jouer son rôle ! Mais si je  laisse la personne s’exprimer, sans prendre sur moi ce qu’elle dit, sans lui dire qu’elle exagère, sans chercher à la calmer ni à la conseiller, alors ses mots si « rocailleux » du début lui permettent de sortir le trop plein, et petit-à-petit, le rythme se ralentit, le ton baisse, la fatigue survient… Parce que je l’ai laissée parler, la personne s’est calmée elle-même. Car en parlant, je dois aller chercher mes mots dans mon cerveau qui va leur donner sens, et ce sont donc mes mots qui vont restaurer la connexion entre mon cœur qui déborde et ma tête qui contrôle.

Avez-vous compris maintenant pourquoi c’est une erreur  de penser qu’il faut taire ses émotions ? La colère que vous n’exprimez pas par des mots et que vous réprimez va s’imprimer en vous sous forme de ruminations, de récriminations, prête à resurgir à la moindre occasion. Imprimée en vous, elle va vous faire somatiser jusqu’aux tensions et au stress, jusqu’à la douleur physique et à la maladie. Et jusqu’à déprimer, en burn-hout ou maladies psychologiques… Jusqu’à la violence où je risque de me supprimer moi-même dans le mutisme, la scarification, la noyade dans l’alcool ou la drogue, le suicide… où je risque de supprimer l’autre : bien des violences intrafamiliales ou débordements sociaux, jusqu’au terrorisme, résultent de colères qui n’ont pas pu s’exprimer et déverser leur trop-plein !

TRAITER LA COLÈRE

Transformer la colère en prenant soin de soi : souvent la colère accuse l’autre, les autres, les injustices, les situations ; souvent la colère s’exprime en reproches, en jugements, et même en insultes. C’est tout cela que la personne a besoin de vider dans un premier  temps comme nous venons de le décrire. Alors quand ce trop plein est vidé, peut commencer une deuxième étape, celle de traiter la colère et ses causes.

Il s’agit de quitter le registre des accusations où je ne parle que de l’autre comme si j’en étais victime, et de tourner le regard vers soi. Comme lorsque je tombe sur un caillou qui me blesse la jambe : je peux m’énerver contre le caillou qui n’avait rien à faire là, mais je ne commencerai à aller mieux que lorsque je vais quitter le caillou pour prendre soin de ma plaie : la désinfecter doucement, puis la protéger en attendant qu’elle cicatrise.

De même avec la colère : quittant le registre des accusations de l’autre, des jugements et des insultes, je vais prendre soin de moi en me posant ce genre de questions : qu’est-ce qui m’est arrivé ? Qu’est-ce que que j’ai vu, entendu ? Qu’est-ce que ça m’a fait ? Qu’est-ce que j’ai ressenti ? Quel autre mauvais souvenir cela m’a-t-il rappelé ? Et de quoi j’ai besoin, là maintenant, pour prendre soin de moi et retrouver mon calme et mon énergie ?

Ces questions, inspirées de la « Communication Non Violente »,  je peux me les poser à moi-même, avec un peu d’entraînement, après avoir vidé le trop plein de ma propre colère. Je peux aussi les poser à l’autre quand j’ai commencé par accueillir sa colère en le laissant vider son trop-plein.  Même si le déclenchement de ma colère est dû à une erreur d’un autre, ce n’est pas le moment de traiter ce problème. Je ne pourrai le traiter de façon juste et efficace qu’après avoir retrouvé ma lucidité, mon calme, mon énergie.

Ce travail n’est plus un travail sur les bassins de décantation extérieurs, ni sur les ravines et les caniveaux extérieurs eux aussi. C’est un travail pour déboucher les conduites intérieures en moi, ces canaux qui relient ma tête, mon cœur et mes tripes, ces canaux de vie qui nourrissent ma foi et mes convictions, et qui sont souvent encombrés, bouchés ou percés par une manière de vivre où je n’ai pas assez pris soin de moi : j’ai pris sur moi et ingurgité des tensions, des malaises et des blessures dont je n’ai pas su ou pas pu me protéger.

Prévenir les prochains débordements, est-ce possible si j’ai un tempérament colérique ? Il n’existe pas de tempéraments colériques ! Car vous n’êtes pas nés colériques ! Simplement, vous avez pris l’habitude de réagir par la colère à toute contrariété, comme d’autres ont réagi par de l’indifférence, par des attaques ou des moqueries, ou par une juste distance qui leur permet de privilégier le dialogue. La colère n’est pas votre nature, c’est votre culture ! On ne peut pas changer sa nature, mais on peut toujours changer ses habitudes et ses manières de réagir quand on en a perçu l’intérêt et trouvé les moyens.

Pour changer nos habitudes colériques, il s’agit d’abord de prendre soin de soi au quotidien, quand on n’est pas en colère. Prendre soin de nos connexions intérieures en quittant le registre de l’accusation pour nous écouter nous : par exemple, quand il va me dire cette parole désagréable, plutôt que de réagir du tac au tac en l’accusant, je vais m’écouter moi : « quand il m’a dit ça, qu’est-ce que ça m’a fait ? qu’est-ce que j’ai ressenti ? quelles étaient les émotions qui m’ont traversé ? Et j’aurais eu besoin de quoi pour être bien ? » Et c’est seulement après m’être posé ces questions et y avoir donné des éléments de réponse que je pourrai rejoindre l’autre pour l’écouter et lui parler et trouver les éléments de négociation nécessaires à la poursuite de nos relations.

On n’apprend pas à nager en haute mer au milieu des bourrasques et des vagues ! On apprend à nager en bassin calme et sécurisé. Je peux apprendre à faire ce travail d’écoute de moi au quotidien, quand je suis en bassin calme sans risque de colère, travail qui consiste à prendre soin de moi et du bon état de mes connexions intérieures. Si je fais ce travail au en bassin calme, il y a de fortes chances que dans la haute mer de relations souvent tendues, je constate progressivement que mon attitude change et que, naturellement, je ressente une plus juste distance face à des situations qui ne submergent plus, parce que j’ai appris à me protéger.

La colère ? une émotion aussi légitime que la joie, la tristesse, la peur, la honte, le dégoût…
La colère ? une réaction de survie qui m’évite de sombrer dans l’écrasement ou dans la violence,
La colère ? un trop plein à vider qui m’invite à prendre soin de moi et à construire des relations sécurisées.

J’aime ma colère et j’en prends soin !

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
novembre 2017

Écrire à l’auteur : mthomas@competences-relationnelles.com

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Quand nos affects nous empoisonnent…

Dans des relations de couple, en famille, dans les équipes de travail, les « affects » sont souvent des occasions de tensions relationnelles et de souffrance : « s’il regarde une autre femme que moi, je suis jalouse… Si ma femme ou mon mari rentre en retard, c’est qu’il ne fait pas attention à moi… Si mes enfants adultes n’ont pas les mêmes avis que moi, c’est qu’ils ne me respectent pas… Si mon chef ou mon collègue ne m’a pas transmis une information, c’est qu’il ne m’aime pas et qu’il veut m’éliminer… »…

Ces « affects » ne sont pas des ressentis, mais des ressentiments, c’est-à-dire des réactions émotionnelles qui interprètent et jugent un comportement de l’autre à partir de ce que ça me fait, et non à partir de ce que l’autre a réellement voulu faire. Ce sont des « ressentis-ment », des ressentis qui « mentent » : quelle que soit l’intention de l’autre et sans m’en préoccuper, je le juge parce que moi j’ai mal.

Ces affects-ressentiments sont du poison relationnel : ils détruisent à petit feu les relations interpersonnelles, les vies de couples, les coopérations d’équipe et leur efficacité, et finalement la motivation et la santé des personnes. Dans les contextes professionnels où ces affects négatifs pullulent, les congés maladie augmentent de façon significative, et la démotivation grandissante se traduit en inefficacité.

Un Directeur de CCAS disait récemment avoir organisé une formation à la Communication bienveillante et à l’affirmation de soi pour son équipe de professionnels. Résultats : 20% de congés maladie en moins, une plus grande motivation de ses personnels, une qualité et une efficacité du travail amélioré, et le plaisir à venir au travail en raison de la bonne ambiance dans l’équipe. Pourquoi se priver de cela en restant dans les récriminations ?

Ce travail sur la confiance en soi coupe le cercle vicieux des affects, en nous  permettant de prendre en compte mes ressentis et ce qu’ils disent de moi et non de l’autre !

La communication peut alors redevenir bienveillante, c’est-à-dire sereine et constructive, même en situation de désaccord. Parce que je distingue ce que je ressens et qui ne parle que de moi, et ce que l’autre fait : je peux alors écouter ce qu’il dit de lui et de ses actes, et je peux lui dire ce que ça me fait, sans confusion. Ainsi s’ouvre un espace de dialogue et de négociation où chacun se respecte lui-même et respecte l’autre.

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
mars 2017

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Satisfaire tes besoins : à toi de jouer !

Combien de fois j’entends des personnes dire : « J’ai besoin qu’IL me reconnaisse et qu’IL me rassure… J’ai besoin qu’IL m’écoute, qu’IL me comprenne… J’ai besoin qu’IL ne m’agresse pas… » Lorsque nous disons des phrases de ce style, nous choisissons de faire dépendre de l’autre la satisfaction de nos besoins. Nous nous mettons dans une posture de dépendance du bon vouloir de l’autre. Nous remettons à l’autre les clefs de notre bien-être…

Combien de fois j’entends des reproches et des plaintes du genre : « Elle n’a même pas pensé à moi… Elle n’en fait qu’à sa tête… Elle pourrait quand même se rendre compte que… » Et nous nous enfonçons alors dans la plainte, l’aigreur, les récriminations… jusqu’aux aigreurs d’estomac, jusqu’à amplifier notre propre blessure à force de la ressasser. C’est ce que j’appelle le phénomène de l’avalanche qui part d’une petite plaque qui se détache, ramasse et ressasse tout ce qu’elle trouve sur son passage, jusqu’à devenir une énorme masse qui détruit tout…

Combien de fois j’entends des injonctions du style : « Cessez de m’agresser !… Écoutez-moi !… Laissez-moi tranquille !… Vous devriez me comprendre… » Dites le plus souvent sur un ton agressif à une personne qui nous résiste, comment pouvons-nous imaginer que ces personnes vont se soumettre à nos exigences ? Cette attitude où nous donnons des ordres à l’autre ressemble à un élastique que l’on tend pour aller claquer sur l’autre et qui revient nous claquer nous-mêmes sans atteindre l’autre, nous laissant encore plus insatisfait qu’avant.

Combien de fois chacun de nous utilise ces stratégies ? Nous savons pourtant que ces stratégies ne marchent pas et produisent la plupart du temps l’effet inverse de celui que nous recherchons : elles ne font qu’amplifier la tension relationnelle, l’agressivité réciproque, les reproches et les jugements… Elles nous laissent de plus en plus insatisfaits et amers, et finissent par agrandir nos blessures intérieures et pourrir nos relations.

Dans ces conditions, nous sommes comme les habitants d’une case fragile et fissurée qui ignoreraient ces fragilités et rendraient le cyclone ou la tempête responsable de la destruction de la maison… Et qui seraient jaloux de ceux qui, ayant consolidé leur maison et verrouillé toutes les ouvertures, sont sortis du cyclone sans trop de dommages.

Pour sortir « debout » des tensions relationnelles ou des tempêtes quotidiennes, il est nécessaire de cesser de récriminer contre les vents contraires venus de l’extérieur et de commencer par renforcer notre stabilité intérieure. Cesser d’attendre de l’autre qu’il satisfasse nos besoins, et assumer notre dignité : lorsque nous serons convaincus que la satisfaction de nos besoins est de notre seule responsabilité, nous pourrons alors fixer nos propres objectifs et moyens, et aller négocier avec l’autre : nous lui adresserons alors des demandes avec délicatesse, dans le respect de sa liberté et de ses propres besoins.

Plutôt que de demander à l’autre de te rassurer, commence par te demander pourquoi tu te sens si souvent dans l’insécurité : tu pourras alors laisser grandir en toi la sécurité et les protections qui pourront te rassurer. Tu sauras mieux reconnaître autour de toi ceux qui peuvent t’apporter le réconfort dont tu as besoin

Plutôt que de reprocher à l’autre sa méfiance ou son attitude déstabilisante, commence par te demander pourquoi tu perds si vite ton équilibre : tu pourras alors chercher en toi la force intérieure et faire grandir la confiance en toi. Et tu sauras choisir dans tes relations celles qui peuvent se vivre dans la confiance.

Plutôt que de reprocher à l’autre de t’énerver, commence par te demander pourquoi ce qu’il fait te touche tant : tu pourras alors rester en toi sans être happé par l’autre et trouver en toi la juste distance avec ses agissements. Et tu sauras trouver autour de toi les personnes saines et sereines qui nourriront ta propre sérénité.

Tu me diras peut-être que c’est facile à dire, et je t’entends déjà me demander : « oui, mais comment on fait ? »

D’abord, accepte de lâcher tes attentes et tes exigences sur l’autre, tes récriminations et tes injonctions, et porte le regard sur toi, avec bienveillance. Tu verras que ce simple changement de regard et de posture produit immédiatement une détente et un début de sérénité.

Attention aux fausses pistes : d’abord ne t’accuse pas et ne te dévalorise pas  en pensant : « je n’y arriverai jamais… j’en suis incapable… » Comment sais-tu que tu en es incapable tant que tu n’as pas essayé ?! Regarde toi avec bienveillance : discerne ce qui reste fragile et demande-toi par quels moyens tu peux solidifier ce qui est fragile, cicatriser ce qui est blessé, laisser croître la confiance et la sérénité.

Autre fausse piste : ne te contente pas de construire des protections extérieures. Certes il faut parfois se protéger de situations dangereuses et de personnes toxiques. Mais Il ne s’agit pas  de t’enfermer dans une armure, de prendre les armes, ni de construire des barrières pour t’isoler des autres. Il s’agit de laisser croître en toi la sécurité, la confiance en toi, la force d’être et de vivre. Elles sont semées en toi depuis le jour de ta conception : comme les plantes au printemps, elles ne demandent qu’à se développer si tu prends soin d’elles, si tu jardines ta terre intérieure, si tu sais l’irriguer aux sources claires et rafraîchissantes de ton unité intérieure plutôt qu’à l’acidité de ton aigreur.

Pour faire ce travail, cherche des alliés : des personnes positives qui ont confiance en toi, des activités de loisirs qui te permettent de vivre tes passions, des lectures nourrissantes, des apprentissages qui te seraient utiles, un accompagnement personnel si nécessaire…

Et si tu souhaites poursuivre la réflexion commencée ici, tu peux lire cet autre article intitulé : « En toi est la source de ce qui te manque ». J’ai essayé d’y ouvrir quelques pistes concrètes pour accompagner la recherche et le « jardinage » de tes ressources intérieures.

Oui ! En toi est la source de ce qui te manque ! Pars à la découverte !

Lire aussi : En toi est la source de ce qui te manque

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
août 2016

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Changer nos réactions automatiques

« Savoir tout ce qui m’a blessé dans mon histoire ne suffit pas, pour changer de comportement… »
EXACT, le savoir ne suffit pas au changement !

« Je sais qu’il faut que je mette en pratique tout ce que je sais… »
FAUX : c’est une injonction volontariste qui aurait déjà marché depuis longtemps si c’était la bonne solution !

« Je me rend compte que c’est un combat quotidien… »
FAUX : le combat n’est pas la solution

« car j’ai ‘des réflexes dans mon comportement’ qui sont plus forts que moi.. presque naturels… »
EXACT ET C’EST LA DESSUS QU’IL FAUT TRAVAILLER !

Travailler cela non pas à la force des poignets, ni comme un combat, ni comme « il faut agir » et faire des efforts.

Tu changeras quand tu auras interrogé et travaillé ces réflexes eux-mêmes contre lesquels ta volonté ne peut rien. Ce sont comme des programmes informatiques qui ont été écrits sur ta « carte mémoire » interne.

Ces programmes déclenchent inconsciemment des réactions réflexes et automatiques…Tu as beau te dire qu’il ne faut plus réagir comme ça, ça ne peut pas marcher durablement, même avec de la volonté et des efforts, parce que ton fonctionnement intérieur automatique reste le même et finit toujours par gagner sur ta volonté.

Il s’agit donc d’aller  chercher en toi ce programme, de trouver qui l’a écrit (ce n’est pas toi, c’est ton éducation,  et ce que tu dis ci-dessus de ta famille est un début de prise de conscience).

Lorsque cette prise de conscience est faite, et en évitant l’accusation des parents ou du « système éducatif » qui t’a programmé, tu vas pouvoir confronter deux programmes :

  • le programme écrit sans ton accord, et qui fait aujourd’hui tes réactions réflexes plus fortes que toi
  • un autre programme que toi tu souhaites déjà, et que tu vas écrire, en accord avec tes valeurs et tes projets…

En faisant cette confrontation dans une démarche de travail sur toi, tu vas – en partie inconsciemment – déprogrammer le programme ancien et le reprogrammer…

Et tu vas découvrir étonnée que des changements se réalisent, sans effort, sans combat, sans mobilisation de ta volonté, mais simplement par un fonctionnement « à l’endroit » du programme qui fonctionnait « à l’envers »…

Bien à toi…
Marc                         Jaillissement130x81                                    mthomas@competences-relationnelles.com

« Trois pas en avant, deux pas en arrière… »

Connais-tu cette expression : « Dieu écrit droit avec des lignes courbes » ?

Une progression telle que celle que tu as entreprise n’est jamais linéaire.
Elle ressemble plutôt à des vagues qui se retirent pour mieux avancer ensuite.
Ou à une danse : « 3 pas en avant, 2 pas en arrière »

Le problème serait qu’il y ait plus de pas en arrière qu’en avant !!!

Cette fluctuation est parfois difficile à vivre,
parce qu’elle peut donner l’impression de repartir vers le passé.
Mais elle fait partie du processus.

Question à te poser :
les dysfonctionnements sont-ils aussi forts et aussi fréquents qu’avant ?

Ces fluctuations disent aussi l’importance de continuer l’accompagnement
pour faire les réglages nécessaires,
et pour favoriser le travail qui se poursuit inéluctablement à l’intérieur de toi.

Dans ton emploi du temps même serré, faire place à des moments pour toi :
donne-toi le droit de faire de ces moments une priorité pour toi.

Bien à toi…
Marc                         Jaillissement130x81                                    mthomas@competences-relationnelles.com

Trouver l’attitude juste en situation difficile

160709-montreux-25Les trois personnes dont je vais décrire l’histoire ci-dessous sont des personnes formées à la Communication Non Violente et entraînées depuis des années à gérer des conflits dans leur vie personnelle, sociale, professionnelle… Ils en connaissent les méthodes et les outils. Et pourtant, dans les situations décrites ci-dessous, elles sont toutes déstabilisées….                                (Les prénoms sont des prénoms d’emprunt)

FABRICE
La directrice  de Fabrice a pris une décision unilatérale. Elle la maintient malgré l’avis du Conseil d’Administration, au mépris d’un fonctionnement démocratique où ce n’est jamais le chef qui fait la loi tout seul. Sa directrice le convoque pour lui faire un rappel de la loi qu’elle a décidée et qu’il ne respecte pas. Il décide de résister en écoutant sans réagir. Mais devant l’attitude dictatoriale de sa directrice, il sent monter la colère : en sortant, il est furieux. Il décide donc de rassembler toutes les bonnes volontés pour s’opposer, pour lutter contre la tyrannie. Sa furie le conduit à emprunter un langage guerrier et à envisager des modalités de revanche. Malgré ses compétences en Communication bienveillante, il découvre qu’il utilise les mêmes armes que sa Directrice : la colère, la volonté de vaincre à tout prix. Les autres participants à la formation le confortent dans le fait de dénoncer une décision unilatérale et illégitime, mais lui font remarquer que la décision prise par la Directrice porte sur des comportements qui méritent discussion et négociation. Fabrice ajoute, comme une interrogation qu’il s’adresse à lui-même : « C’est vrai, pas un instant, je n’ai pensé à négocier. » Il refusait à juste titre une décision arbitraire et non concertée, mais il n’a pas pensé à écouter les raisons qui avaient poussé sa directrice à prendre cette décision, et il n’a pas pensé non plus à lui expliquer les raisons de sa résistance. Parce qu’il était furieux et que sa furie le conduisait à vouloir gagner quoi qu’il arrive.

VALENTINE
Les collègues de Valentine l’ont déléguée pour aller négocier avec la responsable d’équipe des disponibilités et congés dont le règlement intérieur stipule qu’elles sont au choix des agents. De façon autoritaire, la responsable règle le problème pour Valentine toute seule et ignore son statut de représentante de ses collègues. Les collègues sont là mais ne disent rien : peut-être ont-elles peur de la réaction de la responsable. Pourtant Valentine qui les représente sait habituellement gérer les tensions entre des adolescents, des parents, des organisations ou institutions. Et le formateur lui fait remarquer qu’elle avait deux outils simples sur lesquels elle pouvait s’appuyer pour trouver la bonne posture : elle pouvait solliciter la parole de ses collègues ; elle pouvait aussi faire appel à la Loi, au règlement intérieur écrit définissant la liberté sur laquelle se fondait la demande.  Comment se fait-il donc qu’elle ne peut pas utiliser ses compétences? Elle explique : « J’étais scotchée, je suis partie sans rien dire, et sans regarder mes collègues. » Quelle résonance intérieure et émotionnelle a donc été plus forte que les compétences de négociatrice de Valentine pour la conduire à être tétanisée de la sorte devant l’autorité ou écartelée entre l’autoritarisme de sa responsable et la solidarité avec ses collègues ?

YVON
Yvon ne supporte pas l’injustice. Il s’investit dans de nombreuses situations où les droits des plus faibles sont bafoués. Dans une association dont il est membre et administrateur, il assiste depuis plusieurs années à ce qu’il décrit comme des « magouilles » couvertes par le copinage, de la rétention d’information, des manipulations financières frauduleuses. Il hésite beaucoup sur la posture à adopter : stopper son investissement et prendre de la distance avec  une association dont le fonctionnement ne correspond pas à ses valeurs et à son éthique ? Dénoncer les magouilles et les délits ? Demander carte blanche pour rétablir la situation, ceci incluant son refus de collaborer avec deux personnes de l’association qu’il décrit comme « parasites » ? Les participants de la formation lui font remarquer que sa demande de « carte blanche » le conduisant à exclure des personnes  ressemble à des attitudes qu’il dénonçait lui-même dans le fonctionnement associatif. Quelques minutes après, Yvon interpelle le groupe : « Alors les seuls vrais conflits sont à l’intérieur ? » Il découvre que le véritable conflit n’est pas entre lui et l’association, mais qu’il s’agit d’un conflit en lui-même, entre trois postures qui ont toutes leurs avantages et leurs inconvénients… Et que sa posture est encore plus délicate du fait de son attachement affectif à l’objet de cette association dont il est le fondateur…

QUI QUE TU SOIS…
Si tu veux traiter des conflits et œuvrer à la réconciliation dans les familles, au travail ou dans la vie sociale, il est certes nécessaire que tu acquières des compétences de gestion de groupe, de garant de la Loi, d’écoute, d’empathie, de communication et de négociation… Cela demande du travail et de l’exercice. Mais n’oublie jamais que ces compétences ne suffisent pas : ce sont d’abord tes réactions qu’il s’agit d’écouter, d’accueillir, d’interroger, de canaliser pour qu’elles se transforment en postures justes.

Fabrice, si tu es furieux aujourd’hui, cette « furie » parle de toi bien plus que ta Directrice qui n’a fait que la déclencher. Nous savons tous qu’un même évènement ou une même parole peut déclencher chez l’un de la révolte, chez l’autre de la colère, chez un troisième du silence ou de la soumission… Toutes ces réactions ne parlent que de nous… Mais d’où vient donc ta furie ?

Valentine, si tu te sens « scotchée » et tétanisée, ou écartelée, l’autoritarisme de la responsable n’en est que le déclencheur… La vraie cause, c’est ce qui est touché en toi qui t’empêche de trouver la bonne posture… C’est peut-être aussi que la situation d’aujourd’hui réveille d’autres situations antécédentes où tu t’es sentie écrasée devant l’autorité ou écartelée entre plusieurs personnes…

Yvon, si tu es en conflit entre toi et toi, entre différentes parts de toi qui te tirent dans des directions opposées, ce n’est pas en ruminant sur les personnes injustes que tu trouveras la solution. Certes tu peux lutter avec d’autres pour un monde plus juste, mais c’est en écoutant et accueillant tes contradictions et la part de vérité et de valeurs dont chacune est porteuse… C’est aussi en débusquant derrière chacune les éventuels règlements de compte sur lesquels tu serais heureux de triompher sur l’autre…

Dans la même formation, Sandrine évoquait ces deux forces qui la tiraillent souvent : la rebelle, et la conformiste. Elle y voyait des contradictions qui ne rendent pas les choix faciles ni les postures à prendre évidentes…

Sandrine, mais aussi Valentine, Fabrice, Yvon, et moi aussi Marc…
et vous tous, lectrices et lecteurs…

Si ces contradictions étaient les deux extrémités de l’arc
dont la tension permet à la flèche de s’envoler ?
Si ces contradictions donnaient naissance à la vigueur de notre élan ?

Quoi qu’il en soit… c’est toujours en nous, dans nos ressentis et dans nos besoins,
que nous trouverons les postures justes dans toutes les situations de la vie…
Raison de plus pour prendre soin de nous !

Marc THOMAS, Consultant – Formateur en « Compétences relationnelles »
novembre 2016

 Ecrire à l’auteur : mthomas@competences-relationnelles.com

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