Archives du mot-clé prendre soin

Comment fait-on pour APPRENDRE à S’AIMER SOI ?

Question d’une amie… Question de tant et tant de personnes…
Merci à toi qui m’as posé la question de m’avoir donné, en te répondant,
l’occasion et la permission de le partager à d’autres !

CHERCHER LA PÉPITE DERRIÈRE LA DOULEUR

Ton visage portait la souffrance… Tu étais fatiguée, déprimée…
Je t’ai proposé de chercher ce qui se cachait derrière ta souffrance,
et derrière cette posture de victime qui ne te convenait pas.
Et tu as osé nommer des mots précis,
exprimant ta richesse intérieure à toi, unique et spécifique,
ton désir, celui qui ne parle que de toi…

Nous l’avons appelé ta « pépite », qui surgissait alors du fond de toi
où elle était bien enfouie pour se protéger de la violence subie…
Cette « pépite » qui habite chacun de nous
et que jamais aucune souffrance ne peut détruire !

Aussitôt ton visage s’est illuminé…
Tes proches l’ont remarqué dans les heures suivantes.
Et tu m’as dit plus tard que tu prenais plaisir à te regarder dans le miroir…
S’aimer soi, ça doit ressembler à ça !!!

APPRIVOISER TON LOUP

Chacun de nous porte en lui un « loup ». J’appelle « loup » ce qui me fait souffrir, ce qui risque de me faire sombrer, cette force destructrice, de moi ou de l’autre, qui risque souvent de me conduire à des paroles ou à des actes contraires à mes valeurs…

Souvent nous nous battons contre notre « loup »,
nous voulons le faire taire, nous le prenons en haine…
Si tu te bats, contre un loup, tu es sûr de perdre, et il va te croquer !
La seule solution pour rester vivant, c’est de l’apprivoiser.

Apprivoiser ton loup, c’est à dire l’accueillir…
Accueillir ce qu’il ne sait pas encore dire autrement que par la violence ou la souffrance…
Peut être ce loup n’a jamais été écouté…
Lui demander de te dire sans violence de quel message il est porteur
et l’écouter à  travers ton ressenti et tes intuitions…
L’écouter car il n’est que la face cachée ou l’inverse  de ton être profond…
comme la « pépite » est l’inverse de ta souffrance…
Ton loup est la nuit qui va mettre en valeur ta lumière.
Tu t’aimeras toi quand tu aimeras aussi ton loup (mais pas la souffrance ni la violence),
quand tu l’auras apprivoisé…

TROUVER LES RELATIONS QUI TE CONVIENNENT

Tu peux t’aimer ou te détester
selon les contextes relationnels dans lesquels tu te trouves.
Il y a des contextes relationnels
où tu te sens bien, à l’aise, en confiance,  où tu oses être toi-même…
Et d’autres contextes relationnels
où tu n’es pas bien, tu perds confiance, tu te dévalorises…
Dans ce dernier cas, ne te juge pas, ne juge pas l’autre non plus,
mais demande toi ce qui te convient à toi,
ce dont tu as besoin pour être toi-même, et ce qui t’en empêche…

Nous sommes comme les poissons :
certains ont besoin d’eau de mer, d’autres ont besoin d’eau douce.
Certains ont besoin d’eaux vives, d’autres ont besoin d’eaux calmes…
Et toi de quel climat relationnel as-tu besoin pour être toi?

Pour t’aimer toi-même, sors de ta coquille
sinon tu ne verras de toi qu’un être recroquevillé et donc tout fripé !
Pour t’aimer toi-même, laisse-toi aimer par celles et ceux qui sont sans risque pour toi.
Ose leur parler car c’est en parlant à l’autre que tu te comprends,
et c’est en parlant que tu deviens ce que tu dis…
Chaque fois que tu te mets à parler, tu avances !

Quand tu as trouvé le bon contexte relationnel,
quand tu sens des relations de confiance et de respect,
ose la relation, aime l’autre, et aime-toi…

Aime-toi en aimant l’autre !

Bien à toi…
Marc                         Téléchargez cet article en pdf                                    mthomas@competences-relationnelles.com

Pour poursuivre, relis ce très beau texte attribué à Charlie Chaplin :
« Le jour où je me suis aimé pour de vrai »

Enregistrer

Comment aider ?

Dans des formations à l’écoute, je propose souvent aux participants ce petit jeu : quelqu’un que vous connaissez vient vous dire : « Ma voiture est en panne, sans doute à cause des bougies. Je suis contrarié. Je vais consulter mon garagiste. Si seulement j’étais expert en mécanique ».

Et je demande aux participants : « Que répondriez-vous spontanément à cette personne ? » Et voici quelques-unes des réponses fréquentes : « Veux-tu que je regarde d’où vient la panne ? » ou « Je connais quelqu’un qui est mécanicien et te réparera ça ! » ou « Tu as raison, va chez le garagiste ! » ou « Je peux t’emmener quelque part » ou « Je n’y connais rien mécanique je ne peux pas t’aider » ou « moi non plus je ne suis pas expert en mécanique… » ou « Ne t’inquiète pas, ce n’est pas si grave ! »

En analysant ces réponses spontanées, nous constatons qu’elles sont toutes gentilles et veulent aider la personne… mais aussi que ces réponses parlent d’abord de nous : ce que nous pouvons faire pour lui, ce que nous ferions à sa place…

Mais au fait, pourquoi cette personne vient-elle nous dire cela ? Qu’est-ce qui la contrarie ? De quoi a-t-elle besoin ? En relisant ce qu’elle nous dit, nous constatons qu’il n’y a pas de précisions, ni de demande précise. Alors généralement, chacun y va de son interprétation : « il a peur que la réparation coûte cher »… « il est contrarié parce qu’il ne sait pas d’où vient la panne… ou parce qu’il est en train de rater un rendez-vous important… ou parce qu’il a oublié son téléphone et ne peut pas appeler son garagiste… ou encore il a seulement besoin de parler, il se sent nul de ne pas pouvoir se sortir tout seul de cette situation… » Mais toutes ces interprétations ne parlent encore une fois que de nous, et rien de ce qu’il nous a dit ne nous permet de vérifier qu’elles sont justes !

Alors qu’est-ce qui contrarie cette personne ? De quoi a-t-elle besoin ? Force est de constater qu’il ne nous l’a pas dit… Et nous, nous avons tous une solution à lui donner, sans rien savoir de ce qui le contrarie vraiment et de ce dont il a besoin !!! Cette solution proposée parle d’abord de nous, de ce que nous savons ou pouvons faire pour lui… Certes nous avons été gentils avec lui, mais nous ne l’avons pas écouté !

Cette attitude est si fréquente quand nous voulons aider l’autre ! Avec toute notre bonne volonté nous lui proposons nos propres solutions, sans prendre le temps d’accueillir ce qui le contrarie et ses besoins. Ou bien avec générosité, nous nous préoccupons de ce que nous pouvons faire pour lui plutôt que de nous préoccuper d’abord de sa contrariété à lui et de sa demande. Nous croyons l’apaiser et le rassurer en lui disant : « Ne t’inquiète pas, ce n’est pas grave » sans savoir si c’est grave pour lui ni ce qui est grave.

La bonne solution est simple : elle consiste à lâcher notre réflexe de trouver tout de suite la solution : comment trouverions-nous la bonne solution tant que nous ne connaissons pas ce qui fait problème pour lui ? Il s’agit de se « décentrer » en accueillant l’autre tel qu’il est, en écoutant vraiment ce qu’il dit et pas seulement ce que nous entendons, en lui demandant les précisions nécessaires au lieu de nous lancer dans nos interprétations. Et pour ce faire, deux questions toutes simples et fondamentales :

  • « Qu’est-ce qui te contrarie ? qu’est-ce que ça te fait ? » La plupart du temps en effet, nos difficultés ne viennent pas de ce qui s’est passé mais de la manière dont nous avons réagi : les faits ne sont que des déclencheurs de nos réactions. Et devant le même fait, l’un va réagir avec humour, l’autre avec inquiétude, un troisième avec agressivité… Même si la réaction émotionnelle de l’autre vous surprend et vous paraît démesurée, accueillez-la sans la prendre sur vous, laissez-le mettre ses mots sur sa contrariété : il n’y a pas encore de solution trouvée, mais il est déjà apaisé et rassuré parce qu’il a pu vider son trop plein d’émotion ! Il va pouvoir regarder le problème avec une meilleure distance, il va être plus apte à trouver la bonne solution…
  • « De quoi as-tu besoin ? » Lui seul sait de quoi il a vraiment besoin. Et c’est ce besoin insatisfait qui a déclenché sa réaction et sa contrariété. Souvent il ne réussira à nommer ce besoin que lorsqu’il aura pu « vider » cette contrariété. Une fois son vrai besoin exprimé, vous aurez alors tout loisir de chercher avec lui la manière de satisfaire ce besoin… Et si vous-même n’avez pas la capacité ou la possibilité de répondre à son besoin, vous pourrez alors lui proposer de transmettre le relais à une personne disponible ou compétente…

Essayez ces deux questions… Essayez de vous « décentrer » de cette manière : vous verrez que vous y gagnerez en compréhension et en efficacité. Et que l’autre sera tellement fier d’avoir retrouvé ses moyens, grâce à votre accueil !

Carl ROGERS (le grand psychologue américain du développement centré sur la personne et de l’empathie) parlait de l’écoute centrée sur soi où j’interprète tout à partir de mes points de repère à moi, où  je n’écoute pas vraiment l’autre tellement je suis préoccupé par ce que je peux faire pour lui… Dans cette écoute centrée sur moi, je me pose souvent en sauveur, soumettant l’autre à emprunter mes propres chemins pour sortir de ses problèmes… ou bien je fuis car j’ai trop peur de ne pas savoir, de ne pas pouvoir, de ne pas vouloir…

Carl ROGERS prônait au contraire l’écoute centrée sur l’autre où je me « décentre » vers l’autre, dans une attitude d’écoute et d’accueil de ce qu’il vit, de la manière dont il le vit, et où je cherche à accompagner l’autre à la découverte de ses ressources propres, pour qu’il soit acteur de la solution de son problème…

Maintenant, comprenez-vous pourquoi je préfère remplacer le mot « aider » par le mot « accompagner » ?

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
mars 2017

Téléchargez cet article en pdf

Que faire de mes émotions ?

Nous entrons en relation avec l’autre d’abord par nos émotions : la joie de se retrouver, l’élan, le sourire, les gestes d’affection ou d’amitié… ou bien  la peur, la méfiance, les crispations et raidissements, les cris, les larmes, la colère, la rancœur…

Parfois, un simple regard suffit à nous rassurer ou à nous déstabiliser ; un mot de travers suffit à nous atteindre et à nous mettre dans tous nos états, alors qu’un signe de compréhension peut nous détendre…

Dans les désaccords et les tensions relationnelles, l’agressivité surgit rapidement, avec son caractère contagieux. Agresser, c’est toujours rendre l’autre responsable de mon ressenti difficile ou de l’atteinte qui m’a blessé. Et la violence des mots ou des gestes surgit quand les ressentis blessés de chacun ne sont plus sous contrôle et sont projetés sur l’autre comme des armes.

Comment faire pour éviter ces dérives d’agression et de violence ? Et que faire de nos émotions ?

LES FAUSSES PISTES du silence et de la violence

Certains pensent qu’il faut cacher ses ressentis, se taire et faire le gros dos. Mais cette intériorisation de nos ressentis nous pourrit la vie, se transforme souvent en récriminations qui nous font « macérer » dans l’aigreur, parfois jusqu’au mal-être, à la maladie, au burnout… Et les ressentis que nous avons fait taire restent tapis en nous, prêts à rejaillir douloureusement à la prochaine occasion. Alors il débordent, non à cause de la situation nouvelle, mais à cause de tout ce qui est resté accumulé des précédentes et qui a pourri en nous ! Ou bien ils nous ligotent et habillent de méfiance et de peur chacune des situations à risque ou des relations difficiles. Ou encore ils nous endorment quand nous cherchons dans l’alcool et la drogue des échappatoires mortifères.

D’autres transforment leur ressentis en reproches et en jugements sur l’autre : « Tu m’as blessé… C’est de ta faute… Tu n’as pas le droit… Tu te moques de moi… Tu ne vaux rien… ». Parfois jusqu’à l’insulte et à l’injure, et jusqu’à la violence. Souvent en les démultipliant, par du « ladi lafè » comme disent les réunionnais : des rumeurs que l’on colporte en racontant à notre entourage tout le mal que l’autre nous a fait… Cela ne fait qu’amplifier la colère intérieure et la tension dans la relation : mes reproches à l’autre enclenchent souvent les reproches de l’autre sur moi, et les jugements entraînent d’autres jugements… C’est la stratégie de l’avalanche : plus je ressasse et répète mes reproches et mes accusations, plus ils s’augmentent des commentaires de mes partisans et plus je les amplifie jusqu’à qu’ils occupent tout le terrain et finissent pas tout envahir. Tout cela ne fait qu’abîmer la relation, jusqu’à la détruire, et parfois jusqu’à se détruire mutuellement ou à s’en vouloir encore des années après. Douze meurtres depuis 6 mois dans des relations amoureuses à la Réunion !

CANALISER MES RESSENTIS

Il n’y a qu’une solution pour canaliser mes ressentis : les accueillir comme un message sur moi ou un signal d’alerte pour moi. Mes ressentis ne parlent pas de l’autre ni de ce qu’il m’a fait, ils ne parlent que de moi et de ce que la situation a déclenché en moi : de la joie, de l’espoir, de la tristesse, de la colère, de la peur… Accueillir et écouter ce que ces émotions me disent de moi. Choisir de prendre soin de moi et m’interdire d’en faire des armes pour accuser l’autre. Accueillir et écouter mes ressentis car ils sont toujours vrais, en ce sens qu’ils surviennent sans ma réflexion ni ma volonté, et qu’ils ont toujours des raisons de survenir.

Déguster mes ressentis positifs et m’en nourrir parce qu’ils sont le signe que mes désirs, mes attentes et mes besoins sont satisfaits.

Écouter et prendre soin de mes ressentis négatifs comme on prend soin d’une blessure physique pour qu’elle cicatrise. Plus j’accuserais l’autre de m’avoir blessé en ressassant ma colère, plus j’écarterais ma plaie et plus elle me ferait mal. Mais je peux prendre soin de ce ressenti  douloureux et l’accueillir :

  • en désinfectant la plaie : débarrassé des accusations sur l’autre, je peux me soigner moi-même. Reconnaître d’abord ce qui parle de moi qui n’ai pas pu me protéger, ce que ça réveille en moi comme fragilité ou comme autre blessure ancienne non cicatrisée. Reconnaître ensuite sans jugement ce que je ne peux pas accepter dans les paroles ou les actes de l’autre et les lui « rendre », sans forcément lui en parler, mais en refusant de me laisser polluer par quelque chose qui ne m’appartient pas.
  • en identifiant les vraies causes de ces ressentis douloureux : les vraies causes ne sont jamais l’autre, ni ce qui s’est passé : ceux-ci ne sont en effet que des déclencheurs. Les vraies causes sont toujours en moi : une de mes valeurs qui a été bafouée, un besoin vital insatisfait ou blessé, une impossibilité de me protéger…
  • en trouvant les moyens de restaurer mes valeurs, de satisfaire mes besoins, de me protéger davantage. Non pas d’abord en demandant à l’autre de changer, mais en me renforçant moi-même : en nourrissant mes valeurs, en cherchant comment satisfaire mes besoins par moi-même, ou par des relations plus saines et plus sereines, en apprenant à me protéger des agressions comme on apprend à se protéger du froid, de la chaleur et de tous les risques de la vie quotidienne.

Tes émotions et tes ressentis t’appartiennent : ils sont une parole vraie de ton être profond ! Ne les transforme pas en armes contre toi en les ressassant ou contre l’autre en l’accusant. Accueille-les, écoute-les, laisse venir à toi leurs messages : bienfaisants ou douloureux, ils parlent toujours de vie à protéger et à faire grandir, de peurs à apprivoiser, d’espoirs à réaliser…

Lire aussi : Traverser l’émotion jusqu’au besoin

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
août 2016

Téléchargez cet article en pdf

Devenir des Hommes nouveaux

Couverture2Non, l’année n’est pas nouvelle ! Ce n’est qu’une année de plus…
Comme les autres elle aura son lot de travail et d’investissement, de difficultés et de misères,  d’espoirs et de joies…
Comme les autres années, nos résolutions seront vite oubliées, nos fêtes de fin d’année laisseront place à la reprise de la vie quotidienne avec ses soucis, ses fatigues, ses réussites et ses échecs, ses  bonheurs et ses crises…
Comme les autres années, nous nous souhaiterons l’an prochain une année meilleure que celle-ci…
C’est parce que nous savons bien tout cela que les vœux échangés en cette période sont souvent si fades et si factices, et que beaucoup d’entre nous les vivent comme une corvée ou une démarche artificielle et sans sincérité.

Pourtant parfois, les vœux échangés sont affectueux, sincères et profonds : ils manifestent que nous prenons soin des autres et de nous-mêmes, en ces périodes de fêtes, mais bien au-delà pendant 365 jours..

Alors que disent-ils ces vœux sincères et féconds ? Que souhaitent-ils ? Ils ne souhaitent pas que l’année soit nouvelle et meilleure que la précédente ! Les vœux sincères souhaitent que chacun de nous puisse mettre du nouveau dans sa vie au fil des jours !

Mettre du nouveau dans nos vies… Chercher la nouveauté !

Je ne parle pas de la nouveauté des modes qui nous poussent à changer de look ou à acheter le matériel informatique dernier cri, pour être comme tout le monde, ou même pour être mieux que tout le monde… et pour faire faire des bénéfices aux commerçants ! Cette nouveauté là nous identifie à ce que nous avons et non à ce que nous sommes. Elle nous identifie à l’apparence extérieure que nous voulons donner aux autres et non à la source intérieure qui devrait rayonner du dedans

Je ne parle pas non plus de la nouveauté pour la nouveauté, celle qui nous transforme parfois en girouette changeante, au gré du premier souffle ou de la première influence. Cette nouveauté qui peut nous faire balayer le passé pour aller de déception en déception vers ce que nous croyons identifier comme un nouveau paradis… aussi vite perdu ! Cette nouveauté là est nourrie par une permanente insatisfaction : elle nous déstabilise car elle nous rend dépendants de nos attraits et de nos pulsions plutôt que de nous enraciner dans nos désirs et nos vrais besoins.

La vraie nouveauté est celle d’une vie « nouvelle » : il s’agit de mettre du nouveau dans nos vies… ou mieux encore : de laisser l’appel du neuf surgir du dedans de nous…

Avec moi-même, si je suis dans la routine, le découragement ou le « ras-le-bol », comment retrouver le désir et l’espoir que j’ai fait taire ou que les circonstances de la vie ont verrouillés ? Comment laisser surgir l’énergie qui me poussait jadis à vouloir créer du neuf ?

Je peux mettre du neuf si je quitte le registre des regrets et des plaintes pour choisir celui de la restauration et de la reconstruction : il s’agit de me remémorer ces désirs ou ces espoirs, de prendre le temps de les ré-entendre, de leur donner le droit de s’exprimer à nouveau avec une énergie renouvelée. Car ces désirs et ces espoirs sont souvent enfouis sous les poubelles non vidées de mes erreurs ou de mes épreuves, au point que je les crois  totalement disparus.

Pourtant nous avons tous faits l’expérience d’une rencontre, d’une réussite ou d’un imprévu qui tout-à-coup réveillait nos énergies et nos envies. De même, nos désirs et nos espoirs demeurent en chacun de nous quelles que soient nos blessures,  prêts à donner un souffle nouveau à mes projets, à mon travail, à mes relations, à mes espoirs… Je peux mettre du neuf si je choisis d’y croire envers et contre tout et d’y porter un peu d’attention. Comme un artiste restaure un tableau et fait resurgir le chatoiement initial des couleurs, je verrai resurgir mes désirs et mes espoirs avec leur force de renouvellement et de créativité…

Avec les autres, si je suis dans les tensions relationnelles en couple, en famille, au travail, dans la vie sociale, comment puis-je mettre du nouveau dans des situations souvent bloquées et mutuellement blessantes  ?

Je peux mettre du neuf dans mon comportement si je remplace les accusations de l’autre par une responsabilité partagée de la relation et de ses tensions ; si je remplace les reproches adressés à l’autre par une attention portée sur moi, sur mes ressentis et mes besoins ; si je choisis de quitter les « ruminations » et l’aigreur qui m’empoisonnent la vie pour les remplacer par des propositions de négociation constructive…

Dans l’épreuve, la déprime, la maladie, le deuil… Si je me sens incompris, abandonné, rejeté, méprisé… Si j’ai perdu confiance en moi… Comment mettre du nouveau alors que tout  semble s’effondrer autour de moi ?

Je peux mettre du neuf en quittant le registre de la victime et en choisissant de prendre soin de moi ; en cessant de me lamenter et de me juger moi-même, mais en osant croire que c’est en moi que sont les sources de ce qui me manque ! Pour trouver ces sources, il sera souvent nécessaire de cesser de me recroqueviller sur moi-même pensant que personne ne peut comprendre ce que je vis. Je remplacerai cet enfermement par un choix de parler de mes difficultés à une personne de confiance : non pas pour qu’elle me donne des solutions, mais pour qu’elle m’accompagne dans la recherche en moi-même des sources que j’ai laissé fuir : alors je pourrai canaliser ces sources de façon nouvelle, pour que ces sources qui me noyaient deviennent celles qui irriguent mes énergies de renouveau…

Dans l’enthousiasme et la réussite, la  créativité suscite la nouveauté et fait avancer vers des horizons parfois inconnus.

Cette nouveauté de la créativité peut nous donner des ailes, parfois nous inquiéter quand elle nous entraîne vers l’inconnu, ou encore nous isoler de celles et ceux qui ne marchent pas à notre rythme. Il nous suffira de nous rappeler que la créativité qui rénove et renouvelle n’est qu’une locomotive : elle n’a d’utilité et de sens que si elle est au service des wagons qu’elle a pour mission de faire avancer !

Alors… Plutôt que de se souhaiter un bon Nouvel An, je vous propose de nous souhaiter un bon Nouvel Homme !

Quelles nouveautés souhaitons-nous retrouver en nous ? Quelles nouveautés souhaitons-nous développer par nos attitudes et nos postures, nos travaux et nos amours ? Quelles ressources en nous souhaitons-nous déverrouiller pour faire de nous des femmes et des hommes renouvelés ?

Je vous propose de prendre du temps en ce mois de janvier pour laisser ce questionnement faire en vous son œuvre. Il ne s’agit pas de « mentaliser » ni de réfléchir avec la tête à ces questions : vous reviendriez vite aux lamentations et vous trouveriez vite que les écrivains sont tous les mêmes : ils écrivent des mots qui peuvent faire rêver, mais ce ne sont que des beaux mots impossibles à traduire dans votre réalité !

Quittez donc votre tête pour laisser ce questionnement résonner dans vos cœurs et dans vos tripes : écoutez ce que ces questions font résonner de vos ressentis, vos joies et vos peines ; prenez soin de ce qu’ils révèlent comme besoins, manques et insatisfactions… Puis laissez venir ce qui vient : des souvenirs, des rêves déçus, des espoirs que vous croyiez disparus….

Laissez passer tout cela sans vous y attacher, jusqu’à ce que viennent des envies nouvelles, des désirs, des projets peut-être… Cueillez-les et dégustez-les, même si vous pensez encore (c’est votre tête qui revient parasiter le travail) que c’est impossible et irréaliste…. Dégustez, laisser infuser et macérer…. Alors, dans quelques jours ou quelques semaines, les outils ou les opportunités de les réaliser viendront probablement de façon imprévue au moment où vous ne l’attendiez pas : car « quand l’élève est prêt, le maître se présente » dit un texte d’inspiration bouddhiste. Vous serez alors dans la nouveauté qui vous « re-suscite » !

EN NOUS  : des ressources à retrouver, à renouveler, à décaper, à rénover, à restaurer, à re-susciter

ENTRE NOUS : des relations à dé-tendre, à réparer, à renouer, à reconstruire, à tisser, à réconcilier

Je ne vous souhaite pas une bonne et heureuse année nouvelle !

Je vous souhaite de choisir de devenir des femmes et des hommes bons et heureux parce que vous aurez cru à la nouveauté qui attend de surgir en vous !

Marc THOMAS, Consultant Formateur en Compétences relationnelles,
1er janvier 2016

pdf_button

Mon enfant intérieur

Cette personne m’envoie la photo d’elle quand elle était petite fille et m’écrit :

Elle :
Tu reconnais cette petite fille?
C’est une photo qu’un membre de ma famille a retrouvé. …
Elle me parle beaucoup !

Moi :
Oh oui je la reconnais bien !
Elle te parle de quoi ? (si ce n’est pas indiscret !!!)

Elle : Je ne sais pas trop définir,  j’ai été comme hypnotisée par ce regard fixe et cette figure triste. J’ai eu envie de caresser cette petite fille, de lui donner de la tendresse. De lui dire et donner tout ce que j’aurais voulu que l’on me donne à ce moment de ma vie (sans savoir vraiment si je n’avais pas cela mais  je n’ai pas de souvenir précis de mon enfance, en tout cas pas de moment joyeux et tendre)

En regardant cette photo de nombreuses questions me sont venues.

C’est comme si j’avais pu voir mon enfant intérieur … voilà en quoi cette photo me parle beaucoup.
Maintenant je ne sais pas trop ce que je dois faire avec ça … peut être rien !
En tout cas je la trouve belle cette petite fille !

Moi :
Quand j’ai vu la photo, ça m’a sauté aux yeux immédiatement : la beauté et la souffrance.
Je n’ai rien voulu te dire tout de suite pour ne pas influencer ton regard.
Mais ce que tu m’écris correspond bien à ce que j’ai senti…
Cette petite fille que tu portes en toi depuis toujours… et dont la souffrance émergeait souvent en toi ces dernières années…

Elle est très juste ton envie de « caresser cette petite fille et de lui donner de la tendresse ».
Fais-le, sans réserve !

En lui donnant aujourd’hui la tendresse dont elle a manqué, tu vas lui permettre de cicatriser ses souffrances et de sortir de la tristesse…

Maintenant, cette belle petite fille, cette souffrance ou cette tristesse, tu peux en prendre soin tendrement. Ainsi tu vas les réintégrer et les transformer en énergie dans ton élan d’aujourd’hui…

Chemin de larmes, peut-être, mais chemin de bonheur…

Elle :
Merci, Marc, je suis émue…

Moi :
Bien à toi, Marc…               Jaillissement130x81        mthomas@competences-relationnelles.com

PDF1et merci à cette personne de m’avoir autorisé à partagé cet échange de courrier
pour qu’il puisse servir à d’autres

 

 

En toi est la source de ce qui te manque

Tu as beaucoup d’attentes vis-à-vis des autres. Tu voudrais qu’ils t’écoutent, qu’ils prennent soin de toi, qu’ils répondent à tes demandes, à tes exigences… Tu as souvent l’impression de donner beaucoup aux autres et de ne pas recevoir à la mesure de ce que tu donnes…

Je reviendrai plus bas sur ce que nous pouvons attendre des autres. Mais je veux seulement te rappeler ici que la satisfaction de nos besoins vitaux est toujours de notre responsabilité : c’est la conséquence de notre autonomie et de notre liberté. Et si tu attends tout de l’autre, tu transformes cet autre en « esclave » de tes besoins et de leur satisfaction.

C’est d’abord en toi qu’est la source de ce qui te manque…

Par exemple, si tu as besoin de repos, c’est ton corps et ton esprit qui expérimentent la fatigue, et personne ne peut se reposer à ta place ! Plus tu dis que c’est les autres qui t’empêchent de te reposer, et plus tu amplifies toi-même ta propre fatigue. Lorsque « trop c’est trop », c’est toi, et toi seul, qui a la responsabilité de dire « stop ». Dire que c’est la faute des autres n’est qu’une fausse excuse parce que tu n’as pas osé dire non ou tu n’as pas appris le dire autrement que par la rancœur ou la colère. Si tu as besoin de bien-être, il est de ta responsabilité d’en trouver les moyens : pourquoi remettrais-tu à l’autre les clefs de ton bien-être ?

Autre exemple : tu as besoin d’être reconnu… Ce besoin est légitime… Mais souvent tu attends de façon haletante que les autres te reconnaissent et te valorisent : tu es à l’affût de ce qu’ils vont dire, tu as un énorme besoin de leurs compliments, et tu es fort blessé si cette reconnaissance n’est pas exprimée… Cette réaction douloureuse est aussi le signe que ta propre confiance en toi est fragile… Le jour où tu es allé trouver en toi qui tu es et quelle est ta propre valeur, tu constates que les critiques des autres t’atteignent moins. Tu n’as plus besoin de leur reconnaissance pour aller bien, mais tu la reçois comme un cadeau gracieux et gratuit. Et même tes limites ou tes erreurs ne déclenchent plus ta peur d’être jugé, mais elles deviennent des occasions de complémentarité et de relation constructive.

Même ton désir très (trop) fort de rencontrer quelqu’un n’est pas d’abord un désir de l’autre, mais un besoin en toi… Ceci peut être très clair dans la tête et le mental, mais difficile à ressentir et à vivre dans la canalisation des affects et des manques…

Dans ton attente de vivre une rencontre amoureuse, deux mots très forts se sont imposés à toi : tu as besoin de respect (attentionné, présent, disponible …) et tu as besoin de tendresse (douceur, intimité, délicatesse…). Ces besoins, tu en attends légitimement la satisfaction dans une rencontre. Et pourtant ces besoins parlent d’abord de toi, de ce que tu es, de ce que tu sais apporter à ceux qui te sont proches… Tu sais te rendre disponible et te donner avec délicatesse, dans le respect de la démarche de l’autre… Tu sais donner cela aux autres… mais tu ne sais pas encore te le donner à toi-même…

Le chemin qui te reste à faire est de trouver en toi ce respect et cette tendresse qui t’habitent et dont tu as tant besoin pour toi-même…

Le respect passe par un accueil attentionné de ce qui résonne en toi : ce que tu ressens et ce que tu désires ; ta capacité à nommer et à prendre en compte tes valeurs propres, tes compétences et tes limites ; la confiance que tu t’accordes dans ta manière de percevoir la vie et de te situer au milieu des autres ; le choix de prendre soin de ta santé, de tes rythmes de vie, du minimum de confort dont tu as besoin pour être efficace…

La tendresse passe par une bienveillance envers toi-même, surtout quand tu es confronté à tes limites, à tes erreurs, à tes échecs. Une bienveillance qui proscrit tout jugement sur toi-même, qui analyse les raisons des échecs et te permet d’apprendre de tes erreurs. Une bienveillance et une tendresse qui te permettent de te rappeler que le soleil est toujours présent derrière les nuages, de fêter avec plaisir tes avancées, d’accueillir avec joie les cadeaux relationnels offerts dans les échanges chaleureux avec tes proches…

Quand tu pourras adhérer à cela en profondeur, tu trouveras tes propres mots pour l’exprimer et surtout, tu le ressentiras comme une grande émotion : tu toucheras alors à ton besoin et à la source de sa satisfaction en toi, et tu ressentiras quelque chose comme un élargissement, une sensation de profondeur… Tu constateras alors que tu es plus serein, moins affecté par les réactions des autres, moins impatient ou moins exigent vis-à-vis de ce que tu attends d’eux…

Certes, cela ne supprime pas le bonheur espéré d’une rencontre ou d’un partage, ni même la demande faite à l’autre de contribuer à la satisfaction de mes besoins. Cela ne supprime pas non plus tout manque ni toute impatience. Mais une sorte de « bascule » est alors en train de se faire qui va te permettre d’être moins « agressif » dans ton désir, de sortir de la rancœur et de la colère : tu auras cherché d’abord la source de leur satisfaction en toi. De ce fait, tu n’attendras plus de l’autre qu’il soit « aux ordres » de tes besoins, mais tu entreras en négociation ou en collaboration avec lui, dans une relation d’échange pour la satisfaction de tes besoins… et probablement aussi des siens par la même occasion !

Bien à toi…
Marc                         Jaillissement130x81                 mthomas@competences-relationnelles.comPDF1

Décaper et reconstruire

« Je me rend compte aussi que je suis encore à l’étape du « décapage »… où je dois vider tout ces ressentis que j’ai en moi… J’ai conscience qu’un travail de reconstruction sera ensuite nécessaire… »

Décapage et reconstruction marchent ensemble. Quand tu décapes, tu « vides » tous ces ressentis, ces blessures et tous les « trop plein » qui t’empêchent de vivre bien. Et comme la nature a horreur du vide, aussitôt arrive ce qui va te faire vivre vraiment. Du coup la reconstruction se fait quasiment toute seule ! C’est automatique, comme les vases communicants !

C’est l’expérience de toutes celles et tous ceux qui font un travail sur eux-mêmes et qui acceptent de vider les tensions et les blessures, de « lâcher » ce qui les garde prisonnier d’un passé douloureux : dès qu’ils ont « vidé » ou « lâché », la sérénité arrive et la reconstruction démarre.

Ainsi, la personne qui posait la question du décapage et de la reconstruction successive au début de cet article poursuivait son courrier en disant : « Réussir à m’affirmer et à me faire respecter provoque en moi des sentiments positifs.. je me sens bien après avoir réussi à faire respecter mes besoins..   et je me rend compte, que plus je le fais, plus cela devient facile et « naturel » de le faire.. je ne culpabilise plus. »

Bien à toi…
Marc                         Jaillissement130x81                                    mthomas@competences-relationnelles.com

Pouvoir changer et prendre soin de soi

Couverture2Une personne m’écrivait ceci il y a quelque temps :
« Je sais que mon seuil de tolérance est trop haut.. et que j’accepte des choses que je ne devrais pas accepter, dans le sens où en les acceptant, je ne me respecte pas, et je ne respecte pas mes besoins.. 

Il y a surement beaucoup de raisons à cela : une éducation où la gentillesse et la générosité priment (mes parents et mes frères et sœurs sont comme cela aussi… ils ont du mal à dire non…), une faible estime de soi… un manque d’affirmation de soi… un besoin d’être aimé… regardé… une sensibilité et une empathie trop élevées… »

En plein travail sur elle-même, et à la suite d’une séparation douloureuse mais libératrice, elle écrit :

« Ce que je parviens à faire en ce moment, c’est de prendre soin de moi.. d’écouter mes besoins… et d’y répondre… Je deviens ma priorité (et non plus d’abord les autres)… Je m’occupe de moi… Je fais des choses qui me font du bien…

J’essaye aussi d’écouter mes ressentis, de les laisser s’exprimer sans y mettre de barrières et donc de comprendre le message dont ils sont porteurs.

Je diffère aussi beaucoup les demandes des autres.. et réussis à ne pas toujours y répondre (sans m’excuser !!).

Tous ces petits « exercices quotidiens » m’aident beaucoup et me font du bien… Je me rends compte aussi finalement que la réaction de l’autre quand je refuse ne m’atteint pas…

Par exemple, un ami m’avait invité au restaurant la semaine dernière avec un groupe d’amis à lui ; j’ai refusé car j’étais épuisée de ma semaine de travail : mon besoin à ce moment là était du repos++. Je n’aurais pas profité de la soirée vu mon état de fatigue. Cet ami a mal pris mon refus (forcément, j’ai l’habitude de lui dire oui tout le temps !). Depuis, plus de nouvelles… Je me dis : tant pis pour lui… S’il m’apprécie vraiment, il reviendra vers moi…

Réussir à m’affirmer et à me faire respecter provoque en moi des sentiments positifs. Je me sens bien après avoir réussi à faire respecter mes besoins. Et je me rends compte que plus je le fais, plus cela devient facile et « naturel » de le faire… Je ne culpabilise plus !

En me comportant ainsi, je fais également du « tri » autour de moi. Je me rends compte des personnes qui m’apprécient vraiment et sur qui je peux compter… et de celles qui finalement n’étaient près de moi que par intérêt…

Du coup, je renforce aussi les liens avec les gens que j’apprécie… »

Ce que vit cette personne est à la portée de chacun de nous, quand nous osons écouter ce qui crie à l’intérieur de nous, quand nous osons accueillir nos ressentis, y découvrir nos besoins vitaux et les prendre au sérieux ! Merci à toi qui as vécu cela et qui me l’a écrit de nous en donner la preuve !

Marc THOMAS, consultant formateur en « Compétences relationnelles »
4 septembre 2015 – avec l’accord de la personne citée

PDF1

Prendre soin de soi

Dev-Hum-Couverture1Mon ostéopathe me dit que mon bassin a basculé. Je lui demande pourquoi et il me répond : « Qu’as-tu reçu comme coups de pieds aux fesses ? » Et je me remémore trois situations de ces derniers mois : suite à une grande fatigue et à des paroles mal interprétées, une personne proche m’a dit avoir perdu confiance en moi. De passage chez d’autres proches, j’ai eu l’impression d’être à peine accueilli, d’être le seul à qui on ne demande pas ce qu’il veut faire ou ce qu’il veut manger : c’est comme si je n’existais pas… Dans le contexte professionnel, un de mes partenaires m’a annoncé qu’il cessait la collaboration avec moi sur une mission qui réunissait avec bonheur mes compétences d’hier et d’aujourd’hui.

Ces évènements m’ont fortement touché, et j’ai eu mal. Les douleurs du bassin sont probablement une somatisation liée à la manière dont j’ai vécu ces  évènements où je me sens incompris et rejeté.

Je me suis interrogé sur mon propre comportement dans ces situations. J’ai pointé des maladresses de ma part, mais je ne me suis pas reconnu en faute. Le premier réflexe qui m’est alors venu était de reprocher aux autres leurs comportements et de me poser en victime, avec toutes les ruminations et les aigreurs que cela entraîne.

J’ai laissé passer ce désir de reproches sans m’y attacher et j’ai essayé de vivre ces évènements autrement. Je me suis d’abord dit que ces personnes avaient leurs raisons de réagir ainsi. Des raisons qui leur appartiennent, des réactions qui ne parlent que d’elles, de ce qu’elles ne supportent pas. Je n’ai pas toutes les clefs pour comprendre leur conduite : comment pourrais-je me permettre de les juger ?

J’ai ensuite écouté ce qui me faisait mal : le sentiment d’être incompris et rejeté. J’ai cherché derrière ces émotions négatives les besoins qu’elles révèlent : besoins d’être accueilli, aimé, apprécié, pris en compte. Besoins bien légitimes, même si je sais que leur insatisfaction fait parfois déborder mes émotions. D’autres à ma place auraient vécu ces évènements avec plus de détachement et de juste distance. J’ai toujours à apprendre à canaliser mes émotions !

J’ai senti le risque de me lamenter sur moi-même, d’y perdre la confiance en moi en m’accusant de mon incapacité à trouver la juste distance. Jadis, je cédais à cette spirale destructrice : j’avais alors pour moi-même les mêmes attitudes que j’avais envie de reprocher aux autres : je ne pouvais pas m’accueillir, je me rejetais, je rêvais d’être autre, et donc je n’existais pas vraiment à mes propres yeux. Quand j’ai si mal de l’attitude des autres, est-ce ma propre dévalorisation qui se réveille ?

J’ai donc choisi de consentir à être ce que je suis, avec mes talents, mes aspirations, mes limites et mes débordements. Cela prend du temps. C’est un choix à refaire tous les jours et qui ne m’empêche pas de souffrir et de somatiser : mes douleurs corporelles et mon ostéopathe m’aident à éliminer les souffrances intérieures.

Mais ce consentement me permet de rester fidèle à mes convictions… de retrouver la sérénité et la bonne distance… de comprendre ceux qui sont confrontés à des situations difficiles… et de reprendre le contact et le dialogue quand les relations restent délicates. Avec un peu de travail sur soi, ce cheminement est à la portée de tous !

Marc THOMAS, Consultant Formateur en Compétences relationnelles
août 2013

Télécharger l’article au format PDF

Travaux en amont

Dev-Hum-Couverture1Invité à témoigner de « La pratique de la Communication Non Violente » devant un groupe, Chantal m’interroge : « Je rencontre souvent une personne qui me met dans tous mes états. Je me dis toujours avant qu’il faut que je me contienne, mais chaque fois c’est pareil, j’explose. Que faire quand je suis en sa présence pour garder mon calme ? »

D’abord, Chantal, vous voyez bien que vos bonnes résolutions de vous contenir ne marchent pas. Et si ça marchait, vous en sortiriez tellement stressée que vous exploseriez plus fort ailleurs !

C’est en amont qu’il faut faire des grands travaux ! Ici à la Réunion, quand viennent les grosses pluies ou les cyclones, les eaux ne peuvent s’évacuer des Hauts vers la mer que si les services de voirie ont anticipé les crues : c’est avant le cyclone qu’ils ont dégagé les ravines de tout ce qui les obstrue, qu’ils ont aménagé des caniveaux profonds et des canalisations pour guider l’eau vers le bas sans déborder sur les terres habitées ou cultivées. Personne ne peut dévier la trajectoire du cyclone, mais une bonne analyse du terrain et du cyclone permet de canaliser les trombes d’eau pour s’en protéger.

Dans une relation interpersonnelle cyclonique ou déstabilisante, c’est aussi en amont que des travaux sont à faire en vous. Ces travaux ne sont pas guerriers : il ne s’agit pas de fuir, ni de revêtir une armure, ni de vous armer pour écraser l’autre. Ces travaux ne sont pas à faire sur l’autre : il ne s’agit pas de l’accuser, de le juger, d’exiger qu’il change…

Chantal est visiblement intéressée, mais elle reste dubitative : « Oui, je comprends, mais comment faire ces travaux en moi ? Où sont les outils pour creuser les dérivations et dégager les bouchons ? »

Je vous propose deux outils : d’abord dites non au jugement sur l’autre et aussi sur vous («Je suis nulle… Je devrais pouvoir… Il m’agresse… Il n’a pas le droit de… »). Remplacez cette attitude qui juge par une attitude qui accepte, qui analyse pour chercher à comprendre : qu’est-ce que ça me fait ?  qu’’est-ce que je ne supporte pas ? Qu’est-ce qui me met dans des états pareils ?

Deuxième outil : laissez parler votre mémoire émotionnelle : en quelles autres circonstances je réagis comme ça ? Qu’est-ce que ça me rappelle ? Quelle blessure enfouie est ravivée dans cette rencontre ? Et là, par la parole qui nomme, faites ces travaux de déblaiement et de canalisation de ce qui a pu déborder et qui risque de déborder encore à la prochaine rencontre.

Car ce qui vous fait exploser, ce n’est pas l’attitude de l’autre… L’autre n’est qu’un déclencheur qui fait sauter les vannes de cet insupportable qui vous habite, depuis bien longtemps parfois…

Il vous reste à prendre la pelle et la pioche de la parole partagée pour travailler en vous, avec délicatesse, jusqu’à trouver la juste distance où vous serez moins submergée à la prochaine rencontre.

Marc THOMAS, Consultant – Formateur en « Compétences relationnelles »
septembre 2012

Télécharger l’article au format PDF