Archives de catégorie : COMMUNICATION BIENVEILLANTE

Laisse jaillir ta parole

On nous a répété souvent cette phrase du poète Nicolas Boileau : « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire en viennent aisément ». Nous avons fini par croire qu’il fallait d’abord des idées claires et bien construites avant de prendre la parole ou le stylo. Et nous avons fini par nous taire ! Ou bien nous nous sommes contentés de répéter des « poncifs » imposés par des modes ou des manipulateurs qui veulent nous imposer ce que nous devons penser !

Or la pensée, comme la vie, n’existe qu’en s’exprimant, grâce à celui qui risque les mots sans connaître encore la fin de la phrase, comme jaillit la source avant de savoir qu’elle deviendra irrigation vivifiante, rivière et fleuve, et même jusqu’à la mer !

Je me souviens de cette femme écrivain pour enfant disant qu’elle commence toujours à écrire à partir d’un noyau central, sans connaître la fin.

Je me souviens de prises de parole en public : le discours était préparé, longuement. Et pourtant, devant ce public, ce sont d’autres mots qui venaient, et d’autres développements, puisés dans le regard des auditeurs et dans la communication avec eux.

Je me souviens de ces dialogues,  de ces rencontres et de ces accompagnements où il faut renoncer à savoir à l’avance la bonne réponse, car l’écoute et l’échange font jaillir l’inattendu. Car ce n’est pas la réponse qui importe : si je cherche quoi répondre ou quel conseil donner, je n’écoute déjà plus celui qui me parle, je ne m’écoute que moi-même pour peaufiner ma réponse ! Ce qui importe, c’est la parole que va oser celui que j’écoute, parce qu’il se sent écouté. Cette parole qu’il va peut-être balbutier parce qu’elle surgit inattendue du plus profond de lui-même ! Ces paroles là sont des paroles vivifiantes qui désaltèrent celui qui les prononce !

A l’inverse des phrases toutes faites et des ritournelles apprises par cœur, la Parole de l’homme est créatrice : écrite ou orale, elle jaillit du dedans comme une source vive. Chaque être humain est porteur d’une source unique, d’une Parole originale.

C’est pourquoi éduquer un enfant ne peut pas consister à lui faire apprendre par cœur des paroles écrites ou prononcées par d’autres ! Éduquer un enfant, c’est le conduire vers sa source pour qu’il s’y désaltère, c’est le conduire vers lui-même pour qu’il découvre la pépite qu’il porte… C’est ainsi lui permettre de développer la confiance en lui, source de toutes les motivations, de tous les dynamismes et de toutes les vraies réussites.

Ose risquer une parole, la tienne, celle que personne ne pourra dire à ta place,
sans l’imposer, mais en l’offrant comme une fleur unique au bouquet de l’humanité.

Écoute les paroles des autres, surtout si elles sont différentes de la tienne,
sans les photocopier pour penser comme eux ou comme tout le monde,
mais pour plonger ta propre source à la confluence des diversités humaines.

Quand des paroles vives et uniques rentrent en dialogue, c’est l’Humanité qui se construit !
Quand tu développes ton autonomie de pensée et d’agir, tu rends possible la coopération.

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
septembre 2017

Écrire à l’auteur : mthomas@competences-relationnelles.com

Téléchargez cet article en pdf

Des rencontres sincères et vivifiantes

Nous nous plaignons souvent des difficultés relationnelles… Je vous propose ici de chercher ou de nommer les rencontres sincères ou vivifiantes, celles où nous sommes pleinement nous-mêmes quand nous partageons avec l’autre.

Une fois n’est pas coutume, j’utilise quelques citations. Ne vous contentez pas d’admirer les textes, mais cherchez quels noms d’amis vous pouvez mettre à côté de chacune de ces phrases. Demandez-vous aussi si vos amis pourraient mettre votre nom à côté de l’une ou l’autre de ces phrases… Résistez au dénigrement de vous-mêmes ou de vos amis qui vous ferait dire : « c’est trop beau pour moi » ! Et si vous ne trouvez pas de noms à mettre à côté de ces phrases, mettez-vous en quête : il y a autour de chacune et chacun de nous des amis potentiels, et des relations à construire, sincères et vivifiantes…

« L’intimité, c’est de pouvoir déposer des rêves et des projets dans les possibles de l’autre,traverses-meme-faisceau-lumiere-209x300 avec l’espoir d’en réaliser quelques-uns ensemble. »
« La véritable intimité est celle qui permet de rêver ensemble avec des rêves différents. » (Jacques Salomé)

« Entre le plus possible dans l’âme de celui qui te parle. » (Marc Aurèle)

« Tu sais ce que c’est la tendresse ?
C’est toucher avec respect l’âme de l’autre. » (Facebook)

« D’âme à âme… » (P.L.)

« Traversés du même faisceau de lumière… » (M.T.)

« J’observe que les gens qui sortent transformés sont souvent étonnés de cette évolution,  que tu peux amener des individus et un groupe très loin dans leur intérieur. C’est vraiment beau ce que tu tricotes avec les fils de vie. (…)
Tu as une capacité rare, qui se perd de nos jours, celle de propulser les autres vers le haut, et ce sans forcément chercher ton intérêt. (…) Tu as la capacité de percevoir le potentiel chez l’autre et de l’aider à le développer… Tu as les mots, une sorte de sagesse… » (D.P.)

« Il y a des gens avec qui l’on passe une grande partie de sa vie et qui ne vous apportent rien. Qui ne vous éclairent pas, ne vous nourrissent pas, ne vous donnent pas d’élan. Encore heureux quand ils ne vous détruisent pas à petit feu en se suspendant à vos basques et en vous suçant le sang.
Et puis…
Il y a ceux que l’on croise, que l’on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi heure, et changent le cours de votre vie.
Vous n’attendiez rien d’eux, vous les connaissiez à peine, vous vous êtes rendu léger, légère, au rendez-vous et pourtant, quand vous les quittez, ces gens étonnants, vous découvrez qu’ils ont ouvert une porte en vous, déclenché un parachute, initié ce merveilleux mouvement qu’est le désir, mouvement qui va vous emporter bien au-delà de vous même et vous étonner. Vous ne serez plus jamais vermicelle, vous danserez sur le trottoir en faisant des étincelles et vos bras toucheront le ciel… »
(© Katherine Pancol – Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi. Albin Michel. 2010)

Chacun de nous peut vivre de telles rencontres et construire de telles relations…
A condition…
de renoncer à perdre notre énergie dans les lamentations et le dénigrement…

de choisir ou d’accueillir ceux ou celles qui ne manqueront pas de se présenter…

L’exigence de la sincérité, du respect, de la confiance… réciproques et partagés !
Jusqu’au jour où nous pouvons dire :
« Nous ne nous sommes pas rencontrés par hasard » (P.L.)

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
octobre 2016

Téléchargez cet article en pdf

Mon enfant intérieur

Cette personne m’envoie la photo d’elle quand elle était petite fille et m’écrit :

Elle :
Tu reconnais cette petite fille?
C’est une photo qu’un membre de ma famille a retrouvé. …
Elle me parle beaucoup !

Moi :
Oh oui je la reconnais bien !
Elle te parle de quoi ? (si ce n’est pas indiscret !!!)

Elle : Je ne sais pas trop définir,  j’ai été comme hypnotisée par ce regard fixe et cette figure triste. J’ai eu envie de caresser cette petite fille, de lui donner de la tendresse. De lui dire et donner tout ce que j’aurais voulu que l’on me donne à ce moment de ma vie (sans savoir vraiment si je n’avais pas cela mais  je n’ai pas de souvenir précis de mon enfance, en tout cas pas de moment joyeux et tendre)

En regardant cette photo de nombreuses questions me sont venues.

C’est comme si j’avais pu voir mon enfant intérieur … voilà en quoi cette photo me parle beaucoup.
Maintenant je ne sais pas trop ce que je dois faire avec ça … peut être rien !
En tout cas je la trouve belle cette petite fille !

Moi :
Quand j’ai vu la photo, ça m’a sauté aux yeux immédiatement : la beauté et la souffrance.
Je n’ai rien voulu te dire tout de suite pour ne pas influencer ton regard.
Mais ce que tu m’écris correspond bien à ce que j’ai senti…
Cette petite fille que tu portes en toi depuis toujours… et dont la souffrance émergeait souvent en toi ces dernières années…

Elle est très juste ton envie de « caresser cette petite fille et de lui donner de la tendresse ».
Fais-le, sans réserve !

En lui donnant aujourd’hui la tendresse dont elle a manqué, tu vas lui permettre de cicatriser ses souffrances et de sortir de la tristesse…

Maintenant, cette belle petite fille, cette souffrance ou cette tristesse, tu peux en prendre soin tendrement. Ainsi tu vas les réintégrer et les transformer en énergie dans ton élan d’aujourd’hui…

Chemin de larmes, peut-être, mais chemin de bonheur…

Elle :
Merci, Marc, je suis émue…

Moi :
Bien à toi, Marc…               Jaillissement130x81        mthomas@competences-relationnelles.com

PDF1et merci à cette personne de m’avoir autorisé à partagé cet échange de courrier
pour qu’il puisse servir à d’autres

 

 

Si tu veux aider, ne donne pas de conseil !

Jaillissement130x81ACCOMPAGNER COMMENT ? 

Il vous est sûrement arrivé d’être en difficulté ou de ne pas savoir quelle décision prendre et d’en parler à un proche… Parfois, celui-ci ne vous écoute pas jusqu’au bout et vous dit : « A ta place, je ferais ceci ou cela… » ou encore : « Tu devrais… » Et souvent cette réponse ne vous satisfait pas… Continuer la lecture de Si tu veux aider, ne donne pas de conseil !

Mal-être au travail

Couverture2Des suicides répétés dans une grande entreprise française remettent sous les feux des projecteurs le stress et le mal-être au travail.

Je ne connais pas de l’intérieur France Telecom, mais je connais un peu plus d’autres contextes professionnels.

Dans le monde hospitalier par exemple, je décèle des contradictions croissantes qui génèrent des tensions parfois insupportables : contradiction entre une nécessaire gestion économique (qui exige des restrictions pour sauvegarder notre système de protection sociale) et une aussi nécessaire gestion de la qualité des soins (qui exige d’accroître les moyens humains et matériels). Des cadres et des personnels hospitaliers sont écartelés dans cette contradiction.

Une personne qui travaille dans une structure d’accompagnement vers l’emploi m’écrit ces jours-ci : « (Après les restructurations), les conditions de travail se sont encore plus dégradées que par le passé,… moi qui croyais que nous avions déjà touché le fond… »

Bien souvent ces contradictions qui écartèlent sont inévitables. Mais elles ne sont pas les premières causes de mal-être. À France Telecom, c’est la pression d’un management inhumain qui est pointée.

Il ne sert à rien d’envoyer des salariés en formation pour apprendre à gérer leur stress si on ne fait pas baisser les générateurs institutionnels de stress, et si on ne restaure pas d’abord dans l’entreprise des instances de communication et de débat respectueuses des personnes, mais aussi de la démocratie.

Dans les établissements de soins, les équipes où le management favorise la communication et le dialogue voient diminuer de 30% le nombre de congés maladie.

Marc THOMAS, Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
octobre 2009

PDF1

Compétences relationnelles

Pouvoir être soi-même au milieu des autres…
S’exprimer librement dans toutes les relations familiales, sociales, professionnelles…
Se sentir ajusté à soi-même et aux autres…
Traiter les conflits en exprimant ce que je ressens et en accueillant l’autre …
Renoncer à faire de mes interprétations des vérités ou des jugements sur l’autre…
Choisir le débat quand les perceptions ou les valeurs sont antagonistes…

Voici quelques-unes des expressions qui définissent le mieux
ce que je veux dire quand je parle de « compétences relationnelles »

Nous naissons tous avec un potentiel de compétences relationnelles.
Son développement dépend de notre éducation,
des contextes dans lesquels nous vivons, de nos choix de vie…
Quand des situations difficiles ont altéré ces compétences relationnelles innées,
quand les contextes familiaux, sociaux ou professionnels ont un climat relationnel vicié,
il est toujours possible de prendre les moyens de les développer ou de les restaurer.

 A tout âge. En toutes circonstances.

PDF1Marc THOMAS, Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
Juillet 2009

Comment enseigner pour que l’élève puisse apprendre

La présentation de la pédagogie proposée par Carl ROGERS (1902-1987)

Le texte suivant est tiré de Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée (Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol. XXIV, n° 3/4, 1994 (91/92), p. 429-442.
©UNESCO : Bureau international d’éducation, 2000

Ce document peut être reproduit librement, à condition d’en mentionner la source.

PDF1LIRE LE TEXTE ICI

Sanction

Couverture2Ce texte a été publié par la revue NON-VIOLENCE ACTUALITE
n° 277 – Novembre-Décembre 2004 – www.nonviolence-actualite.org

LA PREMIÈRE HEURE DU PREMIER JOUR DE CLASSE…

Monique a été 27 ans professeur principal dans un collège de ZEP. Elle est maintenant formatrice à l’IUFM. Pendant les formations d’enseignants, elle demande souvent à ses collègues : « Que faites-vous et que dites-vous à vos élèves dans la première heure du premier jour de l’année scolaire ? »

Et les professeurs reconnaissent que le plus souvent, ils veulent « prendre en mains » leur classe et affirmer leur autorité, et donc qu’ils commencent par rappeler le règlement intérieur et l’exigence absolue de le respecter sous peine de sanctions immédiates.

ÉLABORER ENSEMBLE…

Alors Monique raconte que, dans son collège peuplé d’élèves réputés difficiles, elle n’a jamais commencé par rappeler le règlement intérieur. A la première heure du premier jour de cours, elle commençait toujours à dire aux élèves : « Nous allons avoir environ 150 heures de cours au long de cette année. Nous ne nous sommes pas choisis, mais la réalité est là : nous allons vivre ensemble toutes ces heures. Que pouvons-nous faire pour nous faciliter la vie en donnant plus de qualité à la vie commune ? »

D’abord surpris, les élèves inventaient avec elle :

– « Madame, on pourrait faire des sorties ? » « Oui, répondait-elle, si vous me faites des propositions de visite qui vont dans le sens du programme. »

– « Madame, on peut apporter des jeux ? » « Non, nous ne sommes pas là pour jouer, sauf si ces jeux nous permettent d’apprendre le français, les maths … »

– « Madame, on pourra parler d’autre chose que du programme ? » « Et de quoi voudriez-vous parler ? » Les élèves cherchaient… Après quelques propositions qui n’avaient rien à voir avec l’école, l’un dit : « On pourrait parler de ce qu’on voit à la télé. » Un autre ajoutait : « On pourrait parler de ce qui ne va pas dans la classe. »

… UNE CHARTE DU « VIVRE-ENSEMBLE »

Alors, Monique répond : « Oui, il vaudrait mieux parler ensemble de ce qui ne va pas, plutôt que de laisser les choses dégénérer. D’ailleurs je vous propose qu’on consacre la fin de cette première heure de classe à écrire « la charte du vivre-ensemble » pour ces 150 heures de classe. Éliminez d’avance les phrases qui commencent par « il ne faut pas… » ; remplacez-les par une phrase sans négation qui commence par : « nous choisissons… nous décidons… ».

A la fin de ce travail, un élève dit : « Et celui qui ne respecte pas la charte, il sera sanctionné. » « Oui, répond Monique, il sera sanctionné, non pas parce que j’en ai le pouvoir comme professeur, mais parce qu’il se sera lui-même exclu de la charte du vivre ensemble dont l’application est sous la responsabilité de tous. »

Ce faisant, Monique a remis dans le bon sens ce que la peur nous fait souvent mettre sens dessus dessous, laissant place au pouvoir arbitraire ou à la démission. Devant une classe d’adolescents turbulents, la peur de perdre pied nous fait imposer les règles et agiter l’épouvantail de la sanction… alors même que nous savons que la plupart des sanctions et des exclusions n’ont pas l’effet escompté…

D’ABORD LE VIVRE ENSEMBLE, ENSUITE LA LOI QUI EN EST L’APPLICATION

Monique a remis les choses dans le bon sens, faisant le choix d’un apprentissage de la démocratie : ce qui est premier en effet dans un groupe, ce n’est pas la Loi, mais la capacité à vivre ensemble ; cela s’appelle aussi citoyenneté, intégration, lien social, cohésion… Cette capacité à vivre ensemble est une valeur structurante sur laquelle des jeunes et des adultes peuvent se motiver si les moyens leur sont donnés d’en découvrir l’intérêt… Car l’élève et le professeur – comme tout être humain – ne se motivent que s’ils perçoivent de l’intérêt. Et l’Ecole de la République est un lieu privilégié d’apprentissage du vivre ensemble et d’ancrage de ce vivre ensemble comme valeur fondamentale.

C’est en second lieu seulement que la Loi prend sens comme garante et garantie du choix que l’on a fait de vivre ensemble. La Loi toute seule n’est pas un repère, mais une alarme… et l’on sait que les jeunes aiment jouer à déclencher les signaux d’alarme ! La Loi ne devient repère qu’associée à la valeur reconnue qui la fonde.

ET ENSUITE SEULEMENT, TOUT A LA FIN, VIENT LA SANCTION

La sanction n’est pas une punition, c’est-à-dire une peine et un poids imposés sur les épaules du contrevenant ; la sanction est la conséquence d’une conduite transgressive qui met en danger le vivre ensemble du groupe comme celui qui, par son acte, s’en est exclu. La sanction dit aussi que chacun est responsable des valeurs du groupe.

PRENDRE LE POUVOIR OU FAIRE AUTORITÉ ?

Les professeurs qui écoutaient Monique en formation avaient parfois un sourire dubitatif : Monique ne serait-elle pas une douce rêveuse emportée par ses illusions, bien loin de la réalité d’une confrontation difficile avec des élèves « qui ne sont plus ce qu’ils étaient » ?

Alors Monique interrogeait les professeurs sur leur manière de se positionner dans leur classe :

  • sont-ils les détenteurs d’un pouvoir qu’il faut imposer, jusqu’à la contrainte, à des adolescents prêts à en découdre ? A ceux-là, Monique disait qu’ils alimentaient eux-mêmes le rapport de force et qu’ils risquaient d’amplifier la violence en retour de leurs élèves…
  • ou bien sont-ils des personnes dont l’autorité est reconnue par leurs élèves parce que ceux-ci se sentent respectés et responsabilisés, sans démagogie ? Et Monique ajoutait qu’en 27 ans de carrière dans des établissements reconnus « à risque », elle n’avait jamais été victime d’exactions de la part de ses élèves.

Enfin, Monique évoquait certains élèves déstructurés par une histoire chaotique et qui avaient bien du mal à reconnaître le « vivre-ensemble » comme une valeur. Elle rappelait que, sur ces élèves-là, la sanction n’avait aucun effet, sinon celui de les stigmatiser un peu plus et de renforcer leur exclusion. C’est pourquoi elle insistait sur la patience et le temps nécessaires pour leur permettre d’avoir la chance de découvrir une valeur que personne d’autre que l’école ne pouvait leur apprendre. Et Monique faisait confiance au groupe, affirmant que, dans la dynamique de groupe qu’elle instaurait, certains élèves apprenaient à leurs copains ce que le professeur ne pouvait pas leur apprendre…

Marc THOMAS – Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
avec l’accord de Monique
septembre 2004

PDF1

Distinguer

Couverture2Les relations difficiles et conflictuelles entraînent souvent la confusion : tout se mélange, les reproches et les responsabilités se renvoient de l’un à l’autre, les accusations s’enchaînent en avalanche, les sentiments ressassés s’entremêlent… Tout est confus, plus rien n’est maîtrisé. Pour faire face à cette confusion des sentiments qui pollue et détruit la relation, il est nécessaire de distinguer…

Distinguer l’acte et la personne : ce n’est pas l’autre qui est méchant, c’est son acte que je ne supporte pas ; ce n’est pas l’élève qui est nul, c’est son devoir qui vaut zéro ou son comportement qui est inacceptable. Des professeurs ayant perçu l’importance de cette distinction se sont mis à dire à leurs élèves : « Ton devoir vaut zéro car il y a 10 fautes (l’acte), mais toi je te sais capable d’autre chose (la personne)». Et grâce à cette distinction qui pointe les erreurs, mais valorise les capacités de la personne, ils ont été surpris des discussions devenues possibles avec leurs élèves et de leur progression scolaire.

Distinguer ce qui est de moi et ce qui est de l’autre : « C’est toujours pareil avec toi : tu ne m’écoutes jamais ! » Voila la confusion des sentiments (sous-entendu : « puisque tu m’aimes tu dois m’écouter ! » Distinguer et affirmer mon légitime besoin d’être écouté et sa disponibilité à lui pourrait conduire à lui demander : « J’ai besoin que tu m’écoutes ; quand seras-tu disponible ? » Autre exemple : lorsque quelqu’un m’agresse, je découvre que son agression ne parle que de lui : il aurait pu me dire : « J’attendais quelque chose de toi, je ne l’ai pas reçu, j’ai mal… » Comme il ne sait pas dire cela (sur lequel on aurait pu discuter), il me juge et m’agresse avant même de m’en avoir expliqué les raisons.

Distinguer l’intention et l’impact : parfois je dis une parole qui me paraît anodine, et celui qui m’écoute se sent blessé par cette parole. Je n’avais pas l’intention de le blesser. En effet ce que je dis depuis mon contexte et dans mon histoire peut réveiller une vieille blessure dans son contexte et dans son histoire. Dans des discussions en situation de désaccord, il est nécessaire de bien préciser mon intention surtout si je perçois un impact inattendu ou une réaction démesurée chez l’autre.

Distinguer, séparer… Dans les récits judéo-chrétiens de création du monde, il est écrit que Dieu sépare pour créer : il sépare le ciel, la mer et la terre, le jour et la nuit, les animaux qui volent et ceux qui rampent… puis finalement l’homme et la femme. Ceux qui ont écrit cela ne savaient pas comment s’est passée la création du monde. Ils avaient juste compris qu’il faut se séparer pour exister (quitter le ventre, « s’individuer »). Quitter le fusionnel et la confusion… Se distinguer, et toujours distinguer… pour vivre… et pour entrer en relation !

Marc THOMAS – Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
avril 2012

Télécharger au format PDF