Archives de catégorie : TENSIONS

Lâcher prise

Photo-couverture600Françoise (prénom d’emprunt) participe à une formation destinée à retrouver du sens et à oser être soi-même. Elle me rappelle qu’elle a déjà participé au début d’une autre formation avec moi, mais qu’elle est partie le midi du premier jour car elle ne supportait pas de voir tous les autres participants « pleurnicher parce qu’ils ne savent pas dire non, car moi, continue-t-elle, j’ai appris à être forte et je sais dire non… »

Pendant la première matinée, Françoise exprime son doute que la formation lui fasse trouver du sens à sa vie et intervient beaucoup, interrompant les autres pour leur donner des conseils pour se défendre contre les agresseurs, disant qu’elle, elle sait être forte en toutes circonstances… Plusieurs fois je tente de cadrer et de canaliser les prises de paroles de Françoise. A la pause elle m’invective : « Dans toutes les formations, je me sens bien, sauf dans les vôtres, car vous m’empêchez de parler et vous me frustrez ». Je lui exprime la nécessité pour moi de garantir la parole de tous dans le groupe, et j’ajoute : « Tant que vous parlerez si souvent pour conseiller les autres, je pense que vous ne réussirez pas à trouver le sens de votre vie » « Et pourquoi ? » me dit-elle vivement. « Car pour trouver le sens de sa vie, il faut d’abord écouter et accueillir ce que votre être intérieur a à vous dire. Plus vous parlez des autres, moins vous pouvez vous entendre ».

Françoise est quand-même revenue l’après midi, sans changer beaucoup de posture, exprimant toujours son doute sur « vos capacités à me faire trouver le sens de ma vie ». Je lui rappelle que c’est à elle d’aller le chercher et que je ne peux que lui proposer des « outils » pour se mettre à l’écoute d’elle-même. Elle répète plusieurs fois que « pour s’en sortir dans notre monde et au travail, il faut être fort,  faire face et ne pas se laisser déstabiliser. » Les autres l’interrogent sur sa méthode et elle répond : « Moi je ne me laisse pas faire et je réponds du tac au tac ». Le ton dur à tonalité agressive ne convainc personne…

Le lendemain matin, Françoise est revenue. Chaque participant est invité à exprimer ce qui lui a tourné dans la tête et le cœur depuis la formation de la veille. Françoise prend la parole pour dire qu’elle n’a toujours pas trouvé le sens de sa vie.

Une de ses collègues, Clotilde (prénom modifié) l’interrompt : « Eh bien moi j’ai trouvé hier le sens de ma vie. Depuis des années je me sentais anormale, parce que je n’avais pas envie ni besoin de faire des projets pour changer ma vie, parce que je n’avais pas envie d’acheter toutes les nouvelles choses qui paraissent… Je me disais que je n’étais pas comme les autres, et j’étais triste. Hier le formateur m’a accompagné dans la découverte suivante : je n’ai pas besoin de faire toujours plus de choses, ni d’avoir toujours plus, mais je suis heureuse de la vie que j’ai dans la simplicité, sans avoir besoin de courir après des bonheurs artificiels… Alors quand le formateur m’a demandé ce qui me rend heureuse comme ça, et quels sont ces besoins satisfaits qui font mon bonheur, j’ai répondu : j’ai besoin d’être dans la sérénité, de l’ancrer en moi. J’ai découvert hier que mon bonheur n’est pas dans le faire, ni dans l’avoir, mais dans l’être. » Et Clotilde ajoute : « Hier soir, j’en ai parlé à mon mari tellement j’étais contente. Et je lui a dit : ça fait dix ans que je vais chez le psy pour comprendre pourquoi je ne suis pas comme les autres et pour tenter de devenir normale, et grâce à quelques questions, j’ai mis le doigt sur mon bonheur d’être ce que je suis, et j’ai retrouvé le sens de ma vie. » Émotion des participants…

Est-ce ce témoignage qui va ouvrir une première brèche chez Françoise ? Quand je lui redonne la parole là où elle avait été interrompue (elle disait n’avoir toujours pas trouvé le sens de sa vie), avec sa verve habituelle, elle dit pourtant quelque chose de tout neuf : « Vous savez je suis forte au travail, tout le monde me voit forte… mais quand je rentre chez moi, je ne suis plus forte du tout… » Son visage change. Je lui propose de continuer. « Par exemple, j’avais juré à mon chien que je serais auprès de lui jusqu’au bout de sa vie. Quand il s’est retrouvé sur la table du vétérinaire, je ne sais pas ce qui m‘a pris : je suis sortie sans réfléchir. Vous voyez je ne suis pas forte, au contraire j’ai été lâche. » Et le visage de Françoise est crispé.

Nous avions convenu en début de formation qu’il n’y aurait aucun jugement de porté, ni sur les autres, ni sur nous-mêmes, car les jugements ne résolvent jamais rien et ne font qu’aggraver les situations.

Je propose donc à Françoise de retirer ce jugement sur elle-même. Elle résiste, affirmant sa grande lâcheté. Je lui dis : « si vous vous jugez, vous ne saurez jamais pourquoi vous n’avez pas pu rester jusqu’au bout auprès de votre chien. » Regard étonné, puis humide. « Vous êtes-vous déjà demandée, Françoise, ce qui vous a poussé à partir ? » Françoise qui parlait tant et à tout propos n’a plus de mot. Ses larmes coulent : elles semblent vider une souffrance… Enfin Françoise s’interroge elle-même, sans jugement, et j’entends dans s bouche : « Pourquoi ? » Je vois dans son regard vers moi un appel. Me branchant sur la souffrance que je ressens, je lui suggère : « C’était trop dur ? » Ses larmes coulent davantage : « Oui je n’ai pas pu, j’avais trop mal, je n’étais pas assez forte pour supporter cela, j’étais trop faible ». Percevant un nouveau jugement sur elle-même dans ce mot « faible », je lui dis : « Vous n’étiez pas faible, vous vous sentiez peut-être seulement fragile, blessée, touchée au plus profond.. Et rester était au-delà de vos forces. »

Les larmes de Françoise continuent à couler. Elle dit : « Depuis 10 ans, je n’ai jamais pu pleurer. Depuis la mort de mon père, jamais de larmes. J’aurais voulu lâcher, mais je n’y arrivais pas… » Je dis à Françoise : « Peut-être vous êtes-vous réfugiée derrière la force d’une armure, mais aujourd’hui vous venez de découvrir une part de vous que vous ne connaissiez pas : la fragilité de tout être humain, les limites du supportable… Vous êtes en train de devenir vous-mêmes, à la fois forte et fragile et le mélange des deux va vous permettre de tenir debout toute seule : plus besoin d’armure extérieure ! A la place, la force intérieure, la force souple et fragile vous permettra enfin de vivre plus sereine. »

Françoise pleure toujours, sans arrêter. Elle sort de la salle, son amie la rejoint. Le groupe qui a été témoin de tout cela a besoin aussi d’une pause. Quelques minutes après, Françoise vient vers le groupe et dit : « Je pleure mais c’est du bonheur, je pleure parce que ça vient de lâcher… Oh merci ! Vous le formateur qui m’énerviez tant hier, vous m’avez permis ça ! » Je lui réponds : « Je vous ai canalisée hier par respect pour le groupe, mais aussi parce que je pensais que c’était la seule solution pour que vous vous mettiez à l’écoute de vous-même… »

Tout le reste de la journée, Françoise était épuisée, mais son visage rayonnait. L’épuisement de quelqu’un qui vient de vider une tension de plusieurs années. L’épuisement de quelqu’un qui vient de lâcher la tension du bras de fer qu’elle avait engagé avec la vie… Il va lui falloir quelques jours pour découvrir en elle, à travers cette fatigue et cette détente, la souplesse et la sérénité que donne l’alliance réconciliée de la fragilité et de la force intérieure.

Alors Françoise, le sens de ta vie ? !!!
Et vous amis lecteurs, où vous êtes-vous reconnus ?
Dans quelle part de vous êtes-vous touchés par cette histoire ?

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
juin 2016

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Avant de publier cet article, je l’ai envoyé à « Françoise » pour lui demander son accord. Après l’avoir lu, elle m’a écrit cette très belle lettre (en bleu) et je lui ai répondu en insérant mes réponses (en gris) dans son texte :

Je vous remercie de prendre de mes nouvelles.
Quand je lis ce texte, et bien les larmes coulent.
Je suis bien, très zen, relaxée                c’est très bon signe !

Je ne saurai jamais comment vous remercier. Je suis encore étonnée de ce qui s’est passé. Comme vous l’aviez dit, peut être que j’étais enfin prête ?             oui

Je ne crois pas au hasard mais au destin, et le destin a fait que je vous ai croisé.
Je ne sais pas pourquoi je suis restée à la formation et pourquoi je suis revenue le lendemain. Je ne me l’explique pas.
Mais quel bonheur de l’avoir fait : même un psy n’aurait pas fait mieux en bon nombre d’années.
Votre être intérieur en partie inconscient sait pourquoi vous êtes restée à la formation et il a été assez « fort » (d’une vraie force, bien différente de celle que vous connaissiez avant !) pour vous guider dans votre décision de rester.

De temps en temps je repense à la situation, le mot lâcheté revient mais je le chasse aussitôt et repense à ce que j’ai réussi à dire
Ne chassez pas ce mot de « lâcheté », accueillez le même avec bienveillance comme on accueille un enfant blessé… Mais soignez le en continuant à écouter et à chercher ce qui se cache derrière ce jugement sur vous : et ce qui s’y cache est probablement la découverte d’une vulnérabilité à accepter, d’une souffrance ancienne à cicatriser, d’une fragilité à accepter pour qu’elle vienne assouplir vos raideurs…

Oui je suis forte mais j’ai mes limites. j’ai tout fait pour rendre heureuse ma chienne et malheureusement je n’ai pas pu l’accompagner jusqu’au bout car j’étais seule, sans défense, choquée
Voila déjà une parte de ce qui se cache derrière ce que vous jugiez avant comme une lâcheté : votre solitude, votre vulnérabilité sans défense, un choc qui parle non seulement de la disparition de votre chienne mais aussi d’une blessure en vous…

Je ne m’en veux plus. Je suis enfin en paix. Que c’est bon !
Donc vous avez déjà abandonné le jugement pour vous accueillir avec bienveillance

Je ne vous oublierai jamais et j’espère que l’on pourra se retrouver dans une autre formation. Bon, je serai toujours aussi « chiante » mais lorsque vous me recadrerez, je n’aurais plus la même attitude de renfermement, de vexation, de frustration.

Vous m’avez beaucoup appris. C’est incroyable, VOUS êtes incroyable
Ce que j’ai fait pour vous ne tient pas à je ne sais quel pouvoir magique ni talent exceptionnel : c’est seulement la conséquence d’une posture que j’ai apprise : l’écoute avec le cœur qui à la fois cherche à discerner la blessure derrière les raideurs et les jugements, et canalise et parfois refuse les débordements…Si vous apprenez à vous écouter vous-mêmes, puis à accueillir l’autre sans jugement ni conseil, vous deviendrez progressivement capable de vivre la même attitude…

Le texte est magnifique, bien sûr utilisez le !       « Françoise »

Personne n’a tort ni raison !

Couverture2Chaque jour dans les tensions interpersonnelles ou dans les situations de conflits, nous risquons de dépenser beaucoup d’énergie à vouloir prouver à l’autre qu’il a tort et que nous avons raison. Nous cherchons à le convaincre, à lui faire passer le message, à faire valoir notre bon droit…

Le problème c’est que l’autre cherche à en faire autant avec nous, convaincu d’avoir raison lui aussi ! Ainsi s’installent des dialogues de sourds où chacun, sur sa propre longueur d’ondes, veut être entendu de l’autre sans accepter d’entendre l’autre ! Chacun s’épuise dans cette volonté de passer en force, de faire pression, de gagner, d’avoir raison. Cela se termine par la victoire du plus fort toujours marquée de violence ou par la rupture du dialogue, voire de la relation.

Il y a une erreur fondamentale derrière ces dialogues de sourds : l’erreur de croire que la vérité se réduit à ce que je vois, ce que je pense, ce que je comprends. Faites un jour l’expérience, dans une situation relationnelle détendue : montrez une image ou un paysage à votre partenaire, et demandez-lui ce qu’il voit. Si vous le laissez décrire sa perception, vous serez probablement surpris en découvrant que, regardant la même image que vous, il n’y voit pas les mêmes choses, il met en valeur des détails que vous n’aviez pas vus et qui sont pour lui évidents et importants. Cette expérience nous permet de découvrir qu’aucun de nous ne voit tout ce qu’il y a à avoir. Chacun voit une partie qu’il repère en fonction de ses priorités à lui. De ce fait, à plusieurs, nous en, voyons davantage et pouvons devenir complémentaires.

Alors pourquoi donc continuons-nous à vouloir imposer notre point de vue ? Peut-être parce que nous avons peur d’avoir tort, d’être dévalorisés à nos propres yeux ou qu’on se moque de nous. Ou parce qu’on nous a appris que si « l’autre a juste », moi « j’ai faux » ! Or nos deux visions sont justes, mais partielles et donc manquantes !

Pourtant, il suffirait de dire à l’autre : « voilà ce que je vois et ce que comprends, voilà ma position… Et toi, que vois-tu ? Que comprends-tu ? Quelle est ta position ? » Ce faisant, plutôt que de s’affronter pour imposer « ma » vérité, plutôt que d’avoir peur de perdre, nos points de vue différents deviendraient autant de ressources à partager, de motifs de fierté d’avoir progressé ensemble, et autant d’occasion d’affûter ou d’ajuster notre regard.

Pour élargir l’espace de nos perceptions et pour assainir nos relations, il nous reste à « changer de logiciel »  :

  • Consentir au fait que je ne perçois pas la réalité telle qu’elle est : je perçois la réalité à travers mon regard, mes attraits, mes rejets, mes peurs…J’en ai une perception légitime, mais partielle et partiale.
  • De ce fait, l’autre différent n’est plus un rival, mais une ressource : détendu et accueillant, je peux voir ce qu’il voit et que je n’avais pas vu : nous devenons complémentaires !
  • Nous ne somme plus dans une logique du « ou-ou » : ou j’ai raison, ou j’ai tort ; ou c’est moi ou c’est toi qui a raison et qui gagne… Nous entrons dans une nouvelle logique du « et-et »: je prends ce que je vois ET ce que tu vois de différent, je garde ce que je pense ET j’accueille ce que tu penses… Le « ou-ou » construit des murs, le « et-et » ouvre des portes et élargis l’espace
  • Nous pouvons continuer à coopérer, même dans la tension et le désaccord : « j’ai ma version des faits, tu as ta version des faits. Dans l’accueil réciproque de ces visions différentes, nous allons construire ensemble une troisième version des faits enrichie. Comme l’artisan ou l’artiste assemble les pièces différentes ou les couleurs pour construire son œuvre ; comme le cuisinier assemble les ingrédients pour cuisiner un plat. Il s’agit de bien plus que de trouver un compromis –même si c’est déjà bien ! – : grâce à nos différences, nous allons devenir ensemble acteurs et créateurs de solutions innovantes.

Marc THOMAS, Consultant Formateur en Compétences relationnelles,
9 février 2016

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La vie : un apprentissage permanent

‘Apprendre la vie’, ou ‘apprendre à vivre’, est une nécessité qui s’impose à chaque être humain sur notre planète terre. Le ‘savoir vivre’ n’est pas une qualité innée ; il s’apprend et il s’acquiert au long des années et des expériences vécues.

L’éducation est première dans cette découverte et dans la mise en œuvre de ce mode de vie qui anime et rend fructueuses et fraternelles les relations humaines. Ces relations sociales s’inscrivent dans des principes qui doivent être reconnus et acceptés : la liberté et la démocratie.

‘Réussir sa vie’ implique alors un apprentissage quotidien du ‘savoir vivre’. Pour ne pas tomber dans le piège d’une vie seulement instinctive comme celle des animaux, l’homme et la femme de bonne volonté choisissent de faire preuve d’intelligence dans leurs choix qui engagent leur ‘façon de vivre’ en société. Ce travail sur soi concerne tous les moments et tous les contextes de la vie que nous voulons pour nous-mêmes, pour nos familles, pour nos sociétés.

Dans la recherche légitime de la vie heureuse et paisible pour tous, de très nombreuses pistes s’ouvrent à ceux et celles qui ont à cœur cet objectif. En voici quelques unes qui nous interpellent chaque jour ; elles nous invitent à apprendre et à réapprendre, dans le but recherché obstinément d’un ‘mieux vivre ensemble’.

Apprendre et réapprendre :

  • Réfléchir objectivement avant les décisions qui ouvrent l’avenir meilleur
  • Se laisser guider par le bon sens vers l’intelligence de l’esprit et du cœur
  • Agir avec la conscience de la justice dans la vérité
  • Respecter l’autre différent dans les libertés individuelles
  • S’écouter pour mieux se connaître et mieux se comprendre,
    pour mieux s’accepter et mieux s’apprécier
  • Partager fraternellement en priorité avec les plus petits
  • Rechercher sans cesse le bien, le beau, le bon
  • Construire la vie sociale sur les bases d’une éducation exigeante
  • S’engager résolument en vue du bien commun
  • Favoriser l’épanouissement humain, psychologique et spirituel de chacun
  • S’entraider de façon efficace pour consolider le lien social
  • Donner le bon exemple à la jeunesse
  • Donner la primauté à l’amour qui fait le bonheur de vivre
  • Reconnaître humblement ses erreurs et vouloir changer
  • Affronter l’adversité avec courage et persévérance
  • Assumer la responsabilité de ses choix
  • Refuser le laisser-aller et le n’importe quoi
  • Refuser le mensonge et renoncer à dominer l’autre
  • Refuser la compromission avec le Mal, l’orgueil et l’égoïsme
  • Refuser la démagogie destructrice et malhonnête
  • Refuser la recherche insensée d’une consommation éphémère
  • Refuser la course effrénée vers le sexe ou l’argent

Cette liste reste ouverte à la ‘prise de conscience’ de celui qui veut faire régner le bonheur sur la terre. Le renouveau de la vie individuelle donne à la société la possibilité de progresser dans le bon sens. Il s’agit de construire ensemble une vie meilleure pour tous. Aux bonnes œuvres, citoyens !

ChristianPère Christian CHASSAGNE
Aumônerie Réunionnaise en Métropole
8 Avenue des Chardonnerets, 91600 SAVIGNY SUR ORGE
09.80.87.06.50 / 06.64.94.99.51 / coco1152@hotmail.fr

Pourquoi ?

Couverture2Une simple injure, probablement raciste, a suffit à déclencher un « coup de boule »  violent de Zidane sur un autre footballeur. A 10 mn de la fin de son dernier match international, en finale de la Coupe du Monde, au lieu d’être fêté par toute une foule, il quittait le stade exclu, la tête basse…. Pourquoi ?

Une pulsion sexuelle (si les faits étaient avérés) ou une manipulation perverse fait basculer un grand de ce monde accusé de crime. Il se retrouve menotté à la face du monde, plutôt que candidat à l’élection présidentielle… Pourquoi ?

Des stigmatisations ou des mal-être identitaires entraînent jusqu’au terrorisme. Chez nous, un lycéen poignarde son professeur ou l’un de ses camarades plutôt que de se découvrir capable de construire son identité autant que son avenir… Pourquoi ?

Un désir de puissance inassouvi conduit au harcèlement à l’école ou dans l’entreprise, ou à une conduite criminelle en voiture … Pourquoi ?

Des critères de rentabilité conduisent à faire pression sur des salariés jusqu’au suicide, ou à faire passer au second plan, parfois, la qualité des soins à l’hôpital… Pourquoi ?

 Le chacun-pour-soi nourri par une société de compétition suscite des conduites d’écrasements de l’autre pour être le premier à tout prix, et tant de violence dans des relations humaines. Chacun cherche à avoir raison sur l’autre, parfois à instrumentaliser ou à posséder l’autre… Pourquoi ?

Pourquoi ? Parce que nos instincts et nos pulsions demeurent toujours en nous à l’état sauvage, surtout si nous n’avons pas eu l’occasion d’apprendre que nous pouvons les canaliser. Parce que les frustrations peuvent nous rendre humains quand elles déclenchent notre motivation à rechercher ce qui nous manque ; mais elles peuvent aussi nous rendre inhumains quand elles se transforment en agression pour avoir tout, tout de suite et à tout prix. Parce que même quand tout nous sourit, nous ne sommes pas à l’abri d’une erreur ou d’une manipulation.

La mise en œuvre de deux conditions doit permettre de choisir d’humaniser nos pulsions et nos frustrations :

  • partout où nous vivons, choisir de restaurer le primat de la solidarité sur le chacun pour soi ;
  • faire de l’apprentissage des compétences relationnelles une matière fondamentale dans l’éducation : apprendre que les relations sont plus productives quand elles sont sereines est aujourd’hui aussi important que d’apprendre l’informatique.

C’est urgent !    C’est possible…                                                            

Marc THOMAS, Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
mai 2011

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Sortir de la COLÈRE et traiter les BLESSURES

Couverture2SUBMERGÉS !

Parfois, les émotions négatives et les blessures sont si fortes que nous avons l’impression qu’elles nous envahissent totalement. Comme si notre force de vivre était anéantie par la douleur ou par la colère. Dans ces situations, il est nécessaire de vider le trop plein en laissant s’exprimer les ressentis douloureux. C’est la seule manière de désinfecter les plaies ouvertes ! Pour qu’elles se vident et laissent place à l’extension de notre être intérieur et de nos valeurs d’autonomie et de liberté momentanément contraintes. Laisser sortir ces sentiments quand ils se présentent, et tels qu’ils viennent…

DE VIELLES BLESSURES SE RÉVEILLENT

Quand nous nous donnons le droit de vivre une colère légitime, cela nous renvoie parfois à des évènements du passé très douloureux, mais qui n’ont pas été traités, peut-être parce que, à l’époque, nous ne nous sommes pas donnés le droit à la colère : nous l’avons enfouie ou elle nous a été interdite…

Cette résurgence d’évènements du passé dans une blessure d’aujourd’hui est souvent très éprouvante. Mais elle est aussi le signe que nous sommes maintenant mûrs pour nous en libérer : la colère d’aujourd’hui a ouvert la voie à d’autres libérations. C’est ce que j’appelle les mines antipersonnel, témoins de combats du passé, qui se réveillent chaque fois qu’un évènement semblable survient et les réactive… jusqu’à ce nous acceptions de les traiter, et donc de nous en libérer.

VIDANGER LA COLÈRE ET LA DOULEUR

Blessure d’aujourd’hui ou blessure du passé… La manière dont nous les exprimons n’est pas une parole raisonnée et distanciée. Car c’est le cœur qui parle sans être régulé par le mental. C’est un déversement d’affects, comme un vomissement qu’il faut laisser venir : nous vidons, nous « vidangeons » tout ce que nous n’avons pas digéré aujourd’hui ou jadis, nous nous libérons enfin, par la parole, les larmes, les cris parfois, de ce poids sur l’estomac que nous portons parfois depuis tant d’années, consciemment ou inconsciemment…

Parfois nous avons peur d’être submergés par la douleur ou par la colère si nous l’exprimons et de dire ou faire n’importe quoi. Nous pouvons aussi avoir peur des réactions des autres et de leur jugements… Alors, plutôt que de nous laisser aller à vider et à « vidanger » le trop plein émotionnel, nous l’enfouissons en nous et nous nous réfugions dans le silence et le mutisme. Nous restons parfois des années dans le malaise, rongés de l’intérieur par l’insupportable que nous avons enfoui. Comme si nous gardions des aliments avariés plutôt que de les vomir, jusqu’à l’intoxication alimentaire et à l’empoisonnement destructeur… De même nous préférons parfois garder en nous l’insupportable qui va nous ronger de l’intérieur et nous pourrir la vie. Nous nous taisons, pendant des années peut-être, notre souffrance ou notre rancœur nous mine de l’intérieur, et nous la ruminons. Finies la motivation, l’enthousiasme et la joie de vivre : nous voici aigris, dépressifs, acariâtres ou violents. Et même notre corps peut en être atteint jusqu’à de graves somatisations.

SORTIR LIBRE DE LA VIOLENCE

Oser « lâcher tout ça », quand ça vient parce que c’est mûr, c’est la seule solution pour traiter la colère et les blessures ! Vider et « vidanger », sans nous préoccuper des formes : laisser venir comme ça vient, sauf la violence… Lâcher par écrit ou par oral, selon le besoin du moment et ce qui nous permet d’être le plus vrai. Exprimer par des mots, des larmes et d’autres manifestations émotionnelles, si possible en présence d’une personne de confiance qui saura accueillir et nous aider à canaliser le trop plein : sans le prendre sur elle, sans le minimiser ni donner de conseils, elle est présente à nos côtés, d’une présence bienveillante, à l’écoute avec empathie, témoin à la fois de l’expression de notre douleur ou de notre colère et de cette vidange libératrice…

Seule réserve quand nous vidons la colère et la douleur : pas de violence, ni sur nous, ni sur les personnes ou les objets qui nous entourent. Si la souffrance nous a « cassés », et que nous « cassons » à notre tour, nous restons prisonniers du cercle vicieux de la violence au lieu de nous « réparer ». Il s’agit bien de sortir la colère qui nous habite, sans la projeter sur les autres. Nous ne la déversons pas pour régler des comptes mais pour nous libérer intérieurement. Non seulement sortir la colère, mais aussi sortir DE la colère ! En vidant la colère sans chercher à atteindre qui que ce soit, nous ressentirons le relâchement de la fin d’un combat, et un sentiment de liberté. Et nous assisterons, étonnés, au commencement de la cicatrisation de nos blessures.

Plus tu pourras écouter et exprimer ta colère sans accuser l’autre,
plus ta liberté reprendra sa place.

Plus tu écouteras ta tristesse,
plus tu pourras dénouer l’attachement  dont tu sors blessé.

Plus tu écouteras ta déception,
plus tu découvriras que l’énergie déployée dans cette situation n’est pas peine perdue,
car elle a développé en toi la force de te protéger,
de dire non et de renforcer tes choix…


PDF1Marc THOMAS
, Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
25 août 2015

Des stratégies pour gérer les conflits

A la demande de l’université de Sherbrooke, au Canada, Marc THOMAS a écrit un article intitulé : « Choisir les stratégies adaptées pour gérer les conflits », publié dans la Revue de Prévention et de Règlement des Différences de la Faculté de Droit de l’Université de Sherbrooke à l’automne 2005.

La table des matières de cet article est la suivante:

  1. Le Conflit : Risque et opportunité
  2. Détermination et adaptabilité sont constitutifs de l’être humain
  3. Des positionnements et stratégies spontanés en situations difficiles
  4. Des positionnements et stratégies travaillés en situations difficiles
  5. Antipathie, « sympathie », apathie, empathie
  6. Transformer la violence en conflit
  7. Passer de la violence au conflit
    Conclusion
    Bibliographie

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Mal-être au travail

Couverture2Des suicides répétés dans une grande entreprise française remettent sous les feux des projecteurs le stress et le mal-être au travail.

Je ne connais pas de l’intérieur France Telecom, mais je connais un peu plus d’autres contextes professionnels.

Dans le monde hospitalier par exemple, je décèle des contradictions croissantes qui génèrent des tensions parfois insupportables : contradiction entre une nécessaire gestion économique (qui exige des restrictions pour sauvegarder notre système de protection sociale) et une aussi nécessaire gestion de la qualité des soins (qui exige d’accroître les moyens humains et matériels). Des cadres et des personnels hospitaliers sont écartelés dans cette contradiction.

Une personne qui travaille dans une structure d’accompagnement vers l’emploi m’écrit ces jours-ci : « (Après les restructurations), les conditions de travail se sont encore plus dégradées que par le passé,… moi qui croyais que nous avions déjà touché le fond… »

Bien souvent ces contradictions qui écartèlent sont inévitables. Mais elles ne sont pas les premières causes de mal-être. À France Telecom, c’est la pression d’un management inhumain qui est pointée.

Il ne sert à rien d’envoyer des salariés en formation pour apprendre à gérer leur stress si on ne fait pas baisser les générateurs institutionnels de stress, et si on ne restaure pas d’abord dans l’entreprise des instances de communication et de débat respectueuses des personnes, mais aussi de la démocratie.

Dans les établissements de soins, les équipes où le management favorise la communication et le dialogue voient diminuer de 30% le nombre de congés maladie.

Marc THOMAS, Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
octobre 2009

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Transformer nos barrières en pistes d’envol

Dev-Hum-Couverture1Souvent, j’écoute des personnes me dire à quel point elles aimeraient changer… Mais elles ajoutent aussitôt que c’est impossible : leurs défauts ou leurs incapacités, le jugement ou la pression des autres, les bonnes résolutions toujours impossibles à tenir… Et finalement la désespérance et le sentiment d’échec : « Je suis comme ça », « c’est ma nature », « je n’y arriverai jamais »

Je me suis souvent dit cela pour moi-même à une période de ma vie, en particulier par rapport à mon stress et surtout mon agressivité.

Mes bons amis me disaient parfois : « Nous apprécions ce que tu es, mais quand tu n’es pas d’accord, tu as des mots qui tuent, tu deviens agressif, et si une personne « ne te revient pas », tu lui règles son compte de manière blessante. »  Lorsque mes amis me le disaient, je savais que c’était vrai. Mais sur le moment où mes paroles étaient agressives et blessantes, je ne m’en rendais pas compte : tellement envahi par mon stress ou mon énervement, je ne pouvais pas percevoir l’impact de mon attitude sur l’autre. Combien de fois ai-je dit : « Je suis comme ça, je ne peux rien y changer… » J’étais déçu de moi-même, et en même temps je demandais aux autres de me prendre comme j’étais et de ne pas y faire attention… Mais cette agressivité blessante restait une barrière relationnelle, et je ne voyais pas comment en sortir.

Et puis des évènements importants m’ont conduit à faire un travail accompagné sur moi-même… J’ai cherché les causes de mon stress, de mon énervement, et de mes conduites agressives. J’ai découvert que ces « barrières » relationnelles n’étaient que la manifestation de mes peurs, de mes mal-être et d’un manque de confiance en moi. Si bien que tout désaccord ou toute attitude qui venait me contrarier m’apparaissait comme un danger pour moi, et surtout une remise en cause de ma personne. Envahi d’un sentiment d’insécurité qui alimentait mon stress, je me défendais par l’énervement et l’agressivité…

J’ai écouté ces peurs, ce stress, ce sentiment d’insécurité… J’en ai cherché les origines dans mon histoire personnelle… J’ai identifié mes besoins, mes aspirations… J’ai nommé mes capacités et mes limites, mes solidarités et mes contextes de vie favorables ou défavorables…Alors que jusqu’à présent, je m’étais trop laissé guider par les orientations et les décisions des autres, je me suis mis à interroger mes choix et mes enjeux, à affirmer mes valeurs, mes objectifs et mes projets… Comme par hasard, dans cette écoute accompagnée de moi-même, j’ai vu grandir mon estime, à la fois de moi-même et des autres… J’ai appris à me protéger de ce qui me portait atteinte… et j’ai vu se développer ma confiance en moi.

Comme dans les histoires de vases communicants, l’estime et la confiance en moi se développaient, et automatiquement, sans effort, mon stress et mon agressivité se dissolvaient. Les personnes que je rencontrais me disaient : « Tu sais nous écouter maintenant ; quand tu n’es pas d’accord, on peut discuter avec toi sans se faire rembarrer ; et tu parais plus calme et plus serein ». Depuis, l’écoute et les relations humaines sont devenues mon métier, on me sollicite pour traiter des conflits et pour être médiateur…. Et quand j’anime des formations sur la gestion du stress et de l’agressivité, des participants me disent parfois : « j’ai l’impression que vous connaissez bien ce dont vous parlez ! » Mes anciennes barrières d’agressif se sont ouvertes par un travail sur moi et sont devenues la piste d’envol de mes activités d’aujourd’hui et surtout de mon bien-être quotidien.

Bien sûr, ce travail est sans cesse à poursuivre. Lorsque je suis fatigué ou lorsque je suis confronté à des situations déstabilisantes, je sens mes vieilles ornières revenir… Je sens les barrières du stress et de l’agressivité qui risquent de se refermer. La grande différence avec le passé, c’est que je sais aujourd’hui : je sais que la situation difficile que je vis n’est pas la cause de mon stress et de mon agressivité : elle n’en est que le déclencheur. La cause du stress et de l’agressivité est en moi et ne parle que de moi, de mes limites, de mes peurs, de mon sentiment d’insécurité. Les écouter et les nommer me permet de mettre des limites, de me retirer avant d’agresser, de me reposer avant de traiter le problème… Je peux aussi transformer le reproche que j’ai envie d’adresser à l’autre en affirmation de mes limites et de mes choix, de façon sereine et constructive. Je n’y arrive pas toujours et je laisse parfois échapper des paroles qui font mal… Mais sachant que ça parle de moi, je n’en accuse plus l’autre et je peux plus facilement lui proposer de restaurer la relation.

Pour chacun de nous il en va de même : nos barrières ne s’ouvriront jamais par des résolutions à prendre, par exemple pour « faire des efforts pour être plus gentil ou moins agressif » : vous savez bien que ce genre de résolution ne marche pas quand reprend la pression du quotidien ! Alors pourquoi continuez-vous à en prendre ? Vos cœurs deviennent les cimetières de vos résolutions non tenues, envahis des fleurs fanées de vos désespérances sur vous-mêmes ! Et vous finissez par vous enchaîner vous-mêmes à vos propres barrières, vous croyant incapables de changer et même d’avancer ou mettant sur le dos des autres ou de la société la responsabilité de vos échecs…

Pour en sortir, portez un regard bienveillant sur vous même en arrêtant de vous faire des reproches ou de vous dire incapables. Écoutez vos barrières et cherchez leurs causes en vous et non en l’autre… Écoutez aussi vos aspirations. Faites-vous accompagner si nécessaire par quelqu’un qui ne vous donnera pas de conseils, mais qui saura vous guider vers le meilleur de vous-même et vers la confiance en vous. Et vos cœurs deviendront la source vive de votre confiance et de vos choix, la pépinière de vos objectifs et de votre « devenir humain ». Regardez la photo qui illustre cet article : c’est sur les épines que les fleurs ont poussé ! C’est à partir de nos barrières que chacun de nous peut construire ses pistes d’envol. Il suffit de croire en soi ! Chiche ?

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
février 2015

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Opportunité du conflit

Couverture2Sur un parking de supermarché, à St Denis de la Réunion, je repère une place ombragée, un peu étroite car le 4×4 voisin a empiété sur la place que je convoite. Je me gare, ma voiture ne gêne pas le conducteur du 4×4, mais son regard est menaçant…

Lui : « Vous ne pouvez pas vous garez ailleurs »
Moi : « c’est la seule place à l’ombre, et je ne gêne pas l’ouverture de vos portes »
Lui : « Mais la place est trop petite pour vous garer »
Moi : « Pas trop petite, mais étroite car votre véhicule est garé sur deux places de stationnement »

Lui  (peau noire d’un cafre réunionnais) : « Vous n’êtes pas chez vous ici ! »
Lentement, je sors alors de ma voiture, je m’approche de lui…
Moi  (blond aux yeux bleus métro-zoreil !) : « Pour moi, tous les êtres humains sont chez eux sur cette terre. Si vous arriviez dans ma région d’origine, je vous dirais : Bienvenue, vous êtes chez vous ».

Lui  (surpris) : « Et vous êtes d’où ? »     Moi : « De Lorraine. »
Lui : « Et moi je suis de Vendée… J’y repars ce soir.»
Moi (surpris à mon tour !) : « Ah bon, et où en Vendée ? »
Lui : « à… (je ne nomme pas la ville ici par discrétion) »

Moi : « vous êtes là-bas depuis longtemps ? »
Lui  « Ca fait 10 ans que je travaille là-bas.. »
Moi : « J’imagine qu’en Vendée, vous vous êtes senti discriminé parfois… Certains ont dû vous faire comprendre que vous n’étiez pas chez vous là bas… »
Lui : « Oui, ça c’est vrai ! »
Moi : « Tout homme est chez lui, n’importe où sur la terre. A condition qu’il n’arrive pas en conquérant ! »

Lui : « Mais vous faites quoi ici ? »
Moi : « Je suis venu travailler avec des réunionnais sur les relations humaines et la gestion de conflits. »
Lui : (grand sourire) « Moi aussi j’ai fait une formation à la gestion de conflit pour le boulot car je suis passé chef d’équipe. »

Moi : « Alors vous et moi, nous savons que c’est en se parlant qu’on règle les conflits ».
Lui : « C’est vrai ! Mais ce n’est pas toujours facile. »

Moi : « Allez, bon retour en Vendée ! Saluez les vendéens pour moi : c’est le pays où j’allais en vacances quand j’étais petit ! »

Lui et moi, nous nous serrons la main avec un grand sourire !

Marc THOMAS, Consultant-Formateur en « Compétences relationnelles »
février 2012

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La violence a ses raisons que la raison ne connaît pas

Couverture2Dénoncer la violence ? Réprimer les violents ?
Si cela suffisait, ça se saurait !
Et si les contextes éducatifs étaient aussi générateurs de violence…

La violence des jeunes : un préjugé

Violence, jeunes, banlieues, collèges, lycées… Ces mots sont souvent associés dans le vocabulaire courant, et par des généralisations hâtives : « les jeunes » (quels jeunes ? tous ?) seraient violents… Les collèges ou lycées seraient ingérables… Les quartiers sensibles seraient des coupe-gorge… Sur de telles associations gratuites ou généralisations stéréotypées se construisent les peurs, les appels au sécuritaire et à la répression, les prises de pouvoir rigides… et les contre-pouvoirs violents qu’elles engendrent.

Qu’est-ce qui pousse des jeunes, dans certains contextes, à faire violence aux autres, et à eux-mêmes ?

La violence n’est pas l’apanage des seuls jeunes : la violence routière, les conflits de voisinage, les exactions de toutes sortes, les détournements de fonds ou trafics d’influences, les conflits locaux ou internationaux… sont le fait des générations qui les précèdent. Les médias en rendent compte à longueur de journée.

Il n’y a pas de violence gratuite

Dans leur entourage immédiat, certains jeunes n’ont connu que des adultes violents, verbalement ou physiquement. Ils n’ont jamais eu l’occasion d’apprendre que les légitimes tensions et conflits peuvent se régler autrement que par la violence. Sans les excuser, il suffit de leur permettre d’apprendre qu’il existe des lieux et des relations où il n’est pas utile de crier pour être écouté, ni de frapper pour demander. La véritable prévention est accompagnement dans l’apprentissage d’un style de relations humaines qu’ils ne connaissent pas.

La violence de certains jeunes est liée au passage de l’adolescence. Cette période est marquée par des tensions intérieures violentes. Personne ne passe de l’enfance à l’age adulte sans s’essayer à la transgression. La véritable prévention est ici accompagnement à l’apprentissage de l’autonomie : cette autonomie qui permet d’apprendre à faire ses propres choix, à tirer leçon de l’échec ou de l’erreur, et à choisir de respecter par soi-même les lois de la vie en société.

On entend dire souvent que les parents démissionnent. C’est faux : on ne démissionne que de responsabilités déjà assumées. Or ces parents, souvent eux-mêmes marqués par l’instabilité, la précarité ou l’échec, se trouvent totalement démunis devant des bouleversements qu’ils ne comprennent pas et devant leurs enfants qu’ils ne reconnaissent plus : comment pourraient-ils y faire face ? Ils ne peuvent réagir autrement que par l’impuissance absolue ou par la violence destructrice.

La « constellation » des instances éducatives

Dans son éducation elle-même, un jeune se trouve au centre d’une « constellation » de lieux et d’instances éducatives : à la maison, ses parents ; à l’école, ses professeurs ; dans le quartier, la bande et les divers services et travailleurs sociaux. Sans compter les pouvoirs publics… Chaque lieu ou chaque instance a sa propre « culture » : ses propres valeurs, ses règles, ses codes, ses contraintes, ses projets… Au centre de cette constellation, le jeune est soumis à toutes ces influences. On entend dire souvent que les jeunes n’ont plus de repères. Ils en ont trop au contraire, et comment s’y retrouveraient-ils dans ce foisonnement de repères imposés et souvent contradictoires ?

A la maison, des parents crient tout le temps, imposent des règles indiscutables ou laissent faire… A l’école, l’équipe éducative demande d’autres règles de communication et de respect, elle évalue la réussite ou l’échec de chacun, elle veut développer l’autonomie et l’initiative… Dans le quartier, les travailleurs sociaux cherchent à rejoindre les jeunes tels qu’ils sont et à accompagner leurs débordements… Dans la rue, le plus fort est le chef, et toute rupture de la solidarité de la bande entraîne l’exclusion violente…

Des jeunes victimes de l’incohérence des adultes

Ce ne sont là que quelques exemples, loin d’être exhaustifs. Mais il faut reconnaître que les exigences des uns ne sont pas toujours cohérentes avec celles des autres.

De plus, ces diverses instances éducatives, qui s’adressent aux mêmes jeunes, sont souvent dans l’ignorance l’une de l’autre. Peu de travailleurs sociaux et d’enseignants se connaissent et se concertent. Le dialogue parents-enseignants est souvent difficile. Les tensions de la rue résonnent parfois jusque dans l’école, et les adultes n’ont pas les éléments nécessaires pour les décoder.

Enfin, beaucoup de ces instances éducatives appuient leurs interventions sur leurs propres conceptions. Il faudrait nuancer cette affirmation, car bien des adultes cherchent à se mettre positivement à la disposition de la croissance des jeunes. Mais les parents réagissent souvent comme ils ont été eux-mêmes éduqués. Les professeurs ont des contraintes de programme, de classes surchargées et de critères de réussite. Les travailleurs sociaux n’ont pas toujours les moyens suffisants et adaptés pour réaliser leurs projets. La bande assure son existence en se protégeant du danger d’autres bandes. Et la police réprime pour assurer la sécurité publique… Dans ces contextes, qui a vraiment toujours les moyens de prendre en compte le jeune tel qu’il est ? de s’interroger sur ce qui est bon pour lui, sur ses centres d’intérêt et sur ses possibilités de réussite non encore envisagées ?

Au centre de cette constellation d’autorités souvent contradictoires, le jeune, déjà fragile, est « tiraillé » en tout sens ; il risque de n’entendre que la voix du plus fort. Au milieu de tant de repères incohérents, il ne peut se construire dans l’autonomie, ni faire émerger ses choix sur des bases solides.

Quelques pistes constructives

 Ces constats sont pessimistes. Une fois encore, il faudrait les nuancer. Mais l’explosion de la violence révèle qu’ils ne sont pas totalement hors de propos. Pour ouvrir des perspectives constructives dans un tel contexte, il nous semble que quatre pistes sont à explorer et mettre en œuvre :

  • analyser la violence de certains jeunes comme la conséquence d’une violence subie : les personnes violentes sont toujours responsables de leurs actes ; par contre, elles ne sont pas responsables des contextes et des attitudes éducatives incohérentes qui les ont empêchées de se construire. Si la seule répression des actes de violence suffisait à régler les problèmes, cela se saurait ! Il s’agit d’abord de travailler sur les causes – souvent externes aux jeunes eux-mêmes – qui engendrent les conditions de développement de la violence chez les êtres les plus fragiles.
  • travailler à la cohérence des systèmes éducatifs : en améliorant la communication et la confiance entre les parents, les enseignants, les travailleurs sociaux, les pouvoirs publics… En cherchant une complémentarité dans leurs interventions et « politiques » éducatives, sans demander à chacun de faire le même « métier ». Engager de vraies concertations. Entendre et chercher à comprendre les différences de chacun, non pour les gommer, mais pour vérifier leurs complémentarités.
  • rejoindre l’intérêt du jeune pour développer sa motivation à se construire : des travailleurs sociaux s’interrogent devant le petit nombre de jeunes qui rejoignent leurs structures ; des professeurs se lamentent devant l’absence de résultats de leurs efforts pédagogiques ; des parents ne savent plus « par quel bout » prendre leurs jeunes… Et chacun à sa manière renvoie au jeune des images négatives et finalement destructrices : elles ne font que renforcer la stigmatisation d’échec… et donc le besoin d’exister autrement, souvent par la violence envers soi-même et envers les autres. Mais, par exemple, lorsqu’un professeur prend le temps de découvrir et de valoriser les intérêts du jeune, même s’ils sont extra-scolaires, il n’est pas rare qu’il voit ce jeune se re-motiver. Simplement parce qu’on s’est intéressé à lui et qu’il a pu révéler une image positive de lui-même.
  • apprendre aux jeunes la légitime diversité des codes relationnels : on ne parle pas à son père ou à son professeur comme à son copain. Les jeunes mettent une casquette dans la rue comme signe identitaire, mais s’ils se présentent ainsi devant un patron, ils risquent de manquer l’embauche espérée. Dans la rue, ils parlent fort pour se faire entendre, et parce que règne la loi du plus fort ; mais à l’école, un verbe trop haut sera perçu comme agressif, et empêchera le jeune de découvrir qu’il existe des lieux où il n’a pas besoin de crier pour se faire entendre ! Il ne s’agit pas de rêver à l’universalité de codes valables pour tous, mais d’apprendre, en même temps que l’autonomie, le sens de l’adaptation nécessaire à toute relation. Sans oublier que cette adaptation est réciproque et concerne aussi les éducateurs ! Encore faut-il, pour cela, prendre le temps de s’expliquer et de comprendre les raisons des comportements différents.

La violence est toujours subie avant d’être agie. Sans excuser les transgressions ni déresponsabiliser les personnes, l’ « éducation » (au sens premier de « conduire hors de ») consiste toujours à libérer tout être humain, même le plus violent, à le « conduire hors » des poids et déchirures qu’il subit.

Marc THOMAS, Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
Mai 2003

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