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Je suis trop SUSCEPTIBLE

LA PART SOMBRE D’UNE BELLE SENSIBILITÉ

Mes amis réunionnais me disent souvent : « Nous les créoles, nous sommes susceptibles »… J’ai souvent envie de leur répondre : il n’y a pas que les créoles qui sont susceptibles ! Mais peut-être ont-ils une sensibilité particulière : les cartésiens d’Europe du Nord ont privilégié la raison et sont souvent coupés de leurs émotions ; les créoles et les peuples du Sud réagissent peut-être prioritairement avec leur cœur… et la susceptibilité ne serait alors que la face sombre d’une belle sensibilité cordiale et affective…

Que signifie donc « susceptible » ? Vexé… Touché dans mon amour propre… Blessé de ne pas être respecté…

COMMENT TRAITER MA BLESSURE ?

Une personne susceptible va souffrir dès qu’une remarque désobligeante ou un reproche lui sont adressés.

Lorsque je suis blessé par une remarque ou un reproche, j’ai souvent tendance à critiquer, à lui en vouloir, à ressasser ses paroles, à les répéter en « ladi-lafé » autour de moi… Et plus je les répète, plus je les amplifie… comme une petite boule de neige devient une avalanche à force de tourner sur elle-même. A force de ressasser, j’agis comme une personne qui passerait son temps à tripoter sa plaie et à écarter les bords de sa blessure plutôt que de la désinfecter…

Comment faire pour être moins affecté ?

LAISSER A L’AUTRE CE QUI LUI APPARTIENT

D’abord distinguer ce qui appartient à l’autre et ce qui m’appartient : à l’autre ses reproches, ses mots, son regard… A moi ma blessure, ma souffrance, mes émotions… Distinguer, pour sortir de la confusion.

Le reproche, le jugement, l’attaque que l’autre me fait lui appartiennent et parlent d’abord de lui : s’il me reproche, c’est qu’il espérait quelque chose de moi qu’il n’a pas reçu… S’il me juge, c’est qu’il n’apprécie pas ou n’est pas d’accord… S’il m’attaque, c’est qu’il se sent en danger ou veut me soumettre à son bon plaisir… Tout ce qui est blessant là-dedans ne parle que de lui et de son propre malaise : pourquoi donc le prendrais-je pour moi ou sur moi ? L’erreur du susceptible est de prendre pour lui ce qui ne parle que de son agresseur.

M’ACCUEILLIR AVEC MA SENSIBILITÉ

Pourquoi donc est-ce si difficile de rendre à l’autre ses accusations ? Pourquoi suis-je si fort touché par les appréciations ou les jugements des autres ?

Je ne trouverai la réponse à cette question qu’en choisissant de lâcher mes récriminations sur l’autre, et de les transformer en regard bienveillant et lucide sur moi. En effet, ma susceptibilité ne parle que de moi. D’autres à ma place seraient restés indifférents, ou auraient réagit du tac au tac, ou auraient pris ça avec humour. Moi je suis blessé, cette blessure est la mienne et ne parle que de moi.

Alors pourquoi suis-je si blessé ? Ce n’est pas en m’accusant ou en culpabilisant que je trouverai la réponse, mais seulement en accueillant avec bienveillance mon ressenti et ma souffrance, en les écoutant, et en cherchant le message dont ils sont porteurs pour moi.

Estime de moi
Ma susceptibilité dit peut être que je n’ai pas une grande estime de moi…

Dans ce cas j’attends toujours l’avis et les encouragements des autres pour croire que je suis quelqu’un de bien et pour faire grandir une confiance en moi fragile…

Du coup leur silence ou leurs remarques désobligeantes viennent renforcer ma fragilité et appuient là où ça fait mal.

Traiter ma susceptibilité consistera à travailler sur moi pour faire grandir la confiance en moi, à aller chercher mes vraies « forces » de vie, cachées sous mes fragilités et mes blessures, à me protéger des personnes dont la proximité est toxique pour moi, à chercher des relations de bienveillance, de soutien et d’accompagnement…

Mal aimé
Ma susceptibilité dit peut-être que je me sens toujours ignoré, rejeté, jugé… et que j’ai sans cesse l’impression que personne ne m’aime…

Dans ce cas je n’attends même plus rien des autres, ou chaque fois que je rencontre les autres, je suis dans une méfiance permanente, me disant que je vais me sentir mal au milieu d’eux, que je ne trouverai pas ma place et  demandant ce qu’ils vont encore me reprocher…

Du coup chaque critique renforce mes plaintes d’être incompris : je tourne en rond dans ma tristesse, ma solitude, mes lamentations sur moi-même… et parfois ma jalousie envers les autres…

Traiter ma susceptibilité consistera  à me tourner vers moi-même et à m’écouter sans me juger : n’est-ce pas parce que je ne m’aime pas moi-même que j’ai l’impression que personne ne m’aime ? Il s’agira alors de porter sur moi un regard bienveillant, de ne pas me laisser envahir par les aspects négatifs, mais de chercher ce que mes blessures cachent comme pépites… Par exemple, derrière le sentiment d’être victime, il y a souvent un désir de liberté… Derrière le sentiment de rejet, un désir de créer des liens de confiance… Derrière la culpabilité, un désir de changer… Traiter ma susceptibilité consistera à couper le « saboteur » de moi-même qui voudrait me faire croire que rien ne sera jamais possible. Je pourrai alors consacrer mon énergie à déguster mes désirs, à prendre soin de mes désirs pour aller chercher leur réalisation, avec le soutien de personnes de confiance.

Survalorisation
Ma susceptibilité dit peut-être que je pense que je suis quelqu’un de bien…

Dans ce cas, j’attends que tout le monde reconnaisse mes qualités, mes compétences… J’ai un besoin exacerbé d’être reconnu et valorisé.

Du coup je ne supporte pas de ne pas être apprécié à ma juste valeur et je ressens du mépris pour celles et ceux qui me semblent incapable de reconnaître mes talents !

Traiter ma susceptibilité consistera alors à m’interroger : comment se fait-il que j’ai tant besoin de mettre en avant mes qualités et mes compétences ? Quel serait pour moi le risque à reconnaître des fragilités ou même des erreurs ? à reconnaître que je ne suis pas parfait et que j’ai encore une marge de progrès ? Si je suis conscient et satisfait de mes valeurs, comment se fait-il que j’ai tant besoin que les autres les reconnaissent et me félicitent ?

DU JUGEMENT AU PROJET

Il s’agit de passer de « susceptible » à « susceptible DE… »

 « Je suis susceptible » : c’est un jugement sur moi, où je m’identifie à ce que je juge : « je suis comme ça, je ne pourrai pas changer… » Comme si c’était mon identité d’être susceptible ! Stop à ce genre de jugement qui ne fait que rigidifier et pétrifier nos attitudes et nos comportements !

« Je suis susceptible DE… » : c’est un projet pour moi : susceptible d’évoluer, de changer, de réaliser les désirs cachés sous mes souffrances… Susceptible de traiter mes blessures, de les cicatriser, d’en faire le terreau de mes ressources… Susceptible de me protéger des relations toxiques et de repérer ou créer des relations de bienveillance… Osons croire en ces projets et en ces possibles qui vont donner de la souplesse à nos vies, à nos relations, et permettre la croissance de notre être profond !

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
octobre 2017

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Lire aussi :         Sortir des reproches pour entrer en dialogue
                             
Renoncer aux reproches et aux jugements
                              Tes émotions ne parlent que de toi

Quand nos affects nous empoisonnent…

Dans des relations de couple, en famille, dans les équipes de travail, les « affects » sont souvent des occasions de tensions relationnelles et de souffrance : « s’il regarde une autre femme que moi, je suis jalouse… Si ma femme ou mon mari rentre en retard, c’est qu’il ne fait pas attention à moi… Si mes enfants adultes n’ont pas les mêmes avis que moi, c’est qu’ils ne me respectent pas… Si mon chef ou mon collègue ne m’a pas transmis une information, c’est qu’il ne m’aime pas et qu’il veut m’éliminer… »…

Ces « affects » ne sont pas des ressentis, mais des ressentiments, c’est-à-dire des réactions émotionnelles qui interprètent et jugent un comportement de l’autre à partir de ce que ça me fait, et non à partir de ce que l’autre a réellement voulu faire. Ce sont des « ressentis-ment », des ressentis qui « mentent » : quelle que soit l’intention de l’autre et sans m’en préoccuper, je le juge parce que moi j’ai mal.

Ces affects-ressentiments sont du poison relationnel : ils détruisent à petit feu les relations interpersonnelles, les vies de couples, les coopérations d’équipe et leur efficacité, et finalement la motivation et la santé des personnes. Dans les contextes professionnels où ces affects négatifs pullulent, les congés maladie augmentent de façon significative, et la démotivation grandissante se traduit en inefficacité.

Un Directeur de CCAS disait récemment avoir organisé une formation à la Communication bienveillante et à l’affirmation de soi pour son équipe de professionnels. Résultats : 20% de congés maladie en moins, une plus grande motivation de ses personnels, une qualité et une efficacité du travail amélioré, et le plaisir à venir au travail en raison de la bonne ambiance dans l’équipe. Pourquoi se priver de cela en restant dans les récriminations ?

Ce travail sur la confiance en soi coupe le cercle vicieux des affects, en nous  permettant de prendre en compte mes ressentis et ce qu’ils disent de moi et non de l’autre !

La communication peut alors redevenir bienveillante, c’est-à-dire sereine et constructive, même en situation de désaccord. Parce que je distingue ce que je ressens et qui ne parle que de moi, et ce que l’autre fait : je peux alors écouter ce qu’il dit de lui et de ses actes, et je peux lui dire ce que ça me fait, sans confusion. Ainsi s’ouvre un espace de dialogue et de négociation où chacun se respecte lui-même et respecte l’autre.

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
mars 2017

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N’aie pas peur d’avoir peur… de l’autre

LA PEUR DE L’AUTRE…

Peur de la violence de l’autre, de son autoritarisme, de son imprévisibilité, de sa manipulation… Cette peur nous entraîne souvent à nous soumettre au bon vouloir de l’autre, à nous adapter à ce qu’il attend de nous au point de faire taire ce que nous sommes vraiment. Elle nous conduit à ne pas pouvoir dire non, à satisfaire les besoins de l’autre et bien souvent à nier nos propres besoins.

Certains se taisent et subissent, persuadés qu’ils paieraient cher toute résistance. Mais cette attitude risque au contraire de nourrir la violence de l’autre, prenant plaisir à écraser quelqu’un qui se laisse faire. Quant aux personnes autoritaires, regardez bien : elles ne sont pas autoritaires avec tout le monde et baissent souvent le ton devant celles et ceux qui savent dire non et résister sans violence. Se taire et subir risque de nourrir la domination de l’autre. En nous taisant et en acceptant, nous devenons même complices de la violence de l’autre. Les femmes qui subissent des violences conjugales dans le silence pendant des années savent que leur silence ne règle pas la violence. C’est seulement quand elles osent enfin parler qu’elles peuvent s’en sortir et mettre fin à la soumission.

Certains voudraient se « blinder », ne plus avoir peur… Mais ceux prennent cette posture se raidissent et deviennent souvent durs et violents… parce que derrière leur armure, la peur continue à bouillonner.  Il y a de rares cas où une armure est nécessaire : les policiers ne prennent le bouclier que lorsque la violence déborde, mais ils le déposent quand la vie quotidienne reprend son cours normal. Alors que bien souvent, même en période calme, nous n’arrivons plus à quitter les armures de méfiance, de jugements et de rancœur derrière lesquelles nouas cru devoir nous réfugier…

Se protéger vraiment, c’est s’ouvrir : s’ouvrir à des relations solidaires, et ouvrir les yeux sur une autre face de la réalité.

Se protéger par la solidarité : il n’est pas possible de faire face à la violence et à l’autoritarisme tout seul. C’est ensemble qu’on peut faire front. Pour résister au pouvoir oppresseur, Gandhi a rassemblé des foules qui ont su dire non et résister avec des pratiques sans violence. Dans les entreprises, le chacun-pour-soi est dévastateur ; quand les salariés sont solidaires et quand les syndicats et représentants du personnel défendent le droit du travail, le respect des personnes et la justice sociale progressent. Et la peur régresse…

Se protéger en changeant de regard sur les personnes violentes, autoritaires, manipulatrices. Nous croyons trop souvent que les violents sont forts et les autoritaires puissants. Et nous, nous sentons-nous puissants quand nous frappons nos conjoints ou nos enfants ou quand nous sommes autoritaires ? Non ! Nous devenons violents et autoritaires quand nous ne sommes à bout, quand nous ne supportons plus de ne pas obtenir ce que nous voulons. Un chef autoritaire qui refuse toute discussion est quelqu’un qui a peur de perdre son autorité s’il vous demande votre avis ! Et nous savons tous que l’autoritarisme développe les congés maladie et la résistance, et  qu’un chef respectueux et à l’écoute de ses salariés développe de la motivation et de l’efficacité !

Face à un chef autoritaire, nous pouvons utiliser une stratégie sans violence en deux mouvements : d’abord l’empathie et la reconnaissance qui peuvent le rassurer parce qu’elles lui montrent que je ne viens pas mettre en cause sa légitime autorité ; ensuite l’affirmation de soi qui exerce son droit à la parole tout en prenant en compte la peur du chef. Cette stratégie en deux temps pourrait s’exprimer de la manière suivante: « C’est vous le chef et à la fin c’est vous qui déciderez ; alors quel risque y a-t-il à ce que je vous partage mon point de vue ou mon avis ? ».

N’aie pas peur d’avoir peur !
Ta peur te protège et te rend fort, non par la violence, mais par le souffle intérieur !

Marc THOMAS, Consultant-Formateur en « Compétences relationnelles »
2 avril 2016

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En toi est la source de ce qui te manque

Tu as beaucoup d’attentes vis-à-vis des autres. Tu voudrais qu’ils t’écoutent, qu’ils prennent soin de toi, qu’ils répondent à tes demandes, à tes exigences… Tu as souvent l’impression de donner beaucoup aux autres et de ne pas recevoir à la mesure de ce que tu donnes…

Je reviendrai plus bas sur ce que nous pouvons attendre des autres. Mais je veux seulement te rappeler ici que la satisfaction de nos besoins vitaux est toujours de notre responsabilité : c’est la conséquence de notre autonomie et de notre liberté. Et si tu attends tout de l’autre, tu transformes cet autre en « esclave » de tes besoins et de leur satisfaction.

C’est d’abord en toi qu’est la source de ce qui te manque…

Par exemple, si tu as besoin de repos, c’est ton corps et ton esprit qui expérimentent la fatigue, et personne ne peut se reposer à ta place ! Plus tu dis que c’est les autres qui t’empêchent de te reposer, et plus tu amplifies toi-même ta propre fatigue. Lorsque « trop c’est trop », c’est toi, et toi seul, qui a la responsabilité de dire « stop ». Dire que c’est la faute des autres n’est qu’une fausse excuse parce que tu n’as pas osé dire non ou tu n’as pas appris le dire autrement que par la rancœur ou la colère. Si tu as besoin de bien-être, il est de ta responsabilité d’en trouver les moyens : pourquoi remettrais-tu à l’autre les clefs de ton bien-être ?

Autre exemple : tu as besoin d’être reconnu… Ce besoin est légitime… Mais souvent tu attends de façon haletante que les autres te reconnaissent et te valorisent : tu es à l’affût de ce qu’ils vont dire, tu as un énorme besoin de leurs compliments, et tu es fort blessé si cette reconnaissance n’est pas exprimée… Cette réaction douloureuse est aussi le signe que ta propre confiance en toi est fragile… Le jour où tu es allé trouver en toi qui tu es et quelle est ta propre valeur, tu constates que les critiques des autres t’atteignent moins. Tu n’as plus besoin de leur reconnaissance pour aller bien, mais tu la reçois comme un cadeau gracieux et gratuit. Et même tes limites ou tes erreurs ne déclenchent plus ta peur d’être jugé, mais elles deviennent des occasions de complémentarité et de relation constructive.

Même ton désir très (trop) fort de rencontrer quelqu’un n’est pas d’abord un désir de l’autre, mais un besoin en toi… Ceci peut être très clair dans la tête et le mental, mais difficile à ressentir et à vivre dans la canalisation des affects et des manques…

Dans ton attente de vivre une rencontre amoureuse, deux mots très forts se sont imposés à toi : tu as besoin de respect (attentionné, présent, disponible …) et tu as besoin de tendresse (douceur, intimité, délicatesse…). Ces besoins, tu en attends légitimement la satisfaction dans une rencontre. Et pourtant ces besoins parlent d’abord de toi, de ce que tu es, de ce que tu sais apporter à ceux qui te sont proches… Tu sais te rendre disponible et te donner avec délicatesse, dans le respect de la démarche de l’autre… Tu sais donner cela aux autres… mais tu ne sais pas encore te le donner à toi-même…

Le chemin qui te reste à faire est de trouver en toi ce respect et cette tendresse qui t’habitent et dont tu as tant besoin pour toi-même…

Le respect passe par un accueil attentionné de ce qui résonne en toi : ce que tu ressens et ce que tu désires ; ta capacité à nommer et à prendre en compte tes valeurs propres, tes compétences et tes limites ; la confiance que tu t’accordes dans ta manière de percevoir la vie et de te situer au milieu des autres ; le choix de prendre soin de ta santé, de tes rythmes de vie, du minimum de confort dont tu as besoin pour être efficace…

La tendresse passe par une bienveillance envers toi-même, surtout quand tu es confronté à tes limites, à tes erreurs, à tes échecs. Une bienveillance qui proscrit tout jugement sur toi-même, qui analyse les raisons des échecs et te permet d’apprendre de tes erreurs. Une bienveillance et une tendresse qui te permettent de te rappeler que le soleil est toujours présent derrière les nuages, de fêter avec plaisir tes avancées, d’accueillir avec joie les cadeaux relationnels offerts dans les échanges chaleureux avec tes proches…

Quand tu pourras adhérer à cela en profondeur, tu trouveras tes propres mots pour l’exprimer et surtout, tu le ressentiras comme une grande émotion : tu toucheras alors à ton besoin et à la source de sa satisfaction en toi, et tu ressentiras quelque chose comme un élargissement, une sensation de profondeur… Tu constateras alors que tu es plus serein, moins affecté par les réactions des autres, moins impatient ou moins exigent vis-à-vis de ce que tu attends d’eux…

Certes, cela ne supprime pas le bonheur espéré d’une rencontre ou d’un partage, ni même la demande faite à l’autre de contribuer à la satisfaction de mes besoins. Cela ne supprime pas non plus tout manque ni toute impatience. Mais une sorte de « bascule » est alors en train de se faire qui va te permettre d’être moins « agressif » dans ton désir, de sortir de la rancœur et de la colère : tu auras cherché d’abord la source de leur satisfaction en toi. De ce fait, tu n’attendras plus de l’autre qu’il soit « aux ordres » de tes besoins, mais tu entreras en négociation ou en collaboration avec lui, dans une relation d’échange pour la satisfaction de tes besoins… et probablement aussi des siens par la même occasion !

Bien à toi…
Marc                         Jaillissement130x81                 mthomas@competences-relationnelles.comPDF1

« Vider » et « lâcher » plutôt que retenir

« Pour l’instant, j’ai encore trop de colère en moi, trop de ressentis que je n’arrive pas toujours à maîtriser… Cela m’épuise beaucoup psychologiquement… »

Pourquoi vouloir maîtriser ? Tu as encore de la réticence ou de la résistance à vider, à laisser sortir, à exprimer… « Vider » et tant que tu voudras « maîtriser ta colère et tes ressentis », tu ne pourras pas les vider.

Tu es épuisé parce que, par la volonté ou la peur, ou pour la bienséance,  bref à la force des poignets, tu retiens tout en toi, et tu te retiens ! Tu fais barrage à la « chasse d’eau » que ton être intérieur est en train de faire gonfler pour évacuer le bouchon derrière lequel tu t’es protégé face au danger, mais aussi tu t’es recroquevillé.

Ce qui remonte en surface, ce n’est pas de l’hyper sensibilité ! C’est ce qui crie en toi et que tu as fait taire trop longtemps. Si ça remonte si fort, c’est parce que ce qui crie en toi est prêt à sortir…

Si ça crie si fort en toi aujourd’hui, c’est que tu es prêt à l’écouter sans t’y noyer, à « lâcher » et à laisser entrer à sa place la sérénité et la reconstruction.

Il est temps de « vider », de « lâcher », si possible en te faisant accompagner de quelqu’un qui ne te donnera pas de conseil ni de directives, mais qui saura t’écouter et t’accueillir jusque dans ton cri et tes larmes, et qui pourra t’accompagner pour canaliser cette « vidange » jusqu’à y retrouver le soulagement, la libération et l’énergie du relèvement.

Bien à toi…
Marc                         Jaillissement130x81                                    mthomas@competences-relationnelles.com

Changer nos réactions automatiques

« Savoir tout ce qui m’a blessé dans mon histoire ne suffit pas, pour changer de comportement… »
EXACT, le savoir ne suffit pas au changement !

« Je sais qu’il faut que je mette en pratique tout ce que je sais… »
FAUX : c’est une injonction volontariste qui aurait déjà marché depuis longtemps si c’était la bonne solution !

« Je me rend compte que c’est un combat quotidien… »
FAUX : le combat n’est pas la solution

« car j’ai ‘des réflexes dans mon comportement’ qui sont plus forts que moi.. presque naturels… »
EXACT ET C’EST LA DESSUS QU’IL FAUT TRAVAILLER !

Travailler cela non pas à la force des poignets, ni comme un combat, ni comme « il faut agir » et faire des efforts.

Tu changeras quand tu auras interrogé et travaillé ces réflexes eux-mêmes contre lesquels ta volonté ne peut rien. Ce sont comme des programmes informatiques qui ont été écrits sur ta « carte mémoire » interne.

Ces programmes déclenchent inconsciemment des réactions réflexes et automatiques…Tu as beau te dire qu’il ne faut plus réagir comme ça, ça ne peut pas marcher durablement, même avec de la volonté et des efforts, parce que ton fonctionnement intérieur automatique reste le même et finit toujours par gagner sur ta volonté.

Il s’agit donc d’aller  chercher en toi ce programme, de trouver qui l’a écrit (ce n’est pas toi, c’est ton éducation,  et ce que tu dis ci-dessus de ta famille est un début de prise de conscience).

Lorsque cette prise de conscience est faite, et en évitant l’accusation des parents ou du « système éducatif » qui t’a programmé, tu vas pouvoir confronter deux programmes :

  • le programme écrit sans ton accord, et qui fait aujourd’hui tes réactions réflexes plus fortes que toi
  • un autre programme que toi tu souhaites déjà, et que tu vas écrire, en accord avec tes valeurs et tes projets…

En faisant cette confrontation dans une démarche de travail sur toi, tu vas – en partie inconsciemment – déprogrammer le programme ancien et le reprogrammer…

Et tu vas découvrir étonnée que des changements se réalisent, sans effort, sans combat, sans mobilisation de ta volonté, mais simplement par un fonctionnement « à l’endroit » du programme qui fonctionnait « à l’envers »…

Bien à toi…
Marc                         Jaillissement130x81                                    mthomas@competences-relationnelles.com

Accueillir et canaliser les émotions

Cet interview a été réalisé à l’initiative de « Église à la Réunion » en mars 2011, à l’occasion de trois formations  intitulées « Canaliser les émotions et s’en servir pour agir »

Mal-être au travail

Couverture2Des suicides répétés dans une grande entreprise française remettent sous les feux des projecteurs le stress et le mal-être au travail.

Je ne connais pas de l’intérieur France Telecom, mais je connais un peu plus d’autres contextes professionnels.

Dans le monde hospitalier par exemple, je décèle des contradictions croissantes qui génèrent des tensions parfois insupportables : contradiction entre une nécessaire gestion économique (qui exige des restrictions pour sauvegarder notre système de protection sociale) et une aussi nécessaire gestion de la qualité des soins (qui exige d’accroître les moyens humains et matériels). Des cadres et des personnels hospitaliers sont écartelés dans cette contradiction.

Une personne qui travaille dans une structure d’accompagnement vers l’emploi m’écrit ces jours-ci : « (Après les restructurations), les conditions de travail se sont encore plus dégradées que par le passé,… moi qui croyais que nous avions déjà touché le fond… »

Bien souvent ces contradictions qui écartèlent sont inévitables. Mais elles ne sont pas les premières causes de mal-être. À France Telecom, c’est la pression d’un management inhumain qui est pointée.

Il ne sert à rien d’envoyer des salariés en formation pour apprendre à gérer leur stress si on ne fait pas baisser les générateurs institutionnels de stress, et si on ne restaure pas d’abord dans l’entreprise des instances de communication et de débat respectueuses des personnes, mais aussi de la démocratie.

Dans les établissements de soins, les équipes où le management favorise la communication et le dialogue voient diminuer de 30% le nombre de congés maladie.

Marc THOMAS, Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
octobre 2009

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La violence a ses raisons que la raison ne connaît pas

Couverture2Dénoncer la violence ? Réprimer les violents ?
Si cela suffisait, ça se saurait !
Et si les contextes éducatifs étaient aussi générateurs de violence…

La violence des jeunes : un préjugé

Violence, jeunes, banlieues, collèges, lycées… Ces mots sont souvent associés dans le vocabulaire courant, et par des généralisations hâtives : « les jeunes » (quels jeunes ? tous ?) seraient violents… Les collèges ou lycées seraient ingérables… Les quartiers sensibles seraient des coupe-gorge… Sur de telles associations gratuites ou généralisations stéréotypées se construisent les peurs, les appels au sécuritaire et à la répression, les prises de pouvoir rigides… et les contre-pouvoirs violents qu’elles engendrent.

Qu’est-ce qui pousse des jeunes, dans certains contextes, à faire violence aux autres, et à eux-mêmes ?

La violence n’est pas l’apanage des seuls jeunes : la violence routière, les conflits de voisinage, les exactions de toutes sortes, les détournements de fonds ou trafics d’influences, les conflits locaux ou internationaux… sont le fait des générations qui les précèdent. Les médias en rendent compte à longueur de journée.

Il n’y a pas de violence gratuite

Dans leur entourage immédiat, certains jeunes n’ont connu que des adultes violents, verbalement ou physiquement. Ils n’ont jamais eu l’occasion d’apprendre que les légitimes tensions et conflits peuvent se régler autrement que par la violence. Sans les excuser, il suffit de leur permettre d’apprendre qu’il existe des lieux et des relations où il n’est pas utile de crier pour être écouté, ni de frapper pour demander. La véritable prévention est accompagnement dans l’apprentissage d’un style de relations humaines qu’ils ne connaissent pas.

La violence de certains jeunes est liée au passage de l’adolescence. Cette période est marquée par des tensions intérieures violentes. Personne ne passe de l’enfance à l’age adulte sans s’essayer à la transgression. La véritable prévention est ici accompagnement à l’apprentissage de l’autonomie : cette autonomie qui permet d’apprendre à faire ses propres choix, à tirer leçon de l’échec ou de l’erreur, et à choisir de respecter par soi-même les lois de la vie en société.

On entend dire souvent que les parents démissionnent. C’est faux : on ne démissionne que de responsabilités déjà assumées. Or ces parents, souvent eux-mêmes marqués par l’instabilité, la précarité ou l’échec, se trouvent totalement démunis devant des bouleversements qu’ils ne comprennent pas et devant leurs enfants qu’ils ne reconnaissent plus : comment pourraient-ils y faire face ? Ils ne peuvent réagir autrement que par l’impuissance absolue ou par la violence destructrice.

La « constellation » des instances éducatives

Dans son éducation elle-même, un jeune se trouve au centre d’une « constellation » de lieux et d’instances éducatives : à la maison, ses parents ; à l’école, ses professeurs ; dans le quartier, la bande et les divers services et travailleurs sociaux. Sans compter les pouvoirs publics… Chaque lieu ou chaque instance a sa propre « culture » : ses propres valeurs, ses règles, ses codes, ses contraintes, ses projets… Au centre de cette constellation, le jeune est soumis à toutes ces influences. On entend dire souvent que les jeunes n’ont plus de repères. Ils en ont trop au contraire, et comment s’y retrouveraient-ils dans ce foisonnement de repères imposés et souvent contradictoires ?

A la maison, des parents crient tout le temps, imposent des règles indiscutables ou laissent faire… A l’école, l’équipe éducative demande d’autres règles de communication et de respect, elle évalue la réussite ou l’échec de chacun, elle veut développer l’autonomie et l’initiative… Dans le quartier, les travailleurs sociaux cherchent à rejoindre les jeunes tels qu’ils sont et à accompagner leurs débordements… Dans la rue, le plus fort est le chef, et toute rupture de la solidarité de la bande entraîne l’exclusion violente…

Des jeunes victimes de l’incohérence des adultes

Ce ne sont là que quelques exemples, loin d’être exhaustifs. Mais il faut reconnaître que les exigences des uns ne sont pas toujours cohérentes avec celles des autres.

De plus, ces diverses instances éducatives, qui s’adressent aux mêmes jeunes, sont souvent dans l’ignorance l’une de l’autre. Peu de travailleurs sociaux et d’enseignants se connaissent et se concertent. Le dialogue parents-enseignants est souvent difficile. Les tensions de la rue résonnent parfois jusque dans l’école, et les adultes n’ont pas les éléments nécessaires pour les décoder.

Enfin, beaucoup de ces instances éducatives appuient leurs interventions sur leurs propres conceptions. Il faudrait nuancer cette affirmation, car bien des adultes cherchent à se mettre positivement à la disposition de la croissance des jeunes. Mais les parents réagissent souvent comme ils ont été eux-mêmes éduqués. Les professeurs ont des contraintes de programme, de classes surchargées et de critères de réussite. Les travailleurs sociaux n’ont pas toujours les moyens suffisants et adaptés pour réaliser leurs projets. La bande assure son existence en se protégeant du danger d’autres bandes. Et la police réprime pour assurer la sécurité publique… Dans ces contextes, qui a vraiment toujours les moyens de prendre en compte le jeune tel qu’il est ? de s’interroger sur ce qui est bon pour lui, sur ses centres d’intérêt et sur ses possibilités de réussite non encore envisagées ?

Au centre de cette constellation d’autorités souvent contradictoires, le jeune, déjà fragile, est « tiraillé » en tout sens ; il risque de n’entendre que la voix du plus fort. Au milieu de tant de repères incohérents, il ne peut se construire dans l’autonomie, ni faire émerger ses choix sur des bases solides.

Quelques pistes constructives

 Ces constats sont pessimistes. Une fois encore, il faudrait les nuancer. Mais l’explosion de la violence révèle qu’ils ne sont pas totalement hors de propos. Pour ouvrir des perspectives constructives dans un tel contexte, il nous semble que quatre pistes sont à explorer et mettre en œuvre :

  • analyser la violence de certains jeunes comme la conséquence d’une violence subie : les personnes violentes sont toujours responsables de leurs actes ; par contre, elles ne sont pas responsables des contextes et des attitudes éducatives incohérentes qui les ont empêchées de se construire. Si la seule répression des actes de violence suffisait à régler les problèmes, cela se saurait ! Il s’agit d’abord de travailler sur les causes – souvent externes aux jeunes eux-mêmes – qui engendrent les conditions de développement de la violence chez les êtres les plus fragiles.
  • travailler à la cohérence des systèmes éducatifs : en améliorant la communication et la confiance entre les parents, les enseignants, les travailleurs sociaux, les pouvoirs publics… En cherchant une complémentarité dans leurs interventions et « politiques » éducatives, sans demander à chacun de faire le même « métier ». Engager de vraies concertations. Entendre et chercher à comprendre les différences de chacun, non pour les gommer, mais pour vérifier leurs complémentarités.
  • rejoindre l’intérêt du jeune pour développer sa motivation à se construire : des travailleurs sociaux s’interrogent devant le petit nombre de jeunes qui rejoignent leurs structures ; des professeurs se lamentent devant l’absence de résultats de leurs efforts pédagogiques ; des parents ne savent plus « par quel bout » prendre leurs jeunes… Et chacun à sa manière renvoie au jeune des images négatives et finalement destructrices : elles ne font que renforcer la stigmatisation d’échec… et donc le besoin d’exister autrement, souvent par la violence envers soi-même et envers les autres. Mais, par exemple, lorsqu’un professeur prend le temps de découvrir et de valoriser les intérêts du jeune, même s’ils sont extra-scolaires, il n’est pas rare qu’il voit ce jeune se re-motiver. Simplement parce qu’on s’est intéressé à lui et qu’il a pu révéler une image positive de lui-même.
  • apprendre aux jeunes la légitime diversité des codes relationnels : on ne parle pas à son père ou à son professeur comme à son copain. Les jeunes mettent une casquette dans la rue comme signe identitaire, mais s’ils se présentent ainsi devant un patron, ils risquent de manquer l’embauche espérée. Dans la rue, ils parlent fort pour se faire entendre, et parce que règne la loi du plus fort ; mais à l’école, un verbe trop haut sera perçu comme agressif, et empêchera le jeune de découvrir qu’il existe des lieux où il n’a pas besoin de crier pour se faire entendre ! Il ne s’agit pas de rêver à l’universalité de codes valables pour tous, mais d’apprendre, en même temps que l’autonomie, le sens de l’adaptation nécessaire à toute relation. Sans oublier que cette adaptation est réciproque et concerne aussi les éducateurs ! Encore faut-il, pour cela, prendre le temps de s’expliquer et de comprendre les raisons des comportements différents.

La violence est toujours subie avant d’être agie. Sans excuser les transgressions ni déresponsabiliser les personnes, l’ « éducation » (au sens premier de « conduire hors de ») consiste toujours à libérer tout être humain, même le plus violent, à le « conduire hors » des poids et déchirures qu’il subit.

Marc THOMAS, Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
Mai 2003

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