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Satisfaire tes besoins : à toi de jouer !

Combien de fois j’entends des personnes dire : « J’ai besoin qu’IL me reconnaisse et qu’IL me rassure… J’ai besoin qu’IL m’écoute, qu’IL me comprenne… J’ai besoin qu’IL ne m’agresse pas… » Lorsque nous disons des phrases de ce style, nous choisissons de faire dépendre de l’autre la satisfaction de nos besoins. Nous nous mettons dans une posture de dépendance du bon vouloir de l’autre. Nous remettons à l’autre les clefs de notre bien-être…

Combien de fois j’entends des reproches et des plaintes du genre : « Elle n’a même pas pensé à moi… Elle n’en fait qu’à sa tête… Elle pourrait quand même se rendre compte que… » Et nous nous enfonçons alors dans la plainte, l’aigreur, les récriminations… jusqu’aux aigreurs d’estomac, jusqu’à amplifier notre propre blessure à force de la ressasser. C’est ce que j’appelle le phénomène de l’avalanche qui part d’une petite plaque qui se détache, ramasse et ressasse tout ce qu’elle trouve sur son passage, jusqu’à devenir une énorme masse qui détruit tout…

Combien de fois j’entends des injonctions du style : « Cessez de m’agresser !… Écoutez-moi !… Laissez-moi tranquille !… Vous devriez me comprendre… » Dites le plus souvent sur un ton agressif à une personne qui nous résiste, comment pouvons-nous imaginer que ces personnes vont se soumettre à nos exigences ? Cette attitude où nous donnons des ordres à l’autre ressemble à un élastique que l’on tend pour aller claquer sur l’autre et qui revient nous claquer nous-mêmes sans atteindre l’autre, nous laissant encore plus insatisfait qu’avant.

Combien de fois chacun de nous utilise ces stratégies ? Nous savons pourtant que ces stratégies ne marchent pas et produisent la plupart du temps l’effet inverse de celui que nous recherchons : elles ne font qu’amplifier la tension relationnelle, l’agressivité réciproque, les reproches et les jugements… Elles nous laissent de plus en plus insatisfaits et amers, et finissent par agrandir nos blessures intérieures et pourrir nos relations.

Dans ces conditions, nous sommes comme les habitants d’une case fragile et fissurée qui ignoreraient ces fragilités et rendraient le cyclone ou la tempête responsable de la destruction de la maison… Et qui seraient jaloux de ceux qui, ayant consolidé leur maison et verrouillé toutes les ouvertures, sont sortis du cyclone sans trop de dommages.

Pour sortir « debout » des tensions relationnelles ou des tempêtes quotidiennes, il est nécessaire de cesser de récriminer contre les vents contraires venus de l’extérieur et de commencer par renforcer notre stabilité intérieure. Cesser d’attendre de l’autre qu’il satisfasse nos besoins, et assumer notre dignité : lorsque nous serons convaincus que la satisfaction de nos besoins est de notre seule responsabilité, nous pourrons alors fixer nos propres objectifs et moyens, et aller négocier avec l’autre : nous lui adresserons alors des demandes avec délicatesse, dans le respect de sa liberté et de ses propres besoins.

Plutôt que de demander à l’autre de te rassurer, commence par te demander pourquoi tu te sens si souvent dans l’insécurité : tu pourras alors laisser grandir en toi la sécurité et les protections qui pourront te rassurer. Tu sauras mieux reconnaître autour de toi ceux qui peuvent t’apporter le réconfort dont tu as besoin

Plutôt que de reprocher à l’autre sa méfiance ou son attitude déstabilisante, commence par te demander pourquoi tu perds si vite ton équilibre : tu pourras alors chercher en toi la force intérieure et faire grandir la confiance en toi. Et tu sauras choisir dans tes relations celles qui peuvent se vivre dans la confiance.

Plutôt que de reprocher à l’autre de t’énerver, commence par te demander pourquoi ce qu’il fait te touche tant : tu pourras alors rester en toi sans être happé par l’autre et trouver en toi la juste distance avec ses agissements. Et tu sauras trouver autour de toi les personnes saines et sereines qui nourriront ta propre sérénité.

Tu me diras peut-être que c’est facile à dire, et je t’entends déjà me demander : « oui, mais comment on fait ? »

D’abord, accepte de lâcher tes attentes et tes exigences sur l’autre, tes récriminations et tes injonctions, et porte le regard sur toi, avec bienveillance. Tu verras que ce simple changement de regard et de posture produit immédiatement une détente et un début de sérénité.

Attention aux fausses pistes : d’abord ne t’accuse pas et ne te dévalorise pas  en pensant : « je n’y arriverai jamais… j’en suis incapable… » Comment sais-tu que tu en es incapable tant que tu n’as pas essayé ?! Regarde toi avec bienveillance : discerne ce qui reste fragile et demande-toi par quels moyens tu peux solidifier ce qui est fragile, cicatriser ce qui est blessé, laisser croître la confiance et la sérénité.

Autre fausse piste : ne te contente pas de construire des protections extérieures. Certes il faut parfois se protéger de situations dangereuses et de personnes toxiques. Mais Il ne s’agit pas  de t’enfermer dans une armure, de prendre les armes, ni de construire des barrières pour t’isoler des autres. Il s’agit de laisser croître en toi la sécurité, la confiance en toi, la force d’être et de vivre. Elles sont semées en toi depuis le jour de ta conception : comme les plantes au printemps, elles ne demandent qu’à se développer si tu prends soin d’elles, si tu jardines ta terre intérieure, si tu sais l’irriguer aux sources claires et rafraîchissantes de ton unité intérieure plutôt qu’à l’acidité de ton aigreur.

Pour faire ce travail, cherche des alliés : des personnes positives qui ont confiance en toi, des activités de loisirs qui te permettent de vivre tes passions, des lectures nourrissantes, des apprentissages qui te seraient utiles, un accompagnement personnel si nécessaire…

Et si tu souhaites poursuivre la réflexion commencée ici, tu peux lire cet autre article intitulé : « En toi est la source de ce qui te manque ». J’ai essayé d’y ouvrir quelques pistes concrètes pour accompagner la recherche et le « jardinage » de tes ressources intérieures.

Oui ! En toi est la source de ce qui te manque ! Pars à la découverte !

Lire aussi : En toi est la source de ce qui te manque

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
août 2016

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Traverser l’émotion jusqu’au besoin

Les émotions sont un chemin qui transporte, un torrent qui déborde, un tunnel qui engloutit, un envol qui élève

Chemin, torrent, tunnel, envol : sans eux nous restons figés devant l’obstacle ; avec eux, nous traversons… Ce sont les chances  des émotions, jusqu’aux plus grandes énergies !

Transporter, déborder, engloutir, élever : avec cela, nous risquons de ne plus rien maitriser… Ce sont les risques des émotions, jusqu’aux plus grands bouleversements !

Les émotions sont notre réaction première et légitime aux évènements, aux rencontres, aux relations : nous ne commençons jamais par comprendre, nous commençons toujours par ressentir. Notre intelligence est d’abord émotionnelle : les ressentis déclenchent nos réactions, mais aussi notre pensée. Les émotions sont le premier langage de l’être humain.

Mais si nous restons dans l’émotion, nous risquons de nous y noyer : la peur conduit à l’agression, la colère à la violence, la tristesse à la déprime, et même parfois la joie conduit àl’inconscience. Sans canalisation, l’émotion devient un torrent indomptable et destructeur.

Même dans les contextes plus faciles, avec nos proches ou nos collègues, nous risquons parfois de noyer l’autre dans le courant de nos émotions. La relation en reste aux affects envoûtants ou tendus, mais elle ne construit rien. Or l’émotion n’est pas un lieu où l’on reste ; elle est un lieu où l’on passe pour aller à l’essentiel : les besoins à affirmer et à partager, les demandes à oser exprimer et à négocier.

L’émotion est d’abord un message pour moi-même, me permettant de me situer dans ce qui m’arrive. Elle n’est partagée que si nécessaire et dans un contexte où l’affectif peut s’exprimer. Il est même des contextes où l’émotion sera tue pour aller directement affirmer notre besoin, parce que ce n’est pas le lieu de « mettre son cœur sur la table », ou parce qu’il y aurait danger à s’exposer à la manipulation de l’autre.

Canaliser l’émotion, c’est l’accueillir là où elle jaillit, dans le cœur et dans les « tripes », prendre le temps de la ressentir et de la nommer… Mais si nous restons là dans l’affect, notre émotion n’aura pas rempli sa mission et il y a bien des chances pour qu’elle retombe et nous laisse dans la fatigue ou le regret. Canaliser l’émotion, c’est dans un deuxième temps articuler les « tripes » et le cœur avec la tête et le cerveau pour comprendre le message de l’émotion. Il s’agit d’identifier son origine ou ses causes, de reconnaître le déclencheur à l’extérieur de nous, de nommer ce qui a été touché en nous et de l’associer à d’autres émotions déjà vécues… Canaliser, c’est garder ainsi toute l’énergie de l’émotion, permettre à notre conscience pensante d’en irriguer tout notre être, nos paroles et nos gestes et de la transformer en énergie humanisante.

Ce travail de canalisation nous conduit plus loin encore : il s’agit de traverser l’émotion dans toute son épaisseur et sa force pour y découvrir un besoin vital.

Un besoin vital de sécurité satisfait quand je me sens rassuré sur ma santé, mon emploi ou le devenir de mes enfants… Un besoin vital de relations satisfait quand je ressens la joie des retrouvailles fêtées, le bonheur des amitiés ou des amours vécus… Un besoin vital de reconnaissance satisfait quand je ressens le plaisir de recevoir des appréciations positives de mon chef ou de mes proches… Un besoin vital d’accomplissement satisfait quand je ressens la fierté de la réussite ou la réalisation de mes projets… Traverser l’émotion dans toute son épaisseur pour découvrir au plus profond de moi des besoins satisfaits qui me tiennent debout, équilibré et me font devenir moi-même au milieu des autres

Mais aussi à l’inverse un besoin vital de sécurité insatisfait quand la maladie, la perte d’emploi ou l’échec me font ressentir l’incertitude, me confrontent au risque non maîtrisé… Un besoin vital de relations insatisfait quand je ressens comme une blessure l’agression, la trahison, la rupture… Un besoin vital de reconnaissance insatisfait quand je me sens touché par les reproches, les jugements, surtout s’ils me paraissent injustes… Un besoin vital d’accomplissement insatisfait quand je me sens déchiré par l’échec et le désespoir… Comment canaliser ces émotions douloureuses et destructrices, comment les traverser ?

SILENCE ET DÉNI SONT TOXIQUES

Parfois nous pensons qu’il faut se taire et ravaler nos émotions, et nous disons : « J’encaisse… ». Et pourtant, nous en connaissons le résultat : ayant encaissé, nous ruminons notre douleur comme un acide qui nous ronge de l’intérieur et nous conduit à la déprime, au désespoir, à la violence contre nous-mêmes et contre l’autre… Nous sommes restés dans l’émotion, nous n’avons pas traversé l’émotion jusqu’au besoin et nous n’avons donc pas cherché les moyens de le satisfaire. Nous sommes restés dans un bain toxique d’émotion et nous nous retrouvons exsangue…

Parfois, quand nous voyons des proches bouleversés d’émotion, nous pensons les aider en niant ces ressentis : « Tu n’as pas besoin d’avoir peur pour cela… » ou encore face à quelqu’un en colère : « Calme-toi, il n’y a pas de raison… » ou encore à un enfant : « Arrête de pleurer, tu es ridicule ! » Or, quand c’est nous-mêmes qui sommes dans la peur, la colère ou les larmes, nous savons bien que ce genre de paroles de déni ne font qu’amplifier notre malaise, parce que nous ne nous sentons pas compris et accueillis dans notre malaise. Et quand nous-mêmes nous prononçons ces phrases de déni, soi-disant pour calmer et rassurer, c’est plutôt parce que le malaise de l’autre nous perturbe, soit que nous ne sachions pas quoi lui dire, soit que sa peur ou sa colère déclenche notre propre peur. Loin d’aider et de calmer, ce déni des ressentis est comme un déni de la personne dans ce qu’elle vit sur le moment. Car les ressentis qui nous traversent sont toujours vrais ; ils ont toujours des raisons d’être qu’il faut mettre au jour ; ils manifestent toujours des besoins insatisfaits qu’il faut nommer.

ACCUEILLIR ET TRAVERSER POUR CANALISER

Ce qui est écrit ci-dessous sur la manière d’accueillir l’émotion de l’autre, je peux aussi me l’appliquer à moi-même lorsqu’il s’agit d’accueillir et de canaliser ma propre émotion…

D’abord accueillir les ressentis : face à la colère, je ne vais plus dire à l’autre ou à moi-même : « Calme toi, il n’y a pas de raison ». Je vais dire au contraire : « C’est quoi ta colère ? » ou  » Qu’est-ce qui te fait peur ? » ou « Je te sens excédé (ou meurtri, ou triste ou…). » Et je vais laisser l’autre exprimer les raisons de sa colère ou de sa peur.

Je peux tout écouter, sauf les éventuelles insultes ou violences qu’il projetterait sur moi. Je peux tout écouter, même si je ne suis pas d’accord avec lui parce que ça vient de ses propres interprétations, même s’il me semble avoir donné trop d’importance à quelque chose qui me paraît être un détail. Surtout je ne vais pas l’interrompre en lui disant qu’il se trompe. Car en me disant sa colère ou sa peur, il ne me dit pas l’objectivité des faits et des situations : il est en train de me dire comment il vécu cette situation, ce que ça lui a fait, ce que ça a réveillé en lui… Et parce qu’il est différent de moi, il est légitime qu’il n’ait pas vécu cette situation de la même manière que moi.

La plupart du temps, en exprimant les raisons de sa colère ou de sa peur, la personne se calme ou se rassure lui-même parce que je le laisse vider le trop-plein qui rendait pour lui la situation insupportable. Il se calme lui même, parce que mon écoute lui permet de refaire le lien entre son cœur et sa tête : l’émotion qui le débordait empêchait sa tête de penser. Quand je l’invite à parler de ses ressentis, il va commencer à balbutier car pour trouver les mots, il doit faire appel à sa capacité à analyser et à penser. Ce faisant, il rétablit le lien entre son cœur qui déborde et son cerveau qui peut à nouveau faire son travail d’analyse et de mise à distance, et donc commencer à canaliser ses affects.

Lorsque les ressentis ont été accueillis et exprimés, il reste à les traverser jusqu’à la découverte des besoins insatisfaits. Récemment, François, un participant à une formation, disait avoir été blessé par la réaction de son père : quand il avait voulu dire à son père qu’il choisissait un métier d’informaticien, son père lui avait répondu : « Être toute la journée derrière un ordinateur, ce n’est pas un métier ! » François s’est senti profondément blessé, au point que plusieurs années après, il ne parle toujours pas métier avec son père.

Poursuivant la discussion avec François, je lui demande en quoi cette remarque de son père – dont il savait qu’il n’approchait jamais un ordinateur – l’a si fort blessé. François me regarde, une émotion monte sur son visage et dans sa voix, et il me dit : « Parce que  l’informatique, c’est ma passion ». Sa passion, son besoin, la manière dont il s’accomplit… « Si la remarque de ton père t’a tant blessé, c’est parce que ça touchait ton besoin d’accomplissement. »  » Mais oui, c’est vrai, » me dit François, « j’en rêvais depuis toujours, de l’informatique… alors que pour mon père l’ordinateur est un objet qu’il ne connaît pas et dont il a peur. » Reconnu dans son besoin, ce fils est même capable pour la première fois d’accueillir le ressenti de son père qui l’avait tant blessé.

Un peu plus tard dans la journée, François reviendra me dire ceci : « En plus, mon père était agriculteur, et quand j’habitais chez lui, j’étais le seul de ses enfants à participer aux tâches agricoles… Alors mon père a toujours espéré que je reprendrais la ferme ! » Ayant nommé son propre besoin et sa passion, ce fils peut maintenant accueillir et reconnaître le besoin déçu de son père qui aurait tant voulu transmettre sa passion à son fils…

Traverser l’émotion jusqu’au besoin, jusqu’à identifier le besoin qui a déclenché cette émotion… et donc ensuite trouver les moyens concrets d’affirmer la légitimité de ce besoin et de le satisfaire.

Ça y est, vous n’avez plus peur de vos émotions et vous savez quoi en faire ?
Entraînez vous… Vous allez grandir de l’intérieur et tenir debout !

Lire aussi : Que faire de mes émotions ?

Marc THOMAS, Consultant formateur en « Compétences relationnelles »
août 2016

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Des contes de Noël à vivre en 2016

Françoise était venue deux jours en formation professionnelle pour apprendre à développer une communication sereine et efficace dans un Service Public. Elle était peu intervenue pendant ces deux jours. Un mois après, je la retrouve avec son groupe pour une troisième journée où chacun partage ses expérimentations des outils de formation et les résonances dans sa vie professionnelle et personnelle .

Très vite, Françoise prend la parole : « Cette formation m’a beaucoup apporté au plan personnel. Avant je parlais peu et surtout, je disais toujours oui à tout le monde. J’ai compris à la formation que je n’étais pas bien comme ça, et que ça ne marchait pas comme ça. »

Et Françoise continue : « Depuis la formation, je me suis mise à parler de moi, à exprimer mes ressentis. Aussitôt, j’ai eu moins de stress et j’ai pris davantage confiance en moi. Maintenant j’ose dire, je suis moins maladroite, et les autres m’écoutent. » Et Françoise explique à ses collègues qu’elle disait toujours oui de peur d’être moquée ou rejetée. Elle exprime sa grande surprise : en osant dire ce qu’elle pense, non seulement elle n’est pas rejetée, mais elle attire l’intérêt des autres et elle se sent écoutée ! L’une de ses collègues confirme le beau changement de Françoise !

Et Françoise a cette superbe conclusion : « Il fallait juste que j’ose, que je me redresse… » Voila un vrai conte de Noël vécu en décembre dans le sud de la Réunion… et accessible à tous.

Dans une autre formation, Bénédicte parle de ses difficultés avec son fils qui passe des heures à jouer sur Internet. Elle raconte comment elle est sans arrêt « sur son dos » pour qu’il travaille, lui répétant sans cesse qu’il ne pourra pas réussir s’il continue. Et Bénédicte ajoute que ses remarques ne changent rien et ne font qu’ajouter de la tension dans la relation avec son fils. Elle dit ne plus savoir comment s’y prendre.

Percevant le mal-être de Bénédicte, je lui demande alors : « Bénédicte, de quoi as-tu besoin ? » Elle me répond : « J’ai besoin que mon fils se mette à travailler ! » Je lui dis : « Bénédicte, je te parlais de ton besoin à toi, et tu me réponds en parlant de ton fils ! De quoi as-tu besoin pour toi dans cette situation ? »

Les larmes viennent aux yeux de Bénédicte qui dit : « Je suis une mère célibataire, et ici  les mères célibataires sont souvent mal vues : on dit qu’elles ne seront pas capables d’élever leurs enfants… J’ai besoin de prouver à tout le monde que je peux aider mon enfant à réussir ! J’ai besoin d’être fière de lui et fière de moi !’

Bénédicte fait une pause, elle entre dans un silence où chacun des participants voit que quelque chose se passe en elle. Elle vient de formuler son besoin, elle l’entend et l’intègre intérieurement… Alors une porte s’ouvre en elle et elle ajoute : « Finalement, je faisais pression sur mon fils, non pas d’abord pour qu’il réussisse, mais parce que moi j’avais besoin de prouver que j’étais une bonne mère ! Je me servais de lui pour satisfaire mon propre besoin. »

Je demande à Bénédicte : « Ton besoin d’être une bonne mère, fière de toi devant ceux qui te dévalorisent, ce besoin est-il légitime ? » Elle hésite et répond timidement : « Ben… oui… ». Et le groupe et moi-même lui confirmons la légitimité de son besoin. A nouveau viennent des larmes, puis ces mots : « Ce soir je vais parler à mon fils. Je lui dirai mon amour pour lui . Je lui dirai que je suis fière de lui et que c’est difficile pour moi quand les autres me jugent. Je lui dirai que moi je ne peux que créer toutes les conditions pour qu’il réussisse et que c’est ma fierté. Et que lui seul, mon fils, est responsable de sa réussite. »

Bénédicte a changé de posture. Elle a pris en compte son besoin. Et du coup, elle ne met plus sur son fils une pression à laquelle il cherche à échapper : elle le restaure dans son autonomie et dans sa propre responsabilité de construire sa réussite.

A la fin de la formation, Bénédicte est venue me dire à quel point elle se sentait détendue et soulagée : « Ça fait des années que je ne me suis pas sentie si bien ! »

Voici donc encore un autre conte de Noël… dans la réalité de notre monde d’aujourd’hui… Et si vous racontiez les vôtres ?

Les chrétiens qui fêtent Noël chantent parfois un cantique qui dit ceci :
« C’est Noël sur la terre chaque jour, car Noël, ô mon frère, c’est l’amour. »

Pour ma part, en ce temps de vœux, je souhaite à chacune et chacun des lecteurs et à votre entourage, de vivre tout au long de l’année 2016 des contes de Noël aussi ordinaires que les deux précédents…  Je vous souhaite aussi de savoir les déguster, les valoriser, les partager… Çà contribuerait à créer d’autres énergies que nos récriminations ordinaires ou que la violence débordante…

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Marc THOMAS, Consultant-Formateur en « Compétences relationnelles »
décembre 2015

En toi est la source de ce qui te manque

Tu as beaucoup d’attentes vis-à-vis des autres. Tu voudrais qu’ils t’écoutent, qu’ils prennent soin de toi, qu’ils répondent à tes demandes, à tes exigences… Tu as souvent l’impression de donner beaucoup aux autres et de ne pas recevoir à la mesure de ce que tu donnes…

Je reviendrai plus bas sur ce que nous pouvons attendre des autres. Mais je veux seulement te rappeler ici que la satisfaction de nos besoins vitaux est toujours de notre responsabilité : c’est la conséquence de notre autonomie et de notre liberté. Et si tu attends tout de l’autre, tu transformes cet autre en « esclave » de tes besoins et de leur satisfaction.

C’est d’abord en toi qu’est la source de ce qui te manque…

Par exemple, si tu as besoin de repos, c’est ton corps et ton esprit qui expérimentent la fatigue, et personne ne peut se reposer à ta place ! Plus tu dis que c’est les autres qui t’empêchent de te reposer, et plus tu amplifies toi-même ta propre fatigue. Lorsque « trop c’est trop », c’est toi, et toi seul, qui a la responsabilité de dire « stop ». Dire que c’est la faute des autres n’est qu’une fausse excuse parce que tu n’as pas osé dire non ou tu n’as pas appris le dire autrement que par la rancœur ou la colère. Si tu as besoin de bien-être, il est de ta responsabilité d’en trouver les moyens : pourquoi remettrais-tu à l’autre les clefs de ton bien-être ?

Autre exemple : tu as besoin d’être reconnu… Ce besoin est légitime… Mais souvent tu attends de façon haletante que les autres te reconnaissent et te valorisent : tu es à l’affût de ce qu’ils vont dire, tu as un énorme besoin de leurs compliments, et tu es fort blessé si cette reconnaissance n’est pas exprimée… Cette réaction douloureuse est aussi le signe que ta propre confiance en toi est fragile… Le jour où tu es allé trouver en toi qui tu es et quelle est ta propre valeur, tu constates que les critiques des autres t’atteignent moins. Tu n’as plus besoin de leur reconnaissance pour aller bien, mais tu la reçois comme un cadeau gracieux et gratuit. Et même tes limites ou tes erreurs ne déclenchent plus ta peur d’être jugé, mais elles deviennent des occasions de complémentarité et de relation constructive.

Même ton désir très (trop) fort de rencontrer quelqu’un n’est pas d’abord un désir de l’autre, mais un besoin en toi… Ceci peut être très clair dans la tête et le mental, mais difficile à ressentir et à vivre dans la canalisation des affects et des manques…

Dans ton attente de vivre une rencontre amoureuse, deux mots très forts se sont imposés à toi : tu as besoin de respect (attentionné, présent, disponible …) et tu as besoin de tendresse (douceur, intimité, délicatesse…). Ces besoins, tu en attends légitimement la satisfaction dans une rencontre. Et pourtant ces besoins parlent d’abord de toi, de ce que tu es, de ce que tu sais apporter à ceux qui te sont proches… Tu sais te rendre disponible et te donner avec délicatesse, dans le respect de la démarche de l’autre… Tu sais donner cela aux autres… mais tu ne sais pas encore te le donner à toi-même…

Le chemin qui te reste à faire est de trouver en toi ce respect et cette tendresse qui t’habitent et dont tu as tant besoin pour toi-même…

Le respect passe par un accueil attentionné de ce qui résonne en toi : ce que tu ressens et ce que tu désires ; ta capacité à nommer et à prendre en compte tes valeurs propres, tes compétences et tes limites ; la confiance que tu t’accordes dans ta manière de percevoir la vie et de te situer au milieu des autres ; le choix de prendre soin de ta santé, de tes rythmes de vie, du minimum de confort dont tu as besoin pour être efficace…

La tendresse passe par une bienveillance envers toi-même, surtout quand tu es confronté à tes limites, à tes erreurs, à tes échecs. Une bienveillance qui proscrit tout jugement sur toi-même, qui analyse les raisons des échecs et te permet d’apprendre de tes erreurs. Une bienveillance et une tendresse qui te permettent de te rappeler que le soleil est toujours présent derrière les nuages, de fêter avec plaisir tes avancées, d’accueillir avec joie les cadeaux relationnels offerts dans les échanges chaleureux avec tes proches…

Quand tu pourras adhérer à cela en profondeur, tu trouveras tes propres mots pour l’exprimer et surtout, tu le ressentiras comme une grande émotion : tu toucheras alors à ton besoin et à la source de sa satisfaction en toi, et tu ressentiras quelque chose comme un élargissement, une sensation de profondeur… Tu constateras alors que tu es plus serein, moins affecté par les réactions des autres, moins impatient ou moins exigent vis-à-vis de ce que tu attends d’eux…

Certes, cela ne supprime pas le bonheur espéré d’une rencontre ou d’un partage, ni même la demande faite à l’autre de contribuer à la satisfaction de mes besoins. Cela ne supprime pas non plus tout manque ni toute impatience. Mais une sorte de « bascule » est alors en train de se faire qui va te permettre d’être moins « agressif » dans ton désir, de sortir de la rancœur et de la colère : tu auras cherché d’abord la source de leur satisfaction en toi. De ce fait, tu n’attendras plus de l’autre qu’il soit « aux ordres » de tes besoins, mais tu entreras en négociation ou en collaboration avec lui, dans une relation d’échange pour la satisfaction de tes besoins… et probablement aussi des siens par la même occasion !

Bien à toi…
Marc                         Jaillissement130x81                 mthomas@competences-relationnelles.comPDF1

Décaper et reconstruire

« Je me rend compte aussi que je suis encore à l’étape du « décapage »… où je dois vider tout ces ressentis que j’ai en moi… J’ai conscience qu’un travail de reconstruction sera ensuite nécessaire… »

Décapage et reconstruction marchent ensemble. Quand tu décapes, tu « vides » tous ces ressentis, ces blessures et tous les « trop plein » qui t’empêchent de vivre bien. Et comme la nature a horreur du vide, aussitôt arrive ce qui va te faire vivre vraiment. Du coup la reconstruction se fait quasiment toute seule ! C’est automatique, comme les vases communicants !

C’est l’expérience de toutes celles et tous ceux qui font un travail sur eux-mêmes et qui acceptent de vider les tensions et les blessures, de « lâcher » ce qui les garde prisonnier d’un passé douloureux : dès qu’ils ont « vidé » ou « lâché », la sérénité arrive et la reconstruction démarre.

Ainsi, la personne qui posait la question du décapage et de la reconstruction successive au début de cet article poursuivait son courrier en disant : « Réussir à m’affirmer et à me faire respecter provoque en moi des sentiments positifs.. je me sens bien après avoir réussi à faire respecter mes besoins..   et je me rend compte, que plus je le fais, plus cela devient facile et « naturel » de le faire.. je ne culpabilise plus. »

Bien à toi…
Marc                         Jaillissement130x81                                    mthomas@competences-relationnelles.com

Pouvoir changer et prendre soin de soi

Couverture2Une personne m’écrivait ceci il y a quelque temps :
« Je sais que mon seuil de tolérance est trop haut.. et que j’accepte des choses que je ne devrais pas accepter, dans le sens où en les acceptant, je ne me respecte pas, et je ne respecte pas mes besoins.. 

Il y a surement beaucoup de raisons à cela : une éducation où la gentillesse et la générosité priment (mes parents et mes frères et sœurs sont comme cela aussi… ils ont du mal à dire non…), une faible estime de soi… un manque d’affirmation de soi… un besoin d’être aimé… regardé… une sensibilité et une empathie trop élevées… »

En plein travail sur elle-même, et à la suite d’une séparation douloureuse mais libératrice, elle écrit :

« Ce que je parviens à faire en ce moment, c’est de prendre soin de moi.. d’écouter mes besoins… et d’y répondre… Je deviens ma priorité (et non plus d’abord les autres)… Je m’occupe de moi… Je fais des choses qui me font du bien…

J’essaye aussi d’écouter mes ressentis, de les laisser s’exprimer sans y mettre de barrières et donc de comprendre le message dont ils sont porteurs.

Je diffère aussi beaucoup les demandes des autres.. et réussis à ne pas toujours y répondre (sans m’excuser !!).

Tous ces petits « exercices quotidiens » m’aident beaucoup et me font du bien… Je me rends compte aussi finalement que la réaction de l’autre quand je refuse ne m’atteint pas…

Par exemple, un ami m’avait invité au restaurant la semaine dernière avec un groupe d’amis à lui ; j’ai refusé car j’étais épuisée de ma semaine de travail : mon besoin à ce moment là était du repos++. Je n’aurais pas profité de la soirée vu mon état de fatigue. Cet ami a mal pris mon refus (forcément, j’ai l’habitude de lui dire oui tout le temps !). Depuis, plus de nouvelles… Je me dis : tant pis pour lui… S’il m’apprécie vraiment, il reviendra vers moi…

Réussir à m’affirmer et à me faire respecter provoque en moi des sentiments positifs. Je me sens bien après avoir réussi à faire respecter mes besoins. Et je me rends compte que plus je le fais, plus cela devient facile et « naturel » de le faire… Je ne culpabilise plus !

En me comportant ainsi, je fais également du « tri » autour de moi. Je me rends compte des personnes qui m’apprécient vraiment et sur qui je peux compter… et de celles qui finalement n’étaient près de moi que par intérêt…

Du coup, je renforce aussi les liens avec les gens que j’apprécie… »

Ce que vit cette personne est à la portée de chacun de nous, quand nous osons écouter ce qui crie à l’intérieur de nous, quand nous osons accueillir nos ressentis, y découvrir nos besoins vitaux et les prendre au sérieux ! Merci à toi qui as vécu cela et qui me l’a écrit de nous en donner la preuve !

Marc THOMAS, consultant formateur en « Compétences relationnelles »
4 septembre 2015 – avec l’accord de la personne citée

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Paroles pour temps de vacances

Le pardon, c’est le don par-delà la faute.
C’est ce que tu es capable de donner à l’autre après sa faute.

Le caprice veut qu’on lui donne tout de suite
ce que le besoin va prendre les moyens d’aller chercher.

Tisser sa vie…Tisser sa vie...
Tirer les fils,
retendre ou renouer ceux qui ont lâché,
élaguer ceux qui encombrent,
restaurer les espaces,
faire apparaître les couleurs,
retrouver leurs harmonies,
et laisser résonner les harmoniques…

Attentes actives

Couverture2Désillusions, déceptions, désespérance… Nos sociétés occidentales habituées à l’aisance et au confort sont plus pessimistes et « dépressives » que celles qui sont habituées à lutter pour leur survie.

Réclamations, revendications, demandes d’assistance… Nous sommes parfois plus enclins à attendre passivement que l’autre ou la société résolve nos problèmes, plutôt que de chercher en nous les ressources et la motivation pour améliorer notre situation…

Et pourtant, nous savons nous investir… Attendre un résultat d’examen ou rechercher un emploi… Chercher à négocier l’issue d’un conflit ou la fin d’une guerre… Attendre la rencontre qui va changer une vie ou le retour de l’être aimé… Attendre la naissance de l’enfant que l’on porte en soi… Ces attentes-là sont loin d’être passives : que de recherches, de préparatifs, d’impatience, de disponibilité… Ces attentes nous projettent tout entier vers le but. Elles peuvent changer toute une vie.

Les rêves de vie meilleure et de paradis ne sont qu’illusion s’ils n’incluent pas une attente active, impatiente, amoureuse. Comment pourrions-nous espérer un monde meilleur sans relever nos manches et nous battre pour la vie humaine ? Comment attendre le bonheur éternel sans l’expérience du bonheur reçu et offert aujourd’hui ? Attente active d’un bonheur qui est déjà parmi nous, donné à l’état de semence : il ne deviendra jamais réalité si nous ne le semons pas dans nos terres humaines et si nous ne nous transformons pas en jardiniers de l’humanité.

Il fut un temps ou l’attente de la fin du monde était telle que la vie présente était dévalorisée. On a même justifié la souffrance des hommes et les malheurs de ce monde en invitant à regarder vers la vie éternelle, comme si on disait : peu importe que tu sois malheureux ici-bas, tu seras heureux dans l’éternité ! Comment pourrions-nous nous contenter de « traverser les champs de bataille les yeux fermés, une rose à la main » ? Face à la souffrance et aux bouleversements, les seules actions dignes de l’homme s’appellent accompagner, être proche et solidaire, guérir, lutter…

Parfois l’angoisse de l’avenir nous étreint. Au risque de leur vie, des groupes humains fuient leur pays, angoissés par la guerre ou par la faim. Des familles en précarité ne croient plus en un avenir possible. Des relations familiales sont compromises par la violence et la haine. Devant ces angoisses qui nous touchent ou qui nous entourent, il n’y a pas de place pour de doux rêveurs, ni pour des bonnes paroles lénifiantes : il faut devenir des combattants de l’espérance.

Les obstacles demeurent, les frustrations aussi. Qui d’entre nous peut dire qu’il ne manque pas toujours un peu quelque chose pour que le bonheur soit complet, même dans le plus grand amour ? C’est dans ce manque même que l’homme s’humanise, trouvant l’énergie d’aller toujours plus loin, tendu vers ce bonheur toujours désiré, jamais possédé. Dans ce monde difficile, la seule manière de croire en l’avenir, c’est de le faire « ad-venir » en chaque geste, en chaque parole, en chaque instant de nos vies.

Marc THOMAS, Consultant Formateur en « Compétences relationnelles »
novembre 2013

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Prendre soin de soi

Dev-Hum-Couverture1Mon ostéopathe me dit que mon bassin a basculé. Je lui demande pourquoi et il me répond : « Qu’as-tu reçu comme coups de pieds aux fesses ? » Et je me remémore trois situations de ces derniers mois : suite à une grande fatigue et à des paroles mal interprétées, une personne proche m’a dit avoir perdu confiance en moi. De passage chez d’autres proches, j’ai eu l’impression d’être à peine accueilli, d’être le seul à qui on ne demande pas ce qu’il veut faire ou ce qu’il veut manger : c’est comme si je n’existais pas… Dans le contexte professionnel, un de mes partenaires m’a annoncé qu’il cessait la collaboration avec moi sur une mission qui réunissait avec bonheur mes compétences d’hier et d’aujourd’hui.

Ces évènements m’ont fortement touché, et j’ai eu mal. Les douleurs du bassin sont probablement une somatisation liée à la manière dont j’ai vécu ces  évènements où je me sens incompris et rejeté.

Je me suis interrogé sur mon propre comportement dans ces situations. J’ai pointé des maladresses de ma part, mais je ne me suis pas reconnu en faute. Le premier réflexe qui m’est alors venu était de reprocher aux autres leurs comportements et de me poser en victime, avec toutes les ruminations et les aigreurs que cela entraîne.

J’ai laissé passer ce désir de reproches sans m’y attacher et j’ai essayé de vivre ces évènements autrement. Je me suis d’abord dit que ces personnes avaient leurs raisons de réagir ainsi. Des raisons qui leur appartiennent, des réactions qui ne parlent que d’elles, de ce qu’elles ne supportent pas. Je n’ai pas toutes les clefs pour comprendre leur conduite : comment pourrais-je me permettre de les juger ?

J’ai ensuite écouté ce qui me faisait mal : le sentiment d’être incompris et rejeté. J’ai cherché derrière ces émotions négatives les besoins qu’elles révèlent : besoins d’être accueilli, aimé, apprécié, pris en compte. Besoins bien légitimes, même si je sais que leur insatisfaction fait parfois déborder mes émotions. D’autres à ma place auraient vécu ces évènements avec plus de détachement et de juste distance. J’ai toujours à apprendre à canaliser mes émotions !

J’ai senti le risque de me lamenter sur moi-même, d’y perdre la confiance en moi en m’accusant de mon incapacité à trouver la juste distance. Jadis, je cédais à cette spirale destructrice : j’avais alors pour moi-même les mêmes attitudes que j’avais envie de reprocher aux autres : je ne pouvais pas m’accueillir, je me rejetais, je rêvais d’être autre, et donc je n’existais pas vraiment à mes propres yeux. Quand j’ai si mal de l’attitude des autres, est-ce ma propre dévalorisation qui se réveille ?

J’ai donc choisi de consentir à être ce que je suis, avec mes talents, mes aspirations, mes limites et mes débordements. Cela prend du temps. C’est un choix à refaire tous les jours et qui ne m’empêche pas de souffrir et de somatiser : mes douleurs corporelles et mon ostéopathe m’aident à éliminer les souffrances intérieures.

Mais ce consentement me permet de rester fidèle à mes convictions… de retrouver la sérénité et la bonne distance… de comprendre ceux qui sont confrontés à des situations difficiles… et de reprendre le contact et le dialogue quand les relations restent délicates. Avec un peu de travail sur soi, ce cheminement est à la portée de tous !

Marc THOMAS, Consultant Formateur en Compétences relationnelles
août 2013

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« Nul n’est blessé par un autre que lui-même »

Couverture2Cette phrase est écrite par le philosophe grec Epictète au 1er siècle. Bien sûr, je ne l’applique pas aux enfants abusés, ni aux femmes battues ou violées, ni à toute autre victime de comportements violents ou pervers !

Par contre, dans un certain nombre de tensions relationnelles ou de situations d’incompréhension, je crois que ce n’est pas d’abord l’autre qui nous blesse, mais nous qui ne savons pas nous protéger et qui nous laissons atteindre. Et nous nous sentons blessés !

Blessés par une parole dite par un proche, et pourtant celui-ci n’avait pas l’intention de faire mal. Mais ce qu’il dit réveille en nous une émotion ou une souffrance venue d’ailleurs et qui restait sensible. Ce n’est pas lui qui m’a blessé, c’est moi qui me suis senti blessé.

Blessés, nous devenons agressifs envers l’autre : l’agressivité vient quand nous-mêmes nous ne sommes pas bien ou que nous n’avons pas trouvé la manière de nous protéger devant une situation difficile.

A l’inverse, blessés lorsque quelqu’un nous agresse : nous pourrions nous dire que son agression ne parle que de lui et de son mal-être, car il aurait pu nous dire son désaccord ou son refus sans être agressif. Si nous sommes blessés, c’est que nous avons pris pour nous une accusation qui ne parle pourtant que du mal-être de l’agresseur.

Blessés dans des situations de conflits, quand nous nous épuisons à convaincre l’autre qu’il se trompe, et que l’autre en fait autant, quand nous nous acharnons à vouloir prouver que nous avons raison et qu’il a tort. Nous accusons l’autre de nous avoir fait du mal, alors que c’est d’abord notre acharnement qui nous a blessés.

Nous pouvons remplacer cet acharnement par l’acceptation de la différence de points de vue, choisir d’écouter le point de vue de l’autre, lui demander d’écouter le nôtre, proposer de chercher ensemble un compromis sans perdant. Même s’il n’accepte pas, nous serons moins blessés parce que nous aurons eu une attitude plus constructive.

Blessés par les jugements que nous portons sur l’autre, toutes les accusations qui fusent si vite en situation de tension. D’autres fois, c’est la peur du jugement de l’autre qui nous fait nous taire. Et nous ruminons en silence, nous installant dans le rôle de la victime blessée par l’incompréhension, le manque de reconnaissance, la soumission….

Nous pouvons décider une fois pour toutes de renoncer à tout jugement sur l’autre et sur nous-mêmes, de lâcher toutes les ruminations et ressentiments qui ne font qu’amplifier notre malaise comme une avalanche. Nous pouvons laisser à l’autre les jugements qu’il porte sur nous, et remplacer nos reproches et nos silences par des paroles en « je » : dire sans agressivité ce que nous pensons et ressentons, ce dont nous avons besoin, ce que nous demandons ou refusons…

Alors nous ne pourrons peut-être pas changer l’autre, car cela n’est pas en notre pouvoir. Mais nous changerons de place dans la relation : renonçant à prendre la place de la victime, nous choisirions de faire face, vrais avec nous-mêmes et devant l’autre… Nous ne nous blesserons plus nous-mêmes, nous déclencherons plus facilement le respect.

Marc THOMAS, Consultant – Formateur en « Compétences relationnelles »
avril 2013

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