Archives pour la catégorie Empathie

Comment aider ?

Dans des formations à l’écoute, je propose souvent aux participants ce petit jeu : quelqu’un que vous connaissez vient vous dire : « Ma voiture est en panne, sans doute à cause des bougies. Je suis contrarié. Je vais consulter mon garagiste. Si seulement j’étais expert en mécanique ».

Et je demande aux participants : « Que répondriez-vous spontanément à cette personne ? » Et voici quelques-unes des réponses fréquentes : « Veux-tu que je regarde d’où vient la panne ? » ou « Je connais quelqu’un qui est mécanicien et te réparera ça ! » ou « Tu as raison, va chez le garagiste ! » ou « Je peux t’emmener quelque part » ou « Je n’y connais rien mécanique je ne peux pas t’aider » ou « moi non plus je ne suis pas expert en mécanique… » ou « Ne t’inquiète pas, ce n’est pas si grave ! »

En analysant ces réponses spontanées, nous constatons qu’elles sont toutes gentilles et veulent aider la personne… mais aussi que ces réponses parlent d’abord de nous : ce que nous pouvons faire pour lui, ce que nous ferions à sa place…

Mais au fait, pourquoi cette personne vient-elle nous dire cela ? Qu’est-ce qui la contrarie ? De quoi a-t-elle besoin ? En relisant ce qu’elle nous dit, nous constatons qu’il n’y a pas de précisions, ni de demande précise. Alors généralement, chacun y va de son interprétation : « il a peur que la réparation coûte cher »… « il est contrarié parce qu’il ne sait pas d’où vient la panne… ou parce qu’il est en train de rater un rendez-vous important… ou parce qu’il a oublié son téléphone et ne peut pas appeler son garagiste… ou encore il a seulement besoin de parler, il se sent nul de ne pas pouvoir se sortir tout seul de cette situation… » Mais toutes ces interprétations ne parlent encore une fois que de nous, et rien de ce qu’il nous a dit ne nous permet de vérifier qu’elles sont justes !

Alors qu’est-ce qui contrarie cette personne ? De quoi a-t-elle besoin ? Force est de constater qu’il ne nous l’a pas dit… Et nous, nous avons tous une solution à lui donner, sans rien savoir de ce qui le contrarie vraiment et de ce dont il a besoin !!! Cette solution proposée parle d’abord de nous, de ce que nous savons ou pouvons faire pour lui… Certes nous avons été gentils avec lui, mais nous ne l’avons pas écouté !

Cette attitude est si fréquente quand nous voulons aider l’autre ! Avec toute notre bonne volonté nous lui proposons nos propres solutions, sans prendre le temps d’accueillir ce qui le contrarie et ses besoins. Ou bien avec générosité, nous nous préoccupons de ce que nous pouvons faire pour lui plutôt que de nous préoccuper d’abord de sa contrariété à lui et de sa demande. Nous croyons l’apaiser et le rassurer en lui disant : « Ne t’inquiète pas, ce n’est pas grave » sans savoir si c’est grave pour lui ni ce qui est grave.

La bonne solution est simple : elle consiste à lâcher notre réflexe de trouver tout de suite la solution : comment trouverions-nous la bonne solution tant que nous ne connaissons pas ce qui fait problème pour lui ? Il s’agit de se « décentrer » en accueillant l’autre tel qu’il est, en écoutant vraiment ce qu’il dit et pas seulement ce que nous entendons, en lui demandant les précisions nécessaires au lieu de nous lancer dans nos interprétations. Et pour ce faire, deux questions toutes simples et fondamentales :

  • « Qu’est-ce qui te contrarie ? qu’est-ce que ça te fait ? » La plupart du temps en effet, nos difficultés ne viennent pas de ce qui s’est passé mais de la manière dont nous avons réagi : les faits ne sont que des déclencheurs de nos réactions. Et devant le même fait, l’un va réagir avec humour, l’autre avec inquiétude, un troisième avec agressivité… Même si la réaction émotionnelle de l’autre vous surprend et vous paraît démesurée, accueillez-la sans la prendre sur vous, laissez-le mettre ses mots sur sa contrariété : il n’y a pas encore de solution trouvée, mais il est déjà apaisé et rassuré parce qu’il a pu vider son trop plein d’émotion ! Il va pouvoir regarder le problème avec une meilleure distance, il va être plus apte à trouver la bonne solution…
  • « De quoi as-tu besoin ? » Lui seul sait de quoi il a vraiment besoin. Et c’est ce besoin insatisfait qui a déclenché sa réaction et sa contrariété. Souvent il ne réussira à nommer ce besoin que lorsqu’il aura pu « vider » cette contrariété. Une fois son vrai besoin exprimé, vous aurez alors tout loisir de chercher avec lui la manière de satisfaire ce besoin… Et si vous-même n’avez pas la capacité ou la possibilité de répondre à son besoin, vous pourrez alors lui proposer de transmettre le relais à une personne disponible ou compétente…

Essayez ces deux questions… Essayez de vous « décentrer » de cette manière : vous verrez que vous y gagnerez en compréhension et en efficacité. Et que l’autre sera tellement fier d’avoir retrouvé ses moyens, grâce à votre accueil !

Carl ROGERS (le grand psychologue américain du développement centré sur la personne et de l’empathie) parlait de l’écoute centrée sur soi où j’interprète tout à partir de mes points de repère à moi, où  je n’écoute pas vraiment l’autre tellement je suis préoccupé par ce que je peux faire pour lui… Dans cette écoute centrée sur moi, je me pose souvent en sauveur, soumettant l’autre à emprunter mes propres chemins pour sortir de ses problèmes… ou bien je fuis car j’ai trop peur de ne pas savoir, de ne pas pouvoir, de ne pas vouloir…

Carl ROGERS prônait au contraire l’écoute centrée sur l’autre où je me « décentre » vers l’autre, dans une attitude d’écoute et d’accueil de ce qu’il vit, de la manière dont il le vit, et où je cherche à accompagner l’autre à la découverte de ses ressources propres, pour qu’il soit acteur de la solution de son problème…

Maintenant, comprenez-vous pourquoi je préfère remplacer le mot « aider » par le mot « accompagner » ?

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
mars 2017

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Des rencontres sincères et vivifiantes

Nous nous plaignons souvent des difficultés relationnelles… Je vous propose ici de chercher ou de nommer les rencontres sincères ou vivifiantes, celles où nous sommes pleinement nous-mêmes quand nous partageons avec l’autre.

Une fois n’est pas coutume, j’utilise quelques citations. Ne vous contentez pas d’admirer les textes, mais cherchez quels noms d’amis vous pouvez mettre à côté de chacune de ces phrases. Demandez-vous aussi si vos amis pourraient mettre votre nom à côté de l’une ou l’autre de ces phrases… Résistez au dénigrement de vous-mêmes ou de vos amis qui vous ferait dire : « c’est trop beau pour moi » ! Et si vous ne trouvez pas de noms à mettre à côté de ces phrases, mettez-vous en quête : il y a autour de chacune et chacun de nous des amis potentiels, et des relations à construire, sincères et vivifiantes…

« L’intimité, c’est de pouvoir déposer des rêves et des projets dans les possibles de l’autre,traverses-meme-faisceau-lumiere-209x300 avec l’espoir d’en réaliser quelques-uns ensemble. »
« La véritable intimité est celle qui permet de rêver ensemble avec des rêves différents. » (Jacques Salomé)

« Entre le plus possible dans l’âme de celui qui te parle. » (Marc Aurèle)

« Tu sais ce que c’est la tendresse ?
C’est toucher avec respect l’âme de l’autre. » (Facebook)

« D’âme à âme… » (P.L.)

« Traversés du même faisceau de lumière… » (M.T.)

« J’observe que les gens qui sortent transformés sont souvent étonnés de cette évolution,  que tu peux amener des individus et un groupe très loin dans leur intérieur. C’est vraiment beau ce que tu tricotes avec les fils de vie. (…)
Tu as une capacité rare, qui se perd de nos jours, celle de propulser les autres vers le haut, et ce sans forcément chercher ton intérêt. (…) Tu as la capacité de percevoir le potentiel chez l’autre et de l’aider à le développer… Tu as les mots, une sorte de sagesse… » (D.P.)

« Il y a des gens avec qui l’on passe une grande partie de sa vie et qui ne vous apportent rien. Qui ne vous éclairent pas, ne vous nourrissent pas, ne vous donnent pas d’élan. Encore heureux quand ils ne vous détruisent pas à petit feu en se suspendant à vos basques et en vous suçant le sang.
Et puis…
Il y a ceux que l’on croise, que l’on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi heure, et changent le cours de votre vie.
Vous n’attendiez rien d’eux, vous les connaissiez à peine, vous vous êtes rendu léger, légère, au rendez-vous et pourtant, quand vous les quittez, ces gens étonnants, vous découvrez qu’ils ont ouvert une porte en vous, déclenché un parachute, initié ce merveilleux mouvement qu’est le désir, mouvement qui va vous emporter bien au-delà de vous même et vous étonner. Vous ne serez plus jamais vermicelle, vous danserez sur le trottoir en faisant des étincelles et vos bras toucheront le ciel… »
(© Katherine Pancol – Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi. Albin Michel. 2010)

Chacun de nous peut vivre de telles rencontres et construire de telles relations…
A condition…
de renoncer à perdre notre énergie dans les lamentations et le dénigrement…

de choisir ou d’accueillir ceux ou celles qui ne manqueront pas de se présenter…

L’exigence de la sincérité, du respect, de la confiance… réciproques et partagés !
Jusqu’au jour où nous pouvons dire :
« Nous ne nous sommes pas rencontrés par hasard » (P.L.)

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
octobre 2016

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Mon enfant intérieur

Cette personne m’envoie la photo d’elle quand elle était petite fille et m’écrit :

Elle :
Tu reconnais cette petite fille?
C’est une photo qu’un membre de ma famille a retrouvé. …
Elle me parle beaucoup !

Moi :
Oh oui je la reconnais bien !
Elle te parle de quoi ? (si ce n’est pas indiscret !!!)

Elle : Je ne sais pas trop définir,  j’ai été comme hypnotisée par ce regard fixe et cette figure triste. J’ai eu envie de caresser cette petite fille, de lui donner de la tendresse. De lui dire et donner tout ce que j’aurais voulu que l’on me donne à ce moment de ma vie (sans savoir vraiment si je n’avais pas cela mais  je n’ai pas de souvenir précis de mon enfance, en tout cas pas de moment joyeux et tendre)

En regardant cette photo de nombreuses questions me sont venues.

C’est comme si j’avais pu voir mon enfant intérieur … voilà en quoi cette photo me parle beaucoup.
Maintenant je ne sais pas trop ce que je dois faire avec ça … peut être rien !
En tout cas je la trouve belle cette petite fille !

Moi :
Quand j’ai vu la photo, ça m’a sauté aux yeux immédiatement : la beauté et la souffrance.
Je n’ai rien voulu te dire tout de suite pour ne pas influencer ton regard.
Mais ce que tu m’écris correspond bien à ce que j’ai senti…
Cette petite fille que tu portes en toi depuis toujours… et dont la souffrance émergeait souvent en toi ces dernières années…

Elle est très juste ton envie de « caresser cette petite fille et de lui donner de la tendresse ».
Fais-le, sans réserve !

En lui donnant aujourd’hui la tendresse dont elle a manqué, tu vas lui permettre de cicatriser ses souffrances et de sortir de la tristesse…

Maintenant, cette belle petite fille, cette souffrance ou cette tristesse, tu peux en prendre soin tendrement. Ainsi tu vas les réintégrer et les transformer en énergie dans ton élan d’aujourd’hui…

Chemin de larmes, peut-être, mais chemin de bonheur…

Elle :
Merci, Marc, je suis émue…

Moi :
Bien à toi, Marc…               Jaillissement130x81        mthomas@competences-relationnelles.com

PDF1et merci à cette personne de m’avoir autorisé à partagé cet échange de courrier
pour qu’il puisse servir à d’autres

 

 

Si tu veux aider, ne donne pas de conseil !

Jaillissement130x81ACCOMPAGNER COMMENT ? 

Il vous est sûrement arrivé d’être en difficulté ou de ne pas savoir quelle décision prendre et d’en parler à un proche… Parfois, celui-ci ne vous écoute pas jusqu’au bout et vous dit : « A ta place, je ferais ceci ou cela… » ou encore : « Tu devrais… » Et souvent cette réponse ne vous satisfait pas… Continuer la lecture de Si tu veux aider, ne donne pas de conseil ! 

Communication bienveillante

Couverture2Confrontés à une situation relationnelle difficile, chacun de nous à tendance à vouloir se justifier ou à chercher à convaincre l’autre : « tu as tort, j’ai raison » ou encore « il faut que je lui fasse comprendre… ». Nous nous acharnons parfois… même si nous avons déjà fait l’expérience que ces stratégies de passage en force ne marchent pas.

La « Communication Non Violente » inventée par Marshal Rosenberg est une méthode garantie sans violence pour permettre d’entendre l’autre et d’être entendu, même en situation difficile. Il s’agit d’un processus en 4 étapes que j’ai traduites de la manière suivante :

  1. Qu’est-ce qui s’est passé ? Il s’agit des FAITS, ou plutôt d’exprimer et d’accepter les points de vue légitimement différents de chacun. Plutôt que de chercher qui a raison ou tort, il s’agit de rechercher la complémentarité de nos différents points de vue.
  2. Qu’est-ce que ça m’a fait ? Qu’est-ce que ça t’a fait ? Il s’agit des RESSENTIS, très importants à exprimer car ce sont eux qui motivent nos réactions et, souvent, nourrissent agressivité et rancœur… Ces ressentis parlent de l’objet actuel du désaccord, mais surtout ils réveillent des souvenirs douloureux d’autres situations vécues dans d’autres contextes, non traitées et réactivées aujourd’hui.
  3. De quoi j’aurais – tu aurais besoin pour être bien ? Il s’agit ici des BESOINS humains fondamentaux tels que A. Maslow les a décrits : survivre, être en sécurité, être relié à d’autres humains, être reconnu et valorisé, s’accomplir… Ces besoins déclenchent nos ressentis et émotions, selon qu’ils sont satisfaits ou insatisfaits. Ces besoins-là sont toujours légitimes et doivent être pris en compte. Les faire taire multiplierait stress et mal-être.
  4. Qu’est-ce qu’on fait ? Quelles demandes exprimer ? Quelles solutions envisager ? Si les besoins de chacun sont exprimés et reconnus, il n’y a plus de violence. Mais la violence reviendrait si je faisais pression sur l’autre pour l’obliger à me satisfaire. Mes besoins sont légitimes, mais leur satisfaction est de ma responsabilité. Je peux demander à l’autre, mais pas l’obliger, sinon il serait soumis à mon besoin. Ici peut s’ouvrir une négociation constructive dans une relation respectueuse : les besoins de chacun seront nommés et pris en compte, l’autonomie de chacun sera valorisée, et des solutions nouvelles seront élaborées.

 Ainsi, en 4 étapes à la portée de tous, on aura abandonné le rapport de force où chacun cherche à avoir raison et à prouver que l’autre a tort. Chacun avait au départ sa version des faits et campait sur ses positions. Les 4 étapes auront permis de construire ensemble une 3ème version des faits basée sur nos complémentarités : chacun aura lâché un peu de sa « position » figée pour gagner ensemble, avec respect, une stratégie commune prenant en compte les besoins de chacun. Cette relation-là a de l’avenir !

 Marc THOMAS, Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
mai 2012

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2 interview sur la Communication non violente :

 

Centré sur soi… Centré sur l’autre…

Couverture2A la fin d’une formation , un participant me disait : « Si je comprends bien, quand on est centré sur soi, on parle à l’autre en « tu », et quand on est centré sur l’autre, on lui parle en « Je ». C’est tout-à-fait ça !

Si tu es centré sur toi, tu vas dire à l’autre : « tu devrais faire comme ci ou comme ça… A ta place, je dirais ça… » Mais tu risques de projeter sur l’autre, sans l’avoir vraiment écouté, les conseils qui sont bons pour toi, les avis qui expriment ton point de vue… Tout cela ne parle que de toi…

Si tu es centré sur l’autre, tu vas d’abord chercher à comprendre : pourquoi pense-t-il cela ? Pourquoi ne voit-il pas la réalité de la même manière que moi ? Pourquoi prend-il cette position ? Lui seul le sait, et, en te le disant, peut le clarifier pour lui-même… Il a alors toutes les chances de trouver par lui-même, mais grâce à ton écoute, la solution qui est bonne pour lui…

Si chacun est centré sur soi dans un conflit interpersonnel, tu sais bien ce qui va se passer : chacun va chercher à convaincre l’autre qu’il se trompe, puis chacun va camper sur ses positions en jugeant l’autre, et cela se fait en « tu » souvent blessant : « Tu ne comprends rien… Avec toi c’est toujours pareil… Tu dis n’importe quoi… ». Et ce tu « tue » : il accuse, il juge à partir de MA vérité à moi (toujours partielle) que j’ai transformée en LA vérité universelle !

Si dans un conflit, tu peux te centrer sur l’autre, tu vas renoncer à convaincre et à faire passer le message : tu sais bien d’ailleurs que cela ne marche jamais, alors pourquoi te fatiguer ?! Tu vas chercher à comprendre les raisons qui le conduisent à penser, à ressentir, à agir autrement que toi. Dans la négociation, tu pourras aussi lui demander de t’écouter et tu parleras en « Je » pour lui dire comment tu vois les choses, ce que tu ressens, ce que tu proposes. Chacun de vous alors pourra dire : « Je suis d’accord, ou je ne suis pas d’accord… Je propose… Je demande… Je refuse… » Et si chacun peut être respecté dans son « Je », alors il y a toutes chances que vous puissiez trouver un compromis, grâce au respect mutuel…

Être « centré sur l’autre » demande une réciprocité : que l’autre accepte aussi de m’écouter et de respecter mon point de vue, mes ressentis, mes valeurs. Dans quelques rares cas, l’autre s’y refuse. Il faudra alors constater l’échec de la relation et se protéger des attaques possibles. Car il ne s’agit jamais de se soumettre à l’autre ni de se taire devant lui. Lorsque chacun accepte de se centrer sur l’autre, les deux ouvrent un espace où chacun peut s’exprimer et être entendu : ils se construisent ensemble les conditions d’une relation sereine et durable.

Marc THOMAS, Consultant-Formateur en « Compétences relationnelles »
août 2011

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L’approche centrée sur la personne

Ce que Carl ROGERS écrit ci-dessous en 1962 à propos de l’entretien dans la relation d’aide avec un thérapeute peut aussi s’appliquer à toute relation humaine…

« Qu’est-ce que j’entends par Approche Centrée sur la Personne ? C’est l’expression du thème de toute ma vie professionnelle qui s’est clarifié au cours de mon expérience, de mes interactions avec les autres au fil de ma recherche. Je souris en pensant aux diverses étiquettes que je lui ai données au long de ma carrière : counseling[1] non-directif, thérapie centrée sur le client, enseignement centré sur l’élève, leadership centré sur le groupe. Les champs d’application s’étant multipliés et diversifiés, l’étiquette d’Approche Centrée sur la Personne me semble celle qui la décrit le mieux.

L’hypothèse centrale de cette approche peut être brièvement résumée :

L’individu possède en lui-même des ressources considérables pour se comprendre, se percevoir différemment, changer ses attitudes fondamentales et son comportement vis-à-vis de lui-même. Mais seul un climat bien définissable, fait d’attitudes psychologiques facilitatrices, peut lui permettre d’accéder à ses ressources.

Il y a trois conditions requises pour qu’un climat soit favorable à la croissance de l’individu, qu’il s’agisse d’une relation client-thérapeute, parent-enfant, leader-groupe, enseignant-enseigné, administrateur-administré. Ces conditions sont, en fait, applicables partout où le développement de la personne est en jeu. J’ai décrit ces conditions dans des ouvrages précédents. Je n’en présente ici qu’un bref résumé mais la description s’applique à toutes les relations mentionnées ci-dessus.

A la première on peut donner le nom d’authenticité, de réel ou de congruence. Plus le thérapeute est lui-même dans la relation, sans masque professionnel ni façade personnelle, plus il est probable que le client changera et grandira de manière constructive. Cela signifie que le thérapeute « est » ouvertement les sentiments et les attitudes qui circulent en lui au moment présent. C’est le terme transparent qui fait le mieux saisir la saveur de cette condition : le thérapeute se fait transparent pour le client.

Le client peut complètement voir ce qu’est le thérapeute dans la relation ; il n’y a en lui aucune réserve que le client puisse ressentir. Par ailleurs le thérapeute prend conscience de l’expérience intérieure qu’il est en train de faire. Il peut la vivre dans la relation et la communiquer s’il le juge opportun. Il y a donc une grande similarité, ou congruence, entre ce qui est ressenti au niveau viscéral, ce qui est présent à la conscience, et ce qui est manifesté au client.

La seconde attitude qui est essentielle à la création d’un climat de changement est l’acceptation, l’attention, l’estime – ce que j’ai appelé le regard positif inconditionnel. Lorsque le thérapeute éprouve une attitude positive et d’acceptation face à tout ce que le client est en ce moment, peu importe ce qu’il est à ce moment-là, il est vraisemblable qu’un mouvement ou changement thérapeutique se produira. Le thérapeute est désireux que le client soit le sentiment immédiat qu’il éprouve au moment même, quel que soit ce sentiment : confusion, ressentiment, crainte, colère, amour ou orgueil. Cette attention de la part du thérapeute n’est pas possessive. L’estime qu’il a pour son client est plutôt totale que conditionnelle.

Le troisième aspect facilitateur de la relation est la compréhension empathique. Cela signifie que le thérapeute ressent avec justesse les sentiments et les significations de ce dont le client est en train de faire l’expérience. Cela signifie aussi que le thérapeute lui communique cette compréhension. Quand il est au mieux de son fonctionnement, le thérapeute est tellement à l’intérieur du monde de l’autre que non seulement il peut clarifier les significations de ce dont le client a pris conscience mais aussi de celles qui se situent juste au dessous du niveau de la prise de conscience. Ce type d’écoute sensible et actif est extrêmement rare dans nos vies. Nous pensons écouter mais notre écoute est rarement assortie d’une compréhension réelle, d’une véritable empathie. Pourtant une écoute de ce type très particulier est l’une des plus puissantes forces de changement que je connaisse.

Comment le climat que je viens de décrire peut-il être facteur de changement ? Brièvement je dirai que lorsque les personnes sont acceptées et estimées, elles ont tendance à être davantage bienveillantes vis-à-vis d’elles-mêmes. Lorsque les personnes sont entendues avec empathie elles peuvent écouter avec plus de justesse le flot de leurs experiencings[2] internes. Dans la mesure où une personne comprend et estime son propre soi, le soi devient plus congruent avec les experiencings. La personne devient plus réelle, plus authentique. Ces tendances, réciproques des attitudes du thérapeute, permettent à la personne d’être un acteur encore plus efficace dans l’accomplissement de son propre développement. A être vraie et totalement elle-même la personne jouit d’une plus grande liberté.


[1] Le terme counseling est couramment utilisé par Rogers en lieu et place de psychothérapie.

[2] Experiencing: terme qui n’a pas d’équivalent lexical en français. Il signifie une expérience interne qui est en train de se faire.

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